Viticulture

Pépinières viticoles L’origine France, marqueur de qualités

Le 25 octobre à Beaune, la Fédération française de la pépinière viticole (FFPV) a lancé sa marque collective "origine France" lors de son congrès national. Qualité sanitaire, traçabilité, transparence avec les vignerons sont ses principaux atouts. Ne pouvant pas la dévoiler dans son intégralité – nom, logo… - en l’attente du dépôt de marque définitif, les pépiniéristes ont affiché des objectifs ambitieux, notamment pour se démarquer par rapport à la concurrence étrangère. La France est repassée leader mondial sur les marchés mais reste talonnée par l’Italie.  

De gauche à droite : David Amblevert, président FFPV, Sophie Fonquernie vice- présidente région Bourgogne Franche-Comté, Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, directeur général IFV, Christine Avelin, directrice générale FranceAgriMer, Pierre-Marie Guillaume, pré

Le congrès de Beaune « s’inscrit pleinement » dans la volonté de la FFPV de rendre toujours plus compétitive la pépinière viticole en France, associant une « professionnalisation » du métier et une « boite à outils » toujours plus étoffées pour ses adhérents, expliquait David Amblevert, président. Après plusieurs plans (5 millions d’€ avec les Régions les 5 dernières années) sur des aides à la modernisation (matériels…) ou pour diminuer la pénibilité du métier, le dernier exemple en date sera la mise à disposition d’une marque collective « Origine France ». En attendant la validation du dépôt de marque à l’Inpi (propriété intellectuelle), certainement pour janvier 2019, l’association qui va gérer cette marque a fait une présentation détaillée aux congressistes, à commencer par ses élus, dont les neufs présidents des fédérations régionales. Pour la Saône-et-Loire (Centre Est), il s’agit donc de Pierre-Marie Guillaume.

Une marque avec les vignerons

Première particularité, et pas des moindres, quatre viticulteurs siégeront également au conseil d’administration de l’association pour une totale « transparence ». « C’est important aussi de connaître leurs avis », insistait le président de l’association, Giovanni Varelli, pépiniériste dans le Vaucluse. De fait, le cahier des charges n’est pas figé dans le marbre. L’idée étant de s’adapter au fil du temps aux besoins des clients, des pépiniéristes… mais aussi en fonction de la concurrence étrangère qui progresse (lire encadré). . Son « modèle » se veut donc « évolutif ». L’association se veut aussi légère, agile et indépendante pour ne pas « mélanger les genres » avec le rôle syndical de la FFPV.

« Plus il y aura d’adhérents utilisant cette marque collective, plus les tarifs seront à la baisse », détaillait Giovanni Varelli, en présentant les premiers montants d’adhésion (mono-activité, double et triple ; pépiniériste-producteur-négoce). Histoire de motiver les producteurs de porte-greffes et ceux faisant moins de 100.000 greffons par an. L’association se veut « autosuffisante » et ne demande pas de subventions publiques, même si elle a obtenu l’appui de FranceAgriMer et du CNIV (interprofession viticoles) pour monter ce projet.

D’ores-et-déjà, les principaux pépiniéristes français se sont engagés dans la démarche (minimum 30 % de leurs ventes sous certification) pour assurer le premier « budget », pour réaliser une promotion nationale et internationale. L’objectif est d’enregistrer au moins 240 adhésions – acceptées après vote du Conseil d’administration – dès 2019.

Des plants français « d’excellence »

Pour certifier l’origine et le respect du cahier des charges, l’association fera appel au cabinet indépendant, Véritas pour les contrôles (vignes et ateliers). La marque repose sur deux grands piliers : des portes-greffes et des greffons produits en France et issus de la sélection française. « On veut aller vers des plants de vigne d’excellence, avéré par des procédés techniques sans faille et contrôlés », redisait Pierre-Marie Guillaume. Notamment, la prospection sanitaire pour éviter la propagation de maladies, toujours plus « menaçantes » et nombreuses (flavescence dorée, Xylella…).

Siégeant eux aussi au conseil d’administration de la marque collective, les sélectionneurs français espèrent ainsi se renforcer indirectement. « Avec 180 conservatoires et plus de 20.000 clones, nous voulons préserver et développer cette extraordinaire biodiversité », encourageait Jean-Pierre Van Ruyskensvelde, directeur général de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV). « La marque va servir l’ensemble des partenaires : IVF et chambres d’Agriculture », précisait encore Bernard Artigue, vice-président de l’APCA et vigneron Bordelais.

« La qualité de notre matériel végétal en France est un atout. Dans le cahier des charges de la marque, le matériel végétal ne sera issu que de matériel de sélection française. Nous avons confiance dans la sélection clonale et on connaît le sérieux de la création variétale en France », rappelait Marie-Catherine Dufour, directrice régional de l’IFV d’Aquitaine. Un plus donc pour la marque Entav-Inra.

