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Ne pas dévaluer le label bio européen

Les professionnels alertent sur l’importance de protéger le bio européen, qui correspond aux standards mondiaux les plus élevés. 

Le règlement européen sur l’agriculture biologique permet à des pays tiers de produire et d’exporter des produits bio tout en bénéficiant du label bio européen. « Cette possibilité peut être accordée selon deux régimes, celui de l’équivalence, et celui de la conformité » rappelle Fanny Lardier, directrice adjointe de Felcoop, la fédération des coopératives de fruits et légumes, à l’occasion d’un débat organisé le 21 novembre au Parlement européen par Angélique Delahaye, député européen (PPE-LR, Fr). « L’équivalence permet de rejoindre les objectifs de la réglementation européenne, avec des moyens différents. La conformité, c’est de produire ‘conformément’ à la réglementation », poursuit-elle. Dans les faits, la conformité n’a jamais été mise en place. Seule l’équivalence est utilisée. Or, cette dernière permet l’utilisation de produits, de techniques de production, interdites au sein de l’Union européenne, non seulement en agriculture biologique, mais parfois aussi en agriculture conventionnelle. Ce que dénonce régulièrement les membres du Collectif pour la conformité*.

La nouvelle réglementation bio en cours d’adoption risque d’aggraver la situation. Elle prévoit notamment une « baisse de la fréquence des contrôles » souligne Etienne Gangneron, vice-président de la FNSEA, présent à ce débat. Il redoute « un risque majeur de l’affaiblissement de la production bio européenne » et dénonce l’arrivée de produits bio « au rabais ». Le risque est « de faire perdre confiance aux consommateurs européens » dans le label bio. La forte demande en produits bio constitue « un appel d’air » sur le marché européen, ajoute Philippe Ruelle, directeur de l’UGPBAN, la filière bananes des Antilles. Et pour répondre à cette demande, certains gros producteurs des pays tiers (bananes d’Equateur par exemple) n’hésiteront pas à s’engouffrer dans la brèche créée par cette nouvelle réglementation. « Le règlement va être contourné par les accords commerciaux. On va privilégier le commerce au bio » poursuit-il.

Le problème de ce nouveau règlement consiste bien en un risque de dévaluation du label bio. « Il ne faut pas donner aux consommateurs l’impression que le bio est facile à produire » explique Bernard Guillard, producteur de légumes dans la Manche. « J’espère que la progression du bio n’est pas un trompe l’œil, que l’on ne fournisse pas le marché avec des produits qui ne sont pas ceux que le consommateur attend ». « Les consommateurs attendent une réponse claire et précise, conclut Angélique Delahaye. A force de vouloir faire des concessions, il y a le sentiment que l’on impose aux agriculteurs européens des règles qui ne sont pas appliquées aux producteurs des pays tiers. Le bio doit être une réponse spécifique à une attente des consommateurs ». Le nouveau règlement bio sera certainement adopté et rentrera en application en juillet 2020. Pour contrer ce risque de dévaluation du bio, les membres du collectif proposent la création de deux labels bio européen distincts : un pour les produits conformes, un pour les produits équivalents.

* le Collectif pour la conformité regroupe une cinquantaine d’organisations européennes de producteurs, de syndicats, et de centres de recherche.

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