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Six exploitations se lancent dans le projet AgriMéthaBresse à Simard

A Simard, au cœur de la Bresse bourguignonne, quatorze éleveurs au sein de six élevages se sont engagés pour le développement d’une économie circulaire s’il en est : la production de méthane. De quoi fournir la consommation énergétique totale de 2.000 habitants…

Avec AgriMéthaBresse, ce sont six élevages qui s’engagent pour le développement de la Bresse bourguignonne pour l’équivalent de consommation énergétique totale de 2.000 habitants.

L’idée a pour la première fois été évoquée publiquement en février 2015, lors de la rencontre entre le Comité territorial de Bresse avec le sous-préfet de Louhans de l’époque. Depuis, elle a poursuit son cheminement et le projet s’est affiné au sein de ce groupe d’exploitants qui se connaît bien, notamment par le biais de leur Cuma et de leur projet photovoltaïque qui couvre le bâtiment de cette dernière.

De ce projet de méthanisation, il en a été question il y a quelques mois lors de la session de la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire, en décembre, où les porteurs du projet ont témoigné. Il restait encore plusieurs points à régler avant d’en parler vraiment dans les médias. Depuis, le temps a fait mûrir les choses, le dossier a avancé et a recueilli les soutiens, à commencer par celui du préfet de Saône-et-Loire justement lors de ladite session.

Pour les porteurs du projet, il s’agit bien d’un projet d’avenir qui réconcilie agriculture et habitat rural sur un territoire de vie auquel on les sent tous très attachés.

Une réponse locale aux enjeux planétaires

Le projet AgriMéthaBresse, les six élevages réunissant quatorze éleveurs y travaillent, y réfléchissent en fait depuis des années, cinq très exactement. Depuis 2013, réflexions, études et démarches se sont de fait succédés. « Nous sommes fiers de présenter ici le résultat de notre travail », soulignent de concert les éleveurs porteurs du projet.

« Notre société de consommation doit résoudre des enjeux globaux », rappellent-ils listant ces derniers, à savoir « le rôle de nos consommations d’énergie dans le bouleversement climatique, le défi environnemental de l’agriculture, les pressions économiques sur nos exploitations agricoles ou encore la volonté du vivre ensemble au sein d’un espace rural cultivé et préservé ».

On le sait, la méthanisation reproduit le cycle naturel du carbone et le cycle des éléments fertilisants. Et les exploitants sont bien dans une démarche agro-écologique eu égard aux enjeux. D’ailleurs, l’unité de méthanisation sera à même de fournir l’équivalent en gaz de la consommation énergétique totale de deux mille personnes ! Voilà bien « une action concrète en matière de transition énergétique », comme s’en félicitent à juste titre les exploitants impliqués.

Des atouts qui comptent

Pour faire avancer le projet, mais aussi pour communiquer, les six exploitations se sont engagées dans un GI2E, un Groupement d’intérêt économique et environnemental.

« Notre GIEE Flam a été officiellement reconnu par l’Etat pour notre engagement collectif économique, environnemental et social avec les emplois directs créés et le maintien de l’écosystème de l’élevage local », avance le groupe d’éleveurs.

Pour ces derniers, il s’agit d’abord de mieux valoriser les matières organiques locales, alors que « l’activité de production alimentaire en Bresse bourguignonne génère des sous-produits que sont certes les effluents d’élevages (bovins, porcins, volailles), mais aussi des cultures intermédiaires (non destinées à l’alimentation), des résidus de céréales (non consommables) et des résidus végétaux agro-alimentaires ». Au total, près de 22.000 tonnes de ces matières pourront être valorisées par AgriMéthaBresse, dont 80 % en provenance des six exploitations.

L’implantation de l’unité de méthanisation a été réfléchie à plus d’un titre.

« D’abord pour optimiser les transports », rappellent les éleveurs qui ont travaillé avec un architecte au sujet de l’insertion paysagère du site. Tout a été regardé de près : surfaces disponibles, règles d’urbanisme, proximité de la canalisation de gaz, accès routier, tout a été analysé par un bureau d’études. Plusieurs options ont d’ailleurs été envisagées, comme une implantation à Thurey, à Devrouze, à Simard ou encore à Saint-Germain-du-Bois. « Nous avons cherché un site à plus de 200 mètres de toute habitation de tiers alors que la réglementation impose 50 mètres », notent les éleveurs. Ces critères les ont amenés à retenir une parcelle à Simard au lieu-dit "Le Petit Cerisier". « Nous avons analysé le bâti existant. Le coût de réhabilitation ne permettait pas d’envisager l’utilisation de l’ancienne habitation ».

Une implantation vraiment réfléchie aussi en ce qui concerne le trafic routier. « Le projet donnera lieu à moins de 11 trajets/jour ouvré, alors que près de 2.000 véhicules, dont 300 poids lourds, circulent chaque jour en moyenne sur la seule RD 996 », rappellent les agriculteurs. Situé près du croisement de la RD 996 avec la RD 24, le site est à une moyenne de 2,3 km des six exploitations agricoles, un point central pour ces élevages qui apporteront la majorité et récupèreront la totalité des matières.