Valoriser dès 2019-2020

Si des plants en pot sous marque devraient être disponibles dès 2019, « le gros des volumes » livrés chez les vignerons devrait plus probablement commencer à être planté en 2020. En 2019, une campagne de communication (site web, réseaux sociaux, film, flyers, goodies…) va « faire rayonner la marque » auprès de la viticulture pour faire valoir ses atouts. « Les viticulteurs vont être surpris de savoir tout ce qu’on fait déjà. Avec la marque, nous allons au-delà des exigences réglementaires et sanitaires », se réjouissait, David Amblevert, pour l’image et l’attractivité du métier (lire aussi encadré).

Ce matériel végétal devrait être « valorisé 3 à 5 % en plus du prix du plant. Mais c’est à chaque pépiniériste de faire en fonction de soi, sa clientèle et du collectif », conseillait et concluait Giovanni Varelli. Un autre « gros chantier » est déjà lancé, celui de l’environnement pour valoriser ce qui reste actuellement des « déchets » souvent brulés (combustible pour les hauts fourneaux, ensilage, agents de biocontrôles grâce aux tanins contenus dans les bois…).

TO/DE "limite" l’attractivité du métier à 115 % du Smic

Le président de la FFPV, David Amblevert a fait de la compétitivité de la pépinière française son cheval de bataille lors de cette mandature. Reconnaissant l’aide de la FNSEA à ses côtés pour revenir sur la fin de l’exonération des taxes sur les travailleurs occasionnels (TO/DE) initialement envisagé par le Gouvernement, Pierre-Denis Tourette, le secrétaire général de la FFPV, rappelait les enjeux économiques derrière pour la filière : « plus de la moitié de nos coûts est de la main d’œuvre, sachant qu’on achète des porte-greffes (7-8 centimes €) et des greffes (10 c€) qui eux même font appel à de la main d’œuvre pour produire en France ». Les députés, avec l’avis favorable du Gouvernement, ont voté un sous-amendement au PLFSS 2019, pour une exonération de taxe jusqu’à 1,15 Smic. Un pépiniériste dans la salle des congrès à Beaune ne s’en satisfaisait qu’à moitié. « 115 % du Smic, cela revient à limiter les salaires et cela enlève une partie de l’attractivité du métier ». Une raison de plus de miser sur la valorisation d’une marque France et de compter encore et toujours sur le service et la proximité avec les vignerons dans les régions.

La France reprend sa place de leader mondial

« C’est confirmé cette année, la France reprend sa place de leader mondial » avec 232 millions de plants mis en œuvre, chiffre stable (-1% par rapport à 2017), mais avec une Italie en repli qui avait connu le boom du Prosecco (avec l’aperitivo Spritz). Reste qu’en huit ans, la production de plants a augmenté de 23% en France. Par rapport à 2017, la France connaît une forte diminution des plants en pot (-19%) mais une augmentation de plants reportés (+9%).

En 2018, la filière française de la pépinière viticole compte 968 professionnels inscrits au contrôle des bois et plants de vigne (contre 960 en 2017), dont 562 producteurs de plants (contre 523 en 2017, en hausse de 7%).

Le parc de vignes-mères est lui en légère croissance (3.764 ha inscrites en 2018 ; + 1,4 % par rapport à 2017) avec 95 % des surfaces produisant du matériel certifié. Les vignes-mères inscrites au compte des professionnels sont principalement localisées en PACA, Occitanie, Auvergne Rhône Alpes et Nouvelle Aquitaine. La France se distingue par un renouvellement du matériel végétal important. Côté vignes-mères de porte-greffes (2.259 ha), 55% des surfaces plantées ont moins de 16 ans. Côté vignes-mère de greffons (1.504 ha), 60% des surfaces plantées ont moins de 16 ans et 29% ont entre 15 et 25 ans.

Vice-président de la FFPV et en charge du dossier Exportation, Miguel Mercier se félicitait de voir la filière française « réussir et progresser » à l’export, Europe et pays tiers, notamment en Russie et Argentine ou plus récemment en Ouzbékistan et peut-être demain au Japon ou au Maroc. Pas d’excès de confiance néanmoins, « on est loin de 2005 et nos 50 millions d’€ » de chiffre d’affaire puisque 2018 avoisinera 20 M€. « Un très bon chiffre qui devrait être battu en 2019 ». La FFPV compte s’appuyer sur la marque France pour continuer de progresser. Dans le même temps, les importations de plants et de boutures (en volume et en valeur) sont eux aussi par contre en hausse. En 2017, la France a importé 312 T de boutures. « Nous notons un quasi doublement des importations de boutures en volume et en valeur en deux ans. La France importe principalement ses boutures d’Espagne, d’Italie et de Slovénie », avait remarqué Léonor Hugot de FranceAgrimer.

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