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« Nous jugerons l’action du gouvernement à l’aune des décisions qui seront prises »

En moins d’une semaine, Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, accompagnée de Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs (JA), a rencontré le président de la République et le premier ministre. L’occasion de transmettre au gouvernement les revendications de la profession. Si la profession a trouvé les responsables politiques attentifs, elle souligne qu’elle attend les actes. Première partie de l'interview de Christiane Lambert.

Comment le président a-t-il accueilli vos messages ?

Christiane Lambert : La Président de la République a été à l’écoute pendant deux heures et a réaffirmé l’importance géopolitique de l’agriculture et la nécessaire sauvegarde de la souveraineté alimentaire. Il a souligné que quand la France présidera le G7, il mettra en avant la souveraineté alimentaire et énergétique. Nous ne sommes pas une activité comme les autres qui peut être délocalisée. L’agriculture, 71 milliards d’euros et l’industrie agroalimentaire, 171 milliards d’euros pèsent quatre fois plus que l’aéronautique et l’aérospatiale en chiffre d’affaires. Voilà pourquoi Emmanuel Macron ne peut pas ignorer le poids économique et social de l’agriculture qui de surcroit tient les territoires. Sur la compétitivité, il a été attentif à la perte de performance de l’agriculture, mais nous jugerons à l’aune des décisions prises pour son redressement. Il ne peut ignorer notre message « N’importons pas l’agriculture que nous ne voulons pas chez nous », mais là aussi des réorientations s’imposent. 

Quels messages avez-vous portés au Président ?

C.L : Le premier temps de ce rendez-vous a donc été consacré aux EGA. La FNSEA et JA se sont pleinement impliqués dans les quatorze ateliers et ont formulé des propositions autour des objectifs posés par le gouvernement : créer de la valeur et mieux la partager d’une part, répondre aux attentes des consommateurs et de nos concitoyens, d’autre part.

Les débats lors des ateliers ont été constructifs. En revanche, le débat devant les assemblées a été noyé dans des sujets qui ont été diabolisés, comme le bien-être animal et les produits phytosanitaires. Les agriculteurs ont eu le sentiment que le cœur du débat, les prix, a malheureusement été sous-considéré. Il était donc essentiel de rappeler au président de la République, que notre priorité reste le revenu des agriculteurs. Le quotidien des productions, nous montre tous les jours combien cette bataille des prix et des revenus est d’actualité, que ce soit pour les productions animales ou végétales. Nous demandons donc des dispositifs qui permettent de construire les prix en marche avant. Le Président s’est dit très attaché à la réussite des EGA, notamment pour mettre fin à la guerre des prix, mais très exigeant vis-à-vis de la profession, pour que les plans de filières soient vraiment la colonne vertébrale de la modernisation de l’agriculture.

Pour conclure les EGA, plusieurs rendez-vous ont été actés, un avec le premier ministre mi-septembre et un fin septembre avec le président de la République. L’objectif étant d’être prêts pour les prochaines négociations commerciales. Nous attendons désormais les dispositifs qui seront effectivement votés à l’automne.

Comment avez-vous accueilli l’échec de la Commission Mixte Paritaire ?

C.L : Nous avons été très déçus mais restons pleinement mobilisés pour le débat qui reprendra en septembre prochain. Nous défendrons nos propositions : indicateurs de coûts de production, encadrements des promotions et du seuil de revente à perte, lutte contre les prix abusivement bas, renégociations pour les industriels, … Tout ce qui permettra de sortir de cette déflation entretenue depuis de trop nombreuses années par la guerre que se livrent industriels et distributeurs sur le dos des agriculteurs. Le débat, lors de la deuxième lecture du texte en Commission économique de l’Assemblée nationale, montre que nous devons encore défendre la vision portée par les producteurs, afin que les interprofessions répondent vraiment au besoin de responsabilité des acteurs et soient le fer de lance de la construction des prix en marche avant. C’est à elles qu’incombe en premier lieu la mission de diffuser les indicateurs de couts de production ; mais si certains acteurs bloquent un accord consensuel, l’observatoire de la formation des prix et des marges (OFPM) doit pouvoir prendre le relai car nous avons besoin de pouvoir faire référence à des indicateurs infalsifiables.

Sur ce sujet le premier ministre nous a rappelé, le 25 juillet, la ligne rouge du gouvernement : les interprofessions doivent se responsabiliser, l’Etat ne doit pas fixer les prix et l’OFPM, considéré comme le prolongement de l’Etat, ne doit pas fixer les indicateurs. Nous continuons donc à porter et à défendre cette proposition. Nous interpellerons les parlementaires pour que ce débat revienne lors de la séance plénière, les 3 et 4 septembre.

Concernant la Pac, quels messages avez-vous transmis à Emmanuel Macron ?

C.L : Nous avons réaffirmé que la PAC a été le ciment et le ferment de l’Europe, pour garantir la sécurité alimentaire. 60 ans ont passé depuis sa création mais elle est toujours construite autour des mêmes principes. A ces fondamentaux historiques, souveraineté alimentaire, alimentation saine, sûre, durable et économie des territoires, s’ajoutent la lutte contre le changement climatique et la transition énergétique. Le niveau actuel du budget de la PAC n’est pas satisfaisant, Emmanuel Macron doit le défendre et emporter une majorité de pays européens. Nous avons réaffirmé que l’on ne peut pas demander plus aux agriculteurs et mettre moins dans le budget de la PAC. L’Europe doit afficher sa cohésion et non sa division. Face aux guerres commerciales entretenues par les États-Unis, la Chine et la Russie, l’Unions Européenne doit consolider une PAC réellement commune. Nous ne voulons pas d’une « PAC à la carte » avec trop de subsidiarité et qui conduit à de la renationalisation.  Il faut un socle commun solide pour une agriculture compétitive, résiliente et durable. Le Président souhaite une réflexion collective portée par l’équipe France, des rendez-vous ont été pris en octobre et en novembre.

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