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La session de la chambre d'Agriculture s'est penchée sur l'acceptabilité sociale des nouveaux projets économiques

Thème d’actualité, la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire s’est penchée sur l’acceptabilité sociétale de l’implantation de nouveaux projets économiques. Retour au travers d’expériences non agricoles, mais aussi agricoles.
 

Après avoir apporté un franc soutien aux organisateurs du festival du bœuf confrontés aux incertitudes liées tant à sa tenue du fait de la FCO qu’à la venue même du ministre (lire…), Christian Decerle, président de la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire, ouvrait les travaux de la session sur un autre thème d’actualité : l’implantation de nouveaux projets économiques sur le territoire.

Et la question est dans la tête de tous : « comment implanter de nouveaux projets économiques sur le territoire, et cela quels que soient ces projets, et surtout comment on les fait accepter par la population ? », comme le résumait à son tour David Barthe en accueillant les quatre intervenants de la table ronde : Philippe-Edouard Delannoy, directeur du développement Auchan Sud-Est, Pierre-Henri Piquet, dirigeant de Performa Environnement, Mickaël Picart, directeur délégué de l’engagement sociétal à la SNCF, enfin, Jean Mochon, dirigeant de La Belle Idée.

La conformité réglementaire ne suffit plus

Bien qu’aucun nom n’ait jamais été cité au cours de la session, chacun avait en tête les projets plus ou moins récemment liés au développement de porcheries ou de poulaillers, y compris en production biologique, mais aussi la ferme dite "des 4.000 vaches" ou encore le projet de Center Parc au Rousset, celui de la tour du Haut-Folin ou l’implantation d’éoliennes… Tous ces projets ont illustré ou illustrent à quels points les choses ont changé avec des débats, des passions exacerbées. Surtout, tous ont révélé à quel point « les arguments honnêtes ne suffisent plus pour qu’un projet soit accepté », comme le mettait en exergue Jean Mochon. Et de poursuivre : « le rationnel ne suffit plus. Il faut désormais convaincre avec d’autres arguments, donner envie d’un projet pour passer de raisonnable à enviable ». Facile à dire, serait-on tenté de lui rétorquer, mais comment y parvenir ?

« En une quinzaine d’années, notre métier a profondément évolué », faisait état Pierre-Henri Piquet, dont la société accompagne des projets dans les domaines agricoles et agroalimentaires. « En 1999, on s’intéressait à la seule conformité réglementaire des projets. Désormais, celle-ci n’est qu’une étape à mi-parcours et une autre partie du travail porte sur la stabilité dans le temps du projet face aux possibles contentieux et à la contestation ». Et le chef d’entreprise de souligner qu’en cela, l’agriculture n’était pas un cas à part alors que « cette évolution est constatée dans tous les secteurs »

Long temps de maturation…

« La connexion entre le projet et son territoire donne du sens au projet », témoignait Mickaël Picart, soulignant ainsi l’importance de mettre, par exemple, en exergue les retombées économiques locales des projets. « Il faut faire en sorte que ce ne soit plus un projet de techniciens et de débat qui lui serait lié à un débat de plus en plus sociétal ». Il évoquait ainsi des re-végétalisation d’espaces à proximité des voies ferrées, des approvisionnements relocalisés de traverses pour les voies…

Quant à Philippe-Edouard Delannoy, il soulignait à quel point il fallait désormais prendre son mal en patience sur la plupart des projets d’implantation ou de transferts de centres commerciaux lesquels prennent, le plus souvent, entre sept et dix ans… « Et dans ce laps de temps, inutile de préciser que beaucoup de choses changent ». Ce qui conduit à des réussites certes, mais aussi à des échecs. Le responsable d’Auchan reconnaissait qu’il fallait désormais « rendre le projet "désirable", ce qui permet de le faire évoluer pour le rendre meilleur, et souvent plus profitable aussi ! ». A ce sujet, il dévoilait la mesquinerie qui prévaut entre enseignes, alors que certaines se sont fait une spécialité que de conduire des recours contre les projets des autres. Quand on vous dit guerre commerciale… On est clairement là dans « l’instrumentalisation de la justice », comme il le soulignait.

Pas de recette miracle !

« Dans les dossiers agricoles, on ne peut pas faire un projet contre tout le monde », poursuivait Pierre-Henri Piquet pour qui, « la concertation est importante, indispensable même si il faut savoir qu’il y a des points de vue simplement non conciliables ». Un dialogue de sourds en quelque sorte.

Il faut aussi savoir qu’il n’y a « pas de recette miracle ! », comme le signalait Jean Mochon. « Des procédures bien appliquées donnent de bons résultats. Ça, c’était hier. Aujourd’hui, ça ne marche plus ! ». Pour lui, souvent, les solutions innovantes viennent du terrain lui-même et de citer des exemples précis de carrières - toujours en activité - devenus des lieux touristiques, des sites où se tiennent des festivals, voire même la naissance de la bière Vicat en Isère… « On a pas à faire qu’à des gens idiots sur un territoire. Et un projet, c’est un moyen de leur donner à réfléchir, à créer, à innover ». Le responsable de la SNCF en profitait pour citer quelques exemples localement portés de chantiers d’insertion avec du débroussaillage, du renseignement apporté dans les gares… « Il nous faut expliquer à tous ce que nous apportons en matière de services et d’éléments structurants sur les territoires ».

« La contrainte imposée peut devenir une force », renchérissait Philippe-Edouard Delannoy, évoquant l’exemple d’élus locaux qui avaient imposé le respect de normes environnementales élevées à un projet. Avec à la clef un succès pour tous et un succès commercial avéré !

