Culture Pratique

Sècheresse : Manque de fourrages et pailles, quelles ressources alternatives aujourd’hui en Saône et Loire ?

Le prix des fourrages et pailles est en constante augmentation. Les pailles des cultures de printemps et les récoltes des rares cultures intermédiaires peuvent être une ressource intéressante à  ne pas négliger. Retour sur l'utilisation des cannes de maïs grain ou l'utilisation des cultures intermédiaires avec les services de la chambre d'Agriculture de Saône-et-Loire.

La récolte exceptionnellement précoce du maïs grain avec des humidités très faibles, quasi jamais vu (de 13 à 20% !!), permet d’envisager de récolter les pailles de maïs. C'est une pratique courante dans certains départements du sud-ouest. D'après la chambre d'agriculture des Pyrénées Atlantiques, la récolte du grain doit se faire avec une moissonneuse batteuse sans broyeur dans un état de dessèchement très avancé du maïs. S'il est trop broyé, il devient impossible de le ramasser.

Si la tige n'est pas bien coupée par les becs cueilleurs de la moissonneuse, il faut prévoir de faucher juste après la récolte. Il peut encore rester une humidité importante dans la tige qui nécessite parfois de laisser sécher quelques jours. Si nécessaire on peut andainer, mais attention au matériel ! On peut toutefois accepter de laisser une partie des cannes sur le terrain.

On récolte avec un round-balleur. Une presse à grosses bottes carrées peut également être utilisée. Attention tout le chantier doit se faire sans pluies sinon gare aux problèmes de salissement par la terre.

Les balles rondes bien sèches se conservent sans problème dans le sud-ouest, elles sont utilisées pour pailler en étant en plus utilisable avec une pailleuse. Cette paille est également intéressante pour faire un fond sur les stabulations à l'entrée de l'hiver.

Les cannes de mais sèches peuvent être aussi utilisées pour l'alimentation. La valeur alimentaire de ces cannes de mais est de : 0,6 UFL - 0,51 UFV - 30 g PDIE -  60 g PDIE  par kg de matière sèche. C'est à dire légèrement plus riche en énergie et protéine qu'une paille de céréales. Elles peuvent donc être utilisées de la même manière que la paille de céréales.

Bien penser cependant que le prix d'achat au champ doit couvrir la valeur fertilisante des exportations, soit environ 1.9 €uros/quintal de grain (voir tableau).

Une récolte de 80 quintaux de grain par hectare devrait laisser environ 6.5 tonnes par hectare de cannes et feuilles, mais toute cette paille sera difficilement récoltée.
Ainsi pour un maïs estimé à 80 quintaux/hectare de grain, le prix d'achat sur pied couvrant la valeur fertilisante des cannes exportées doit se négocier autour de 150 €uros/ha, si toutes les pailles sont récoltées.
Une tonne de paille de maïs a donc une valeur fertilisante exportée de 23,5 €/tonne. Le pressage de la paille coute environ 15 €/tonne (balle ronde ou carrée). Il faut ajouter de la manutention ou du transport jusqu'à l'exploitation (environ 12 €/t), soit un coût total de 23.5 + 15 +12 = environ 50 €/tonne soit 20 à 21 € pour une balle carrée de 400 kg ou 14 à 15 € pour une balle ronde de 280 kg pour de la paille à venir chercher sur l'exploitation du maïsiculteur.

Utilisation des cultures intermédiaires

En zones céréalières, beaucoup de producteurs ont l’habitude de semer des cultures intermédiaires qui peuvent compter pour leur SIE ou répondre à la réglementation en zone vulnérable pour la directive Nitrate. En 2018, avec la sécheresse, beaucoup de ces cultures n’ont pas été semées ou ont très mal levé et peu poussé avec le déficit hydrique. Les rares situations favorables peuvent être exploitées, notamment dans les secteurs qui ont bénéficié d’orages. Attention, il faut une production suffisante, au moins 2,5 t de MS/ha pour que les chantiers d’ensilage ou d’enrubannage soient rentables (cela correspond à une phacélie de 45 cm ou un seigle de 30 cm de haut). A l’inverse des cannes de maïs, ces cultures seront récoltées humides (ensilées ou enrubannées) et le coût de transport peut vite être très important et limiter l’intérêt de chantiers lointains.
Ces couverts sont parfois des mélanges de plusieurs espèces. La grande majorité de ces cultures est digestible par les animaux (avoine, avoine brésilienne, caméline, lentille, moha, millet perlé, nyger, phacélie, pois fourrager, radis chinois, radis fourrager, sorgho, RGI, trèfle d’Alexandrie, vesce commune, vesce velue). Seule, la moutarde est peu digestible et à éviter.
Si certaines de ces espèces sont bien connues pour leurs valeurs fourragères, certaines sont peu riches : le moha, les radis, le nyger et la phacélie ont une valeur UFL de 0,65.


Antoine Villard - Chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire

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