Une énergie locale et 100 % renouvelable

Le biogaz produit par méthanisation contient du méthane (CH4), lequel sera épuré et injecté dans le réseau de distribution de GRDF. Le gaz produit par AgriMéthaBresse remplacera ainsi en partie le gaz naturel qui alimente le secteur, de quoi approvisionner l’équivalent de la consommation énergétique totale de 700 foyers, soit 2.000 habitants. « Avec ce projet, nous contribuerons à réduire les émissions de gaz à effet de serre du territoire de 2.000 tonnes équivalent CO2/an ». Pas une paille.

Autre argument de poids, AgriMéthaBresse produira près de 19.000 tonnes d’engrais organiques par an sous forme liquide et solide. « Cet engrais suivra un plan d’épandage établi par la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire pour respecter l’équilibre des sols en éléments fertilisants », notent les éleveurs qui rappellent au passage que « cet engrais organique remplacera ainsi des engrais de synthèse sur 1.200 hectares de cultures et cela sur onze communes ». Un vrai et bel argument en faveur de l’écologie, d’autant plus que le procédé de méthanisation abat les odeurs des fumiers et lisiers actuellement épandus.

Les arguments sont affinés, affûtés même. Les agriculteurs entendent mettre à juste titre toutes leurs chances de leurs côtés. Parce que ce projet mérite tout bonnement de réussir.

Ils ont même investi dans un site web http://agrimethabresse.info pour parfaire leur communication, preuve s’il en était besoin de leur détermination à réussir.

Des arguments qui portent !

Six exploitations, et six argumentaires qui portent.

„ « Contribuer à l’autonomie énergétique par la production d’une énergie renouvelable et pérenniser l’emploi local dans les filières agro-alimentaires », Gaec du Champ de Lux.

„ « Réduire les odeurs lors de l’épandage du lisier », EARL de Monflin.

„ « Améliorer le traitement des effluents d’élevage pour un avenir respectueux de l’environnement », Gaec des deux Puits.

„ « Apporter de la valeur ajoutée à notre élevage qui voit sa rentabilité baisser d’année en année », Gaec du Bourg.

„ « Mieux valoriser les effluents pour être moins dépendant des engrais chimiques », Gaec des Commarets.

„ « Améliorer l’impact agro-environnemental de notre exploitation », Gaec des Vions.

Des arguments qui, tous, sont louables et vont dans le bon sens à commencer par la recherche de plus grande autonomie des exploitations, par la réduction d’intrants extérieurs, mais aussi la diversification des revenus.

De démarche en démarche…

Des mois de travail bien chargés qui ont abouti à une conviction : celle de présenter en toute transparence le projet aux acteurs locaux et au grand public. En mars 2016, était ainsi mis en place un site web dédié. Depuis, les séquences se sont succèdent. Techniques bien entendu, mais aussi réunions d’échanges et de communication… En ce mois de mars, une première réunion a été organisée au Gaec des Commarets à destination des riverains pour leur présenter le projet finalisé. Une plaquette d’information a également été diffusée aux habitants. Toujours en mars, les 17 et 18, le projet était présenté à la Foire du Renouveau à Saint-Germain-du-Bois. Ce qui a permis d’engager des discussions constructives.

Quinze conclusions pour encourager la méthanisation agricole

Le groupe de travail sur la méthanisation, piloté par le secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, Sébastien Lecornu, a publié quinze conclusions le 26 mars. Celles-ci visent à développer l’installation d’unités de méthanisation en France, pour répondre au Plan climat. D’ici 2030, la loi de Transition énergétique a fixé un objectif de 10 % de gaz d’origine renouvelable. « Pour être à la hauteur de nos ambitions nous déployons dès à présent un plan d’action opérationnel pour faciliter le développement de la filière, en particulier dans le milieu agricole », a mis en avant Sébastien Lecornu. De fait, le premier axe vise à donner aux agriculteurs « les moyens de compléter leurs revenus » grâce à la méthanisation. Il propose par exemple le lancement d’appels d’offres, la mise en place de compléments de rémunération ou encore la facilitation de l’accès au crédit. « Les conclusions proposent des nouveaux outils, qui doivent permettre de développer des revenus complémentaires aux agriculteurs, professionnaliser la filière et accélérer la réalisation des projets », a complété de son côté Nicolas Hulot, le ministre de la Transition écologique et solidaire. Quant à Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture, il a pour sa part félicité des mesures qui « concourent à lever les freins au développement de la méthanisation agricole », et « qui s’inscrivent dans le plan d’action bio-économie ». « Je suis persuadé qu’un développement harmonieux de la méthanisation agricole, peut constituer une source de revenus complémentaires pour certaines exploitations, tout en encourageant les pratiques de l’agroécologie », a-t-il ajouté. La FNSEA s’est quant à elle « réjouit du cap que se donne l’Etat », mais promet de s’assurer que « le développement du biogaz tienne compte des attentes des agriculteurs, en lien avec les enjeux locaux de chaque territoire ».

 

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