Le bon sens

S’en suivaient des témoignages d’agriculteurs porteurs de projets, lesquels illustraient que le fait de porter un projet était de plus en plus complexe et parfois même éprouvant, tant moralement qu’économiquement avec des retards et des surcoûts… Leurs projets tiennent la route : une unité de méthanisation ici, un atelier de volailles Label rouge là. Reste que tous ont connu ou connaissent encore des oppositions. « On frise parfois l’irrationnel », faisait état l’un d’eux.

« Sans doute que les dossiers se sont complexifiés », réagissait le dirigeant de Performa Environnement pour qui « on peut toujours arriver à développer des projets d’élevage en France ».

A ce sujet, Jean-Paul Emorine, sénateur, soulignait l’apport de bases juridiques plus stables qu’avait apporté les Scot, les schémas de cohérence territoriale rendus obligatoires au 31 décembre 2017. « Cela devrait simplifier les procédures ».

Mais quand ça ne veut pas, ça ne veut pas ! Et Samuel Chanussot de citer l’exemple d’une exploitation de poules pondeuses avec unité de conditionnement en Bresse qui, confrontée à une opposition farouche, n’est pas parvenue à se moderniser et où désormais soixante emplois sont en jeu… Il citait aussi des incohérences eu égard à des Scot où des lotissements sont en projet à seulement cinquante mètres de bâtiments agricoles…

« Il est intéressant de prendre un peu de temps avec d’autres secteurs pour qu’ils nous fassent partager leurs expériences », concluait Christian Decerle, « même si nous ne sommes ni la SNCF, ni le Groupe Auchan ». Le président de la chambre d’Agriculture revenait à ce titre quelques années en arrière en évoquant la filière avicole départementale. « Il n’était alors pas dit qu’on n’allait pas voir la même chose que ce que l’on avait connu avec l’élevage porcin ». La mobilisation de tous a permis d’inverser, avec succès, le cours des choses. « Il y a là un bel exemple où, plutôt que de s’arcbouter, la démarche engagée a permis une évolution plus satisfaisante ». Et Christian Decerle d’inviter chacun à ne pas succomber au pessimisme ambiant : « il faut continuer d’investir dans une société certes plus complexe ».

D’ailleurs, Jérôme Gutton, préfet de Saône-et-Loire, abondait dans le même sens, sur ce sujet que lui comme les autres membres de la préfectorale connaissent bien. « Il faut une immense patience et une forte obstination pour dissiper les résistances pour porter un projet qui est d’intérêt général ». Et Jérôme Gutton d’évoquer pêle-mêle « la méthanisation, le solaire, l’éolien : cela va dans le bon sens tant pour les exploitations qui diversifient leurs revenus que pour les territoires concernés ». « Il n’est pas facile de faire accepter ces projets, mais on finit par y arriver », concluait-il, rappelant que « dans vos projets, vous avez le soutien de l’administration, des administrations ».

La FCO s’invite…

Actualité oblige, la FCO sérotype 4 s’est invitée aux débats de la session. Par la voix de Frédéric Borne d’abord, lequel s’agaçait du classement de tout le territoire de la Saône-et-Loire en Zone réglementée, « ce qui va au-delà des recommandations de la réglementation européenne ». Avec à la clef, des flux économiques bloqués.

A ce sujet, Christian Decerle apportait son soutien aux organisateurs du festival du bœuf, encore menacé de ne pouvoir se tenir… « Je n’ose pas imaginer que le Festival puisse ne pas se tenir, notamment pour ce qu’il représente en matière de communication ». Et de poursuivre : « la FCO en Saône-et-Loire, en novembre, c’est le pire qui puisse arriver » au regard des impacts et des conséquences lourds pour la filière, et en particulier pour les éleveurs.

La solidarité Nord-Sud

Présents lors de la session, Henry Randramampiandra, agriculteur malgache et administrateur de la Maison des Paysans à Tuléar, et Olivier Rakotozafy, technicien conseil, ont apporté leur témoignage sur la dynamique mise en place il y a quelques années, avec le soutien des organisations agricoles de Saône-et-Loire. Nous y reviendrons, mais une chose est sûre, nos amis malgaches ont pris leur destinée en main.

Bon à entendre

„♦ « Vous êtes dans un métier qui intéresse de plus en plus de gens », analysait Jean Mochon en s’adressant au monde agricole. « Vous devenez à ce titre un secteur qui créé des opportunités ou va en amener ».

„♦ « En Bresse et dans le Jura, nous avions un exemple vertueux de contractualisation entre producteurs et Danone qui a permis un lissage du prix du lait, en fonction des coûts de production », faisait état Anne Gonthier, membre de la chambre, relayée par Christian Decerle. Aujourd’hui, Danone cherche à se désengager. On parle de 60 millions de litres… « Le sujet est préoccupant et tombe particulièrement mal en cette période d’Etats généraux de l’Alimentation où il est prôné par tous une prise en compte des coûts de production… ».

„♦ Faisant le point sur les fonds du Feader, le président de la chambre informait que le Conseil régional, après avoir confronté le "consommé" au disponible, était contraint de « re-maquetter ». Il se disait inquiet que l’on traite très inégalement les bénéficiaires, évoquant ainsi l’Agriculture biologique ou les aides du PCAE, notamment dans son volet Modernisation des bâtiments d’élevage. « Il n’est pas sûr que l’on est suffisamment anticipé ce rendez-vous pour faire le tour avec les co-financeurs », déplorait-il.

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