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Quel impact de la sécheresse sur les semis ?

Les conséquences de la sécheresse se mesurent d’ores et déjà : si les éleveurs ont commencé à taper dans leurs réserves de fourrage pour nourrir leur troupeau, les producteurs de céréales s’inquiètent pour la saison à venir. Selon les secteurs, les récoltes de colza ou de maïs et celles de ray-grass s’annoncent bien en-deça des normales.  

Colza du côté de Baudrières. Si la pluie arrive, la récolte peut encore être sauvée.

Le constat est sans appel : « les semis de colza devraient être montés à 5-6 feuilles. Actuellement sur certaines parcelles qui ont habituellement de bons rendements, il n’y a quasiment rien de sorti », explique dépité Hubert Joigneault, producteur de céréales à Saint-Germain-du-Plain.
Cet été, en prévision de l’interdiction du glyphosate, l’exploitant agricole avait commencé à modifier ses habitudes de travail. « Jusqu’à présent, chaque année je passais du glyphosate un mois avant de semer. Cette année, puisqu’il faut se préparer, j’ai déchaumé en trois fois pour ne pas avoir à mettre du glyphosate. Ensuite,  je comptais sur la pluie… ». Or la pluie n’est pas venue, ou si peu. « Côté pluviométrie, en juillet, nous avons eu 60 mm en 10 jours et en trois orages, a-t-il noté. En août, il y a eu des petits épisodes à 8 ou 12 mm. C’est l’équivalent de grosses rosées, ce qui n’est absolument pas suffisant pour permettre au colza de lever ».
Aujourd’hui, la seule solution demeure encore et toujours la pluie : « s’il pleut dans une semaine, j’espère que le colza sera juste en retard, mais je vais sans doute devoir l’aider un peu avec de l’azote. Par contre, s’il pleut dans trois semaines, ce sera trop tard, la récolte sera perdue ! »

Aucune solution satisfaisante

En plus des températures élevées depuis le mois de juin, l’absence de pluie a été doublée d’une évaporation due au vent. « Ce