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Filière bovins viande : une loi qui pourrait tout changer !

Lors d’une soirée débat à Toulon-sur-Arroux, le vice-président de la FNB Emmanuel Bernard a expliqué que la loi issue des EGALim pourrait bien renverser le rapport de force entre les éleveurs et la grande distribution.

Le 10 janvier dernier à Toulon-sur-Arroux, la section bovine de la FDSEA organisait une soirée débat sur la filière élevage viande, en présence d’Emmanuel Bernard, vice-président de la FNB (fédération nationale bovine) et membre de la commission commerce extérieur d’Interbev (interprofession bétail et viande). A la veille des élections aux Chambres d’Agriculture, les élevages de bovins allaitants sont au plus mal. La terrible sécheresse de l’automne 2019 est venue aggraver une fragilité économique déjà grande. Tandis que toutes les charges s’envolent, les prix des animaux payés aux éleveurs ne cessent de baisser, ne leur permettant plus de vivre depuis de nombreuses années.

Un prix qui intègre le coût de production

C’est pour tenter d’enrayer cette spirale infernale et répondre aux signaux d’alerte répétés de la profession que le gouvernement a consenti à mener les Etats Généraux de l’Alimentation (EGALim). Comme le prône depuis des années la FNB, pour que les éleveurs retrouvent une rémunération équitable, il faut instaurer, par la loi, une construction du prix « en marche avant ». C’est-à-dire que le prix payé aux producteurs parte du coût de production réel. Autrement dit sortir d’une logique où c’est la distribution toute puissante qui impose par la force son monopole des prix cassés. Pour au contraire encadrer par la loi les pratiques commerciales.

Un chantier titanesque qui n’a pas été sans difficulté tant il a fallu ferrailler avec des membres de la filière aux intérêts divergents. Principale cible visée par ces EGALim, la grande distribution n’a bien évidemment pas facilité la tâche. Et pour cause, elle est le maillon de la chaîne alimentaire qui parvienne à faire le plus de profits.

Une loi structurante

Si ces Etats Généraux ont d’abord suscité un peu de scepticisme, ils inspirent aujourd’hui un espoir. En effet, « les EGALim devraient déboucher sur une loi très structurante qui permettra d’attaquer la grande distribution quand elle ne respectera pas la loi. Ce que l’Etat ne peut pas faire, on le fera avec la justice ! », résumait Emmanuel Bernard. C’est un véritable changement du rapport de force qui pourrait s’opérer, faisant dire au responsable : « je pense qu’on est en train de vivre quelque chose qui va tout changer. Cela devrait mettre un terme à la guerre des prix ».

Parmi les avancées des EGALim, la contractualisation est désormais obligatoire pour les signes de qualité avec la prise en compte systématique des coûts de production. La réglementation du seuil de revente à perte a déjà contraint certaines enseignes à reporter leurs promotions sur les produits non agricoles. La réglementation des promotions est désormais inscrite dans la loi. Reste à peaufiner la définition d’un prix abusivement bas.

« Ce sont les fondamentaux des relations commerciales des filières de demain qui viennent de s’écrire », assure Emmanuel Bernard qui cite l’article n°44 de la nouvelle loi qui dit que « personne n’a le droit désormais de commercialiser un produit qui ne respecte pas les règles de production françaises ». Un article plein de bon sens pour mieux défendre la viande française face aux viandes d’importation.

Transformer l’essai

Pour obtenir cette avancée législative, la profession s’est beaucoup mobilisée durant l’année 2018. « Maintenant, il va falloir transformer l’essai ! », poursuivait le président de la section bovine Christian Bajard. « Il faut que nous donnions du poids à nos organisations économiques pour qu’elles aillent passer des contrats avec l’aval. Il va falloir continuer de défendre le coût de production. 4€64 pour une vache R+ permettrait de rémunérer le capital et le travail », indiquait Emmanuel Bernard. Et l’argument du pouvoir d’achat du consommateur ne tient pas puisque c’est vraiment une question de partage plus équitable de la marge, pointait le président de la FDSEA Bernard Lacour.

Côté éleveurs, « nous aurons aussi à réfléchir sur la qualité de la viande que nous produisons », estimait Christian Bajard.

L’export, l’autre levier pour faire remonter les prix

L’autre levier pour une meilleure rémunération des éleveurs est l’export. L’écoulement d’animaux à l’étranger permet d’ajuster le marché intérieur et ainsi de faire remonter les prix, expliquait Emmanuel Bernard. Si l’Italie demeure de loin le plus gros débouché pour le bétail français, les – 5 à – 7% d’érosion sur cette destination obligent à ouvrir d’autres pays, mais c’est très difficile, avouait le membre de la commission commerce extérieur d’Interbev. La Turquie a eu son effet en son temps. Mais le contexte politique a gelé ce marché. Parmi les débouchés attendus, la Chine suscite des espoirs. Deux outils d’abattage français sont agréés pour exporter de la viande en Chine. Sur cette destination singulière, sans pouloir rivaliser avec le Brésil, le modèle d’élevage français pourrait intéresser les chinois pour une certaine niche, expliquait Emmanuel Bernard. D’autres pays sont évoqués comme Israël ou Hong Kong… Au-delà des pays eux-mêmes, la filière doit composer avec une administration française « qui nous met beaucoup de bâtons dans les roues », révélait le vice-président de la FNB. L’autre grande contrainte est sanitaire.

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