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Bruxelles donne son feu vert sous conditions à la fusion Bayer-Monsanto 

Après une longue période d’examen, la Commission européenne a fini par valider, sous conditions, le rachat de Monsanto par Bayer. Les autorités européennes de la concurrence imposent néanmoins au nouveau groupe de céder à son concurrent BASF un grand nombre d’activités pour 6 milliards d’euros. Pour être finalisé, ce rachat doit encore attendre que Bruxelles examine si les activités rachetées par BASF ne posent pas elles-mêmes des problèmes de concurrence, et surtout le feu vert des autorités américaines.

Une nouvelle étape a été franchie dans le rachat de l’américain Monsanto par son concurrent allemand Bayer. La Commission européenne a annoncé le 21 mars, après plusieurs reports de sa décision, avoir donné son accord à l’opération en contrepartie de la cession d’une série d’activités qui comprennent les activités mondiales de semences grandes cultures (colza, coton et soja), la plateforme de R & D pour le blé hybride, l’activité mondiale des semences potagères, l’activité mondiale de l’herbicide glufosinate-ammonium ainsi que certains herbicides à base de glyphosate en Europe, et des sites de recherche en matière d’herbicides non sélectifs ainsi que des outils dans l’agriculture numérique. Les engagements pris par Bayer ont convaincu Bruxelles : « Les mesures correctives proposées par les parties, qui dépassent largement les 6 milliards €, répondent pleinement à nos préoccupations en matière de concurrence », a assuré la commissaire européenne à la concurrence, Margrethe Vestager.

Le plus grand acteur mondial des semences et pesticides

L’opération telle qu’elle avait été notifiée aurait réduit sensiblement la concurrence sur les prix et l’innovation sur divers marchés en Europe et dans le monde entier, ont conclu à l’issue de leur enquête les services européens de la concurrence. La Commission craignait également un renforcement de la position dominante de Monsanto sur certains marchés où Bayer est un concurrent important de l’entreprise. « Monsanto et Bayer ont des forces différentes, mais combinées, cela aboutit au plus grand acteur mondial dans le domaine des semences et des pesticides », a précisé Margrethe Vestager.

Des problèmes de concurrence sur le marché européen se posaient. Par contre, contrairement à ses craintes initiales, Bruxelles n’a pas identifié de problèmes en ce qui concerne la possibilité pour le nouveau groupe d’exclure des concurrents du marché par la vente groupée de semences et de pesticides au niveau des distributeurs ou des producteurs.

Même nombre de concurrents mondiaux

Pour répondre à ces préoccupations, Bayer a accepté de céder à son compatriote BASF l’ensemble des activités problématiques. Cela concerne donc dans le domaine des semences : la totalité de son activité semences potagères, y compris en R & D ; la quasi-totalité de son activité mondiale de semences de grandes cultures, des caractères transgéniques et les départements de R & D associés.

BASF ne vend actuellement pas de semences, cette cession devrait donc supprimer tous les chevauchements identifiés. Au final, cela permettra le maintien du nombre d’acteurs mondiaux à quatre dans le domaine des caractères transgéniques (Bayer, DowDupont, ChemChina-Syngenta et désormais BASF) et celui des acteurs mondiaux dans le domaine des semences de grandes cultures à six (Bayer, DowDuPont, ChemChina-Syngenta, KWS, Limagrain et BASF).

Les herbicides non sélectifs

Dans le domaine des produits phyto, Bayer, qui dispose désormais dans son portefeuille du glyphosate (herbicide le plus utilisé au monde) s’est engagé à céder à BASF ses actifs concernant le glufosinate et trois grandes lignes de recherche en matière d’herbicides non sélectifs censés aboutir à la découverte de produits concurrents au glyphosate. BASF, qui ne vend actuellement pas d’herbicides non sélectifs, devrait ainsi être en mesure de reproduire la pression concurrentielle exercée jusqu’alors par Bayer sur Monsanto. De même, BASF va acquérir les actifs de Monsanto relatifs au traitement des semences contre les nématodes (Nemastrike) pour, là encore, reproduire la pression concurrentielle que Monsanto aurait exercée sur Bayer en l’absence de la concentration.

Enfin, Bayer s’est engagé à concéder à BASF une licence sur une copie de son offre mondiale actuelle et de ses produits en cours de développement en matière d’agriculture numérique. « La course pour devenir le premier fournisseur européen dans ce domaine émergent reste ainsi ouverte », veut croire Bruxelles.

La volonté de BASF de devenir un concurrent de Bayer reste à prouver

« BASF a la carrure financière nécessaire pour entrer en concurrence avec Bayer », a souligné Margrethe Vestager. Deux aspects vont désormais être examinés par Bruxelles pour savoir si d’une part ces acquisitions par BASF ne posent pas elles-mêmes des problèmes de concurrence et d’autre part si BASF a la capacité, voire la volonté de développer les activités afin de devenir un concurrent actif de Bayer.

À ce stade, la Commission estime que « BASF semble être un acquéreur approprié parce que le fait que cette entreprise ne vend actuellement ni semences ni herbicides non sélectifs signifie que les chevauchements horizontaux dans ces domaines sont limités ». Bruxelles espère finaliser cet examen d’ici mi-avril. Alors seulement pourra être finalisé le rachat de Monsanto.

Mais un autre élément, et non des moindres, bloque encore ce dossier : les autorités de la concurrence aux États-Unis n’ont toujours pas donné leur feu vert au rachat de Monsanto et ont, semble-t-il, encore des préoccupations importantes portant notamment sur les caractères transgéniques et les semences de soja et de blé.

Inquiétudes

Bayer a salué la décision de la Commission européenne de donner son vert feu au rachat de Monsanto. « Un succès majeur et un tournant significatif », s’est félicité le p.-d.g. du groupe allemand. Mais cette annonce a surtout essuyé les critiques. « La fusion prochaine des deux entreprises est un mariage fait en enfer – mauvais pour les agriculteurs, mauvais pour les consommateurs et mauvais pour nos campagnes », a réagi l’ONG les Amis de la Terre. « En plus du poison, Bayer nous vendra les antidotes », ironisent les Verts du Parlement européen.

Le socialiste Éric Andrieu, qui va présider la commission spéciale du Parlement européen mise en place suite à l’autorisation du glyphosate (1), souligne qu’avec « cette acquisition, après la fusion de Dow-DuPont et Syngenta-ChemChina, trois sociétés contrôleront deux tiers du marché mondial des semences et des produits chimiques agricoles, ce qui rendra les agriculteurs tributaires de quelques compagnies ». Et, d’ajouter que « le modèle de développement que sous-tend le rachat de Monsanto par Bayer est aux antipodes de la transition de notre modèle productiviste vers un modèle soutenable et respectueux de l’environnement ».

« Je comprends les questions que se posent les citoyens », a indiqué la commissaire européenne à la concurrence qui a indiqué avoir reçu un nombre inédit de pétitions et courriers lui demandant de faire barrage au rachat de Monsanto par Bayer. Mais ces demandes, portant sur « l’industrialisation » du secteur agricole, « dépassent le champ de cette décision ». « Et nous avons des normes sanitaires, environnementales qui ne changeront pas », a voulu rassurer Margrethe Vestager.

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