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Le Brexit pourrait bien boulverser les marchés, l'Irlande anticipe...

Karl Walsh, attaché agricole à l’ambassade d’Irlande à Paris, et Bernadette Byrne, responsable marketing viande chez Bord Bia, ont fait le point sur l’impact du Brexit quant aux filières viande rouge en Irlande. Ils évoquent également les craintes de l’Irlande face à un accord de libre-échange entre l’Europe et la Nouvelle-Zélande.

Le Royaume-Uni absorbe à lui seul 50 % des exportations irlandaises de bœuf et 20 % de celles d’ovins.

En mai, Michel Barnier, négociateur de l’Union européenne (UE) sur le Brexit, s’est rendu en Irlande du Nord. Il aurait déclaré : « ces négociations seront difficiles, non seulement d’un point de vue financier, technique, ou légal mais aussi et d’abord sur le plan humain, social et économique ». Comment interprétez-vous cette phrase ?

Karl Walsh : nous sommes conscients que les négociations sur le Brexit seront également difficiles d’un point de vue humain et socio-économique. Cette question se pose de façon on ne peut plus pertinente lors des discussions touchant aux questions frontalières. Les relations transfrontalières sont étroitement liées aux perspectives sociales et économiques. Il est donc essentiel de protéger le processus de paix en Irlande du Nord et l’accord du Vendredi Saint. Nous souhaitons également que la création d’une frontière en Irlande soit écartée.

 

Quelles sont les interrogations qui subsistent au sujet du Brexit pour l’agriculture irlandaise ?

K. W. : de nombreuses questions touchant à l’agriculture restent à régler, comme l’incidence qu’aura à court terme la chute de la valeur de la livre sterling face à l’euro sur ce secteur. À plus long terme, nous nous interrogeons sur ce que seront les relations commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni, le maintien à l’identique ou pas de la législation et des normes post Brexit, l’incidence des contrôles aux frontières et les exigences de certification.

 

L’Irlande est un grand pays producteur de viande bovine et ovine. Quels seront les impacts du Brexit sur ces deux secteurs ?

Bernadette Byrne : le Royaume-Uni est notre principal marché pour les produits agroalimentaires. Quant aux produits carnés, c’est notre principal débouché pour le bœuf et le deuxième pour l’agneau. Pour le bœuf, le Royaume-Uni absorbe 50 % de notre marché à l’export.

En 2016, il a représenté 20 % de nos exportations d’ovins. Notre objectif sera de maintenir notre position de leader sur le marché britannique en travaillant en partenariat avec nos exportateurs.

Par ailleurs, notre ministère collabore étroitement avec notre industrie pour que nous puissions nous positionner sur de nouveaux marchés stratégiques, en particulier à l’extérieur de l’UE. Le ministre lui-même a intensifié ses approches d’un point de vue diplomatique et augmenté la fréquence des visites effectuées par des délégations ministérielles, comme ce fut le cas ces derniers mois en Asie du Sud-Est, en Afrique du Nord et dans la région du Golfe. De même, Bord Bia multiplie sa présence sur les salons commerciaux internationaux et continue d’étendre son réseau de représentations à l’international, récemment à Varsovie et à Singapour.

 

Que pense l’Irlande d’un accord de libre-échange entre l’UE et la Nouvelle-Zélande, notamment pour la production ovine ?

K. W. : en tant que petite économie ouverte, l’Irlande est en faveur de la libéralisation du commerce et a conscience des avantages que les accords commerciaux avec les pays tiers représentent. Cependant, ces accords doivent être équilibrés. Ils doivent servir à la fois nos intérêts offensifs et défensifs. Ils doivent aussi prendre en compte les analyses d’impact détaillées telles que celle réalisée l’an passé par la Commission européenne. Nous nous attendons donc à ce que l’analyse d’impact faite par la Commission sur un éventuel accord de libre-échange entre l’UE et la Nouvelle-Zélande prenne en considération les sensibilités qui touchent particulièrement le secteur agricole. Nous pourrions, en effet, éprouver des inquiétudes quant à ses effets possibles sur les secteurs de la viande bovine, ovine et les produits laitiers en particulier.

 

Bernadette Byrne, vous sillonnez certains pays européens depuis longtemps (France, Belgique…), toujours dans le secteur de la viande, quelles évolutions vous ont le plus marqué ces dernières années ?

B. B. : l’une des tendances marquantes de ces dernières années est l’accroissement de la demande pour les produits biologiques, y compris la viande. En 2016, nous avons constaté en France une augmentation de 30 % de nos exportations de viande d’agneau biologique et nos exportateurs s’attendent à une augmentation de la même ampleur pour 2017.


 

 

 

 

Origin Green : Une démarche offensive et… durable

La démarche Origin Green date officiellement de 2012, selon Andrew Mullins, responsable développement durable chez Bord Bia, mais elle a démarré plus tôt avec la crise de 2008. Viser une production durable pour l’élevage est effectivement apparu comme un moyen pour les Irlandais de se différencier sur les marchés mondiaux tout en répondant à la demande des consommateurs. Origin Green s’est étendue par la suite aux industriels. Origin green signifie un audit, une fois tous les dix-huit mois, de l’élevage dans le but d’améliorer les performances en se basant sur certains critères (GMQ, utilisation d’azote, âge au premier vêlage, etc.). « Les Irlandais s’autorisent ce qu’ils savent faire et s’interdisent ce qu’ils ne savent pas faire », met en exergue Michèle Boudoin, présidente de la Fédération nationale ovine (FNO), à la suite d’un déplacement en Irlande. Elle note également qu’ils sont « dans une logique de projet et non dans une concurrence de chapelles ». On ferait bien de s’en inspirer…

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