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Face aux attaques dont la viande et l'élevage sont la cible, ne faut-il pas changer de stratégie ?

Permettre de mieux comprendre les débats de société autour de la viande, tel était l’objectif de la conférence organisée par Interporc Rhône-Alpes. La spécialiste des crises sanitaires, Annie Clerc de Marco a secoué l’auditoire avec ses analyses et son franc-parler.

Annie Clerc de Marco livre une analyse sans concession sur la crise des représentations à laquelle fait face l’élevage en France. Ici, visite par le grand public de l'abattoir d'Autun.

Devant une cinquantaine de personnes lors de l’assemblée générale d’Interporc Rhône-Alpes le 21 juin à La Tour-de-Salvagny, Annie Clerc de Marco, spécialiste de l’étude des risques sanitaires, a développé une analyse sans concession des fortes menaces qui pèsent sur la consommation de viande en général, et celle de porc en particulier.

« Jamais la filière porcine n’a aussi bien travaillé, et jamais nous n’avons été aussi mal perçus par les consommateurs et dans les médias », diagnostiquait Thierry Thénoz, le président d’Interporc Rhône-Alpes, en guise d’introduction à l’exposé d’Annie Clerc de Marco. « Il faut que nous retrouvions notre légitimité à communiquer en tant qu’éleveur ».

Une confiance abîmée

La spécialiste des crises a alors proposé une analyse complète portant sur la perception par les consommateurs. « Il y a trente ans, lorsque j’ai commencé à travailler sur la filière viande, il n’y avait que l’impact environnemental des élevages qui gênait la société civile, cela pouvait s’arranger. Aujourd’hui, c’est le fondement même de votre activité qui est attaquée par certains : l’abattage des animaux ». Et donc, directement ou indirectement, la consommation de viande…

Les représentations symboliques des Français sur l’agriculture sont de fait plus proches de "Martine à la ferme" avec trois vaches, cinq cochons et dix poules que de l’agriculture industrielle hors-sol, rappelait l’intervenante. Les différentes crises sanitaires : ESB en 1996 puis en 2000, fièvre aphteuse (2005-2006), grippe aviaire (2011), le horsegate lié à la viande de cheval (2013) et les reportages audiovisuels sur l’agriculture industrielle ont violemment percuté les représentations symboliques des Français et ont progressivement abîmé la confiance des consommateurs dans la filière viande, dont les agriculteurs font partie en tant que tout premier maillon, a continué l’intervenante.

Aussi, « pour ne pas être définitivement piégé, vous vous devez de réagir ! », a-t-elle exhorté l’audience.

Répondre aux anti-viandes

Pour la spécialiste, nous sommes aujourd’hui dans le règne de l’émotionnel (vidéos, images repoussantes, etc.) et il ne sert à rien d’argumenter de manière rationnelle pour contrer cela. « Vous devez changer de stratégie et changer d’alliance pour reprendre le pouvoir sur votre métier », a-t-elle lancé. Pour y arriver, Annie Clerc de Marco estime qu’il faut agir en deux temps. D’abord, reconquérir la légitimité des éleveurs à parler de leur métier, et cela passe par le contrôle de la filière. « Il faut par exemple que la profession aide les élevages en retard à changer leurs pratiques. Les images horribles d’animaux torturés dans des abattoirs ne doivent pas vous laisser indifférents, vous devez vous élever et protester contre ces pratiques. Si vous souhaitez que la société vous croie quand vous affirmez élever vos animaux avec bienveillance et empathie, vous devez vous assurer qu’ils sont mis à mort de la même façon ! ».

Aux yeux des citoyens qui ont encore une grande sympathie pour les agriculteurs, les éleveurs doivent être les garants du bon fonctionnement

de la filière. Ensuite, Annie Clerc de Marco invite les éleveurs à changer d’alliance. « Il faut que les éleveurs se rapprochent très rapidement des associations de défense du bien-être des animaux [NDLR lesquelles sont différentes des associations anti-viande] pour négocier avec elles les changements qu’elles demandent », pense-t-elle. « Pour reprendre la main, il faut accuser réception des demandes de la société civile. C’est dans ce dialogue que vous pourrez expliquer pourquoi la sécurité sanitaire des animaux est plus grande dans des bâtiments fermés qu’en pleine nature, qu’il faut maintenir les truies allaitantes couchées pour qu’elle n’écrase pas leurs petits, etc. ».

Sans quoi, c’est la grande distribution qui va réussir à s’allier avec ces associations et imposer aux éleveurs des cahiers des charges et un modèle de production, comme cela arrive dans la filière Œuf actuellement…

« Ce n’est qu’en travaillant main dans la main avec la société civile qu’elle pourra vous défendre contre les extrémistes », a conclu Annie Clerc de Marco.

Camille Peyrache

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