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Rencontre avec Gilles Vailleau, éleveur de chevaux de trait auxois à Charmoy

Eleveur de bovins charolais et de porcs en plein-air avec son associé Alexandre Gauthier, Gilles Vailleau est aussi un passionné de chevaux auxois. Détenteur de cinq poulinières et de deux étalons, il participe chaque année aux concours "Modèle et allure". Portrait.

Apollon, l’un des deux étalons en service dans l’élevage de Gilles Vailleau.

Gilles Vailleau est associé en Gaec avec Alexandre Gauthier, avec lequel son exploitation allaitante s’est diversifiée dans une production de porc en plein-air en 2015. Eleveur d’un troupeau de 90 charolaises dont il a toujours soigné la génétique, Gilles est aussi un passionné de chevaux de trait auxois. Lorsqu’il était enfant, l’exploitation familiale de Charmoy possédait cinq chevaux de trait en guise de force de traction. Gilles se souvient d’avoir vu son père charrier du fumier sur un char alors tiré par quatre auxois… Les cinq équidés avaient leur propre écurie pavée et une telle monture n’était pas si fréquente dans les fermes du secteur à l’époque. Cela provenait sans doute du grand-père de Gilles originaire d’Issy-l’Evêque qui lui aussi était déjà en pointe dans ce domaine. Né en 1962, Gilles Vailleau a lui-même travaillé avec des chevaux à l’âge de 15 ans. Comme son père qui participait déjà aux concours "Modèle et allure" en son temps, Gilles n’a jamais pu se passer de jument sur sa ferme pourtant moderne et bien mécanisée.

Trois étalons vendus aux Haras nationaux…

1997 fut un tournant pour l’éleveur de Charmoy. Il achète alors une jument auxoise qui a particulièrement "bien marché" en concours. Elle lui a donné quinze poulains dont trois étalons lesquels ont été vendus au haras national au prix de 5.000 € l’animal, se souvient Gilles. Avec sa jument, l’éleveur est allé plusieurs fois au Salon de l’agriculture à Paris et il participait au National auxois à Semur-en-Auxois (21) tous les ans.

« Lorsque les haras ont cessé d’exister, je me suis lancé dans l’étalonnage », confie Gilles qui détient aujourd’hui deux étalons en service. Les éleveurs lui confient leurs juments à saillir. L’étalonnage est une activité plutôt technique puisqu’il nécessite l’assistance de l’éleveur, ce qui n’est pas sans risque étant donné la puissance et la métamorphose impressionnante d’un étalon en plein rut ! « Mais l’activité amortit un peu le cheval », justifie Gilles qui détient aussi cinq poulinières qui lui ont donné cinq poulains cette année.

Difficile valorisation

Aussi passionné soit-il, l’éleveur ne cache pas que l’élevage de chevaux de trait n’a plus rien de rentable. Le prix du kilo vif est descendu jusqu’à 1,20 € et un poulain au sevrage se vendait seulement 480 € il n’y a encore pas très longtemps, explique-t-il. L’apparition d’acheteurs japonais sur le marché à la recherche de chevaux lourds a redonné des couleurs aux cours qui approcheraient aujourd’hui de 2,60 €, indique Gilles. Mais ces Japonais ne veulent que des animaux indemnes de pyroplasmose. Une condition sanitaire qui exclut bon nombre de chevaux français et qu’il n’est pas évident de remplir. La demande est tout de même un peu plus soutenue grâce à ce marché export, confie l’éleveur qui essaie de placer ses chevaux à des particuliers, pour la reproduction, l’attelage…

Un patrimoine à préserver

Si l’argent n’est pas le moteur de l’élevage de chevaux de trait, en revanche l’ambiance qui règne entre éleveurs et sur les concours est un stimulant formidable. Gilles y apprécie la convivialité du casse-croûte, l’esprit de la bande de copains qu’il y trouve, accompagné de son staff habituel, dont sa fille unique, elle-même très intéressée par les chevaux, confie-t-il avec un brin de fierté. Et par-dessus tout, il y a le plaisir de préparer les chevaux : les tresser, natter leurs belles crinières, les lustrer, noircir leurs sabots au goudron de Norvège… Et aussi d’offrir ces spectacles majestueux que seuls les chevaux de trait, si massifs, imposants et fiers savent produire. Car Gilles Vailleau, comme tous les passionnés de chevaux de trait, réalise peut-être un travail de préservation que les générations futures lui vaudront. Préservation d’un patrimoine génétique inestimable que les dérives du progrès auraient bien aimé sacrifier, mais qui pourrait retrouver des lettres de noblesse si le développement durable devenait une réalité partagée.

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