Actualité Viticulture

L'intense période des vendanges 2018

A vendanges précoces, réunions pré-vendanges avancées. Les 22 et 23 août, à La Chapelle-de-Guinchay, Fuissé et Buxy, la profession viticole s’était donné rendez-vous pour faire le point sur les modalités pratiques des vendanges 2018.

A Buxy, le conseiller viticole pour la Côte Chalonnaise, le Couchois et les Maranges, Etienne Rayer débutait par un rapide bilan de la campagne de l’année. Evidemment, c’est la météo qui a été l’élément marquant de cette année. Après un printemps pluvieux est venu un été sec. Mais, après cette généralité, les 200 présents lors des trois réunions se penchaient dans les détails. « Il y a des écarts de pluviométrie importants entre communes », notait Etienne Rayer. Des écarts qui jouaient et jouent encore sur la détermination de la maturité pour caler les dates de récolte de chaque parcelle. Surtout que les mois  de juillet et d’aout ont été « extrêmement chaud » avec 24°C de moyenne sous abri dans le département, soit 3°C au dessus des normales saisonnières estivales. Ce qui n’a pas été sans conséquence sur l’évolution de la maturité et notamment sur la dégradation des acides dans les baies. Avec ces extrêmes et records climatiques, le pire était à craindre. La Saône-et-Loire a toutefois échappé globalement aux orages de grêle dévastateurs, sauf le Mâconnais nord le 3 juillet (200 ha jusqu’à 90 % de pertes). Mais le gros des pertes pourraient plutôt provenir des attaques mildiou qui dès le mois de juin a explosé dans les vignes. « On a vu du mildiou partout, plus ou moins, mais partout », déploraient les techniciens de la chambre d’Agriculture. Ce qui ne fut pas le cas de l’oïdium, « très discret » cette année. Idem côté ravageurs de la vigne, « pas grand chose à signaler », à part peut-être de l’érinose en début de saison et l’extension en Côte Chalonnaise des araignées rouges qui étaient jusque là plutôt observées dans la Mâconnais.

Avec une floraison en moyenne autour du 30 mai, l’avance de 8 jours a été conservée jusqu’à la fermeture de la grappe vers le 2 juillet pour finir sur une « année précoce » mais « comme l’an dernier ». Une façon de souligner que les moyennes ne veulent plus trop rien dire. Les vendanges ont donc débutées et devraient laisser place ensuite à… la prospection obligatoire dans le cadre de la lutte contre la flavescence dorée. Les viticulteurs n’ont vraiment plus de temps morts.

Un millésime de vigneron

Au pôle Technique et Qualité du BIVB, les études de la maturité ont débuté par des premiers prélèvements de baies dès le 2 août. Avec les longues journées d’été, les épisodes caniculaires, la chaleur, la dynamique de maturation est « soutenue » pour nos cépages chardonnay et pinot noir, mettait en garde Christine Monamy. La fréquence des analyses devra suivre ce rythme. Avec des vignes parfois bloquées (jusqu’à la défoliation ou flétrissement des baies) car commençant à souffrir du manque d’eau, par endroit, les cépages rouges « sont plus avancés » que les blancs. Ce qui a obligé certains vignerons à commencer par leurs pinots du côté de Givry par exemple dès le 24 août alors que d’autres viticulteurs n’avaient pas commencé à vendanger leurs chardonnay dans le sud du département. « En terme de crémants, des parcelles ont déjà dépassées la limite et d’autres peuvent patienter ».

Pas de malo ?

Plus problématique en vue des vinifications générales, la « grosse dégradation » de l’acidité, notamment celle de l’acide malique. « Il y a des chances que vos "malo" se fassent vites », essayait d’en rire, Christine Monamy qui surtout espérait que les pH « restent correct » au maximum pendant toute la période des vendanges. Car jusqu’à la fin, « c’est l’acide tartrique qui nous sauve ». Tout ne va pas dans le mauvais sens heureusement, le potentiel « couleur » anthocyanique est similaire à 2017 et la vinification pourrait avoir des airs du plébiscité millésime 2015 « grâce au retour des nuits fraiches ». L’état sanitaire est néanmoins bon pour les plus patients.

Côté rendements, après de bonnes sorties en quantité au printemps, là encore, l’hétérogénéité des vignes – avec des comportements très différents selon les niveaux de pluies – ne permet pas facilement de faire de prévision, à peine une comparaison avec le millésime 2006 éventuellement. Pour la CAVB, Charlotte Huber expliquait porter les demandes des ODG à l’Inao qu’en a leur demande de rendements et conditions de production (voir en page 8).

Les réunions pré-vendanges sont également l’occasion de faire le point sur l’emploi de vendangeurs. Pôle emploi, la MSA Bourgogne et le service Main d’œuvre de la FDSEA de Saône-et-Loire expliquaient en détail les bonnes pratiques en la matière (voir nos dossiers dans nos précédentes éditions). Les vendanges sont décidément une période d’intense… déclarations administratives en tout genre. Pour l’Union viticole 71, Thibault Laugâa rappelait que la FNSEA s’est mobilisée tout l’été et continuera s’il le faut auprès des ministres et élus pour ne pas voir disparaître plusieurs dispositifs : TODE (lire en page 14) ou le CICE. Si certains peuvent faire les vendanges, d’autres ne peuvent pas mais contribuent quand même à leur façon.

« En dessous de 16€ de l’heure, il y a une magouille »

Du service Emploi de la FDSEA de Saône-et-Loire, Idir Ferhat est revenu sur la prestation de service international. Des prestataires qui cherchent à se développer en France suite aux problèmes que rencontrent nombre de domaines pour recruter des vendangeurs, notamment en plein mois d’août. Ces prestataires arrivent avec des solutions clés en main. « C’est tout beau, tout chaud, facile… ». Evidemment, il y a un piège ou plutôt des pièges. Le vigneron doit notamment effectuer « plein de vérifications avant de contracter ». Il ne faut donc « jamais signer » si vous n’avez pas un certain nombre de documents. Des documents a demandé dans le pays d’origine de la société pour savoir si cette dernière est bien en règle. « Ce n’est déjà pas toujours facile en France alors imaginez dans une autre langue avec des documents non traduits ».

Pour départager le bon grain de l’ivraie, un autre conseil est de se méfier des offres proposant des vendangeurs « à des tarifs inférieurs à 16 €/h. Cela doit vous alerter, il y a forcément une magouille », met en garde le service Emploi de la FDSEA. Et en cas de défaillance du prestataire, le client est appelé en garantie du paiement des salaires du personnel mis à disposition et cotisations sociales afférentes. Le client étant « solidaire » du prestataire, il encourt les mêmes amendes : 2.000 € par salarié détaché ou 4.000 € en cas de récidive et ce jusqu’à 500.000 €.

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