Ruralité

Néoruraux : Entre contraintes et opportunités

Le 22 novembre, les 27èmes assises de Sol et Civilisation traitaient de la transition des territoires et des projets qui en découlent pour les agriculteurs. La population des zones rurales évolue, elles se repeuplent d’anciens citadins. Si cette évolution peut-être source de contraintes, elle est aussi source d’opportunités pour les agriculteurs, ces néoruraux, friands de localité, peuvent devenir de nouveaux consommateurs. 

« Les territoires peuvent aider à relever les défis futurs », confirme Anne-Claire Vial, présidente. Pour « planter le décor » de cette transition, Hervé Lebras, démographe, a livré en avant-première les résultats d’une étude sur la démographie des territoires ruraux. Sa présentation a débuté sur une note positive puisqu’il a expliqué que les agriculteurs sont principalement présents dans des territoires qui connaissent une bonne dynamique démographique. « La diagonale du vide, si elle existe toujours, semble se repeupler », précise le démographe. De plus, le niveau de formation des agriculteurs et le taux de chômage des populations rurales s’améliorent. En effet, si en 1968, 95 % des agriculteurs ne possédaient pas de diplôme supérieur, actuellement, leur profil se rapproche de celui des artisans et des dirigeants de petites entreprises. De plus, dans les villes, si le taux de chômage des 15-24 ans est supérieur à 20 %, il est inférieur dans les territoires éloignés des agglomérations (environ 18 % dans une zone située à 100 Km d’une zone urbaine).

« Une nouvelle pression locale » 

Ombre au tableau de cette évolution positive de la démographie et des indicateurs sociaux en zone rurale, « la perte de pouvoir » des agriculteurs dans leur zone de vie. Le « repeuplement » des campagnes se fait généralement par des travailleurs urbains. Elles deviennent des zones  « résidentielles », les gens y vivent, mais n’y travaillent pas. En 1968, les agriculteurs représentaient 42,5 % de la population des villes de moins de 1.000 habitants alors qu’en 2010, ils n’en représentent plus que 5,9 %. A contrario, dans ces petites villes les cadres sont passés de 1,1 % de la population à 8,9 % dans cette période. Cette évolution démographique induit donc un changement de paradigme dans les politiques locales, le poids de la population agricole est amoindri et elle se confronte à une population issue de zone citadine avec qui elle doit partager le territoire. « La part de territoires portée principalement par le complexe agri-alimentaire est en recul au profit d’une économie présentielle et donc l’augmentation des services aux dépends de l’agriculture », explique Bertrand Schmitt, économiste et directeur de recherche à l’INRA. « En 1990, 25 % des actifs des zones rurales travaillaient en dehors de ces zones, en 2017, ils sont 50 % », précise Thierry Pech, directeur général de Terra Nova. Des conflits sur l’accès au foncier et la pratique même de l’activité agricole peuvent en découler. Ces nouveaux habitants des zones rurales, qui souvent connaissent mal l’agriculture, sont aussi porteurs des nouvelles demandes émergentes, plus de transparence, de naturalité, plus de respect de l’environnement, moins de pesticides…  « Cette nouvelle pression locale, au-delà de la pression médiatique, nous amène à réfléchir », ajoute Denis Digel, maraîcher et président de Cœur Paysan.

Néanmoins, si ces nouveaux « campagnards » peuvent être perçus comme une contrainte, ils ouvrent aussi un nouveau champ de possibilités pour la commercialisation des produits alimentaires.  « Ces anciens citadins sollicitent une alimentation locale, qu’ils souhaitent trouver près de chez eux », note Thierry Pech. Une chance donc d’expliquer, la manière dont ils sont produits, « aujourd’hui la demande va souvent plus vite que la technique, pour rassurer le consommateur, il faut lui expliquer ce que nous faisons, que ce soit dans des magasins de producteurs, ou dans nos fermes », conclut Denis Digel.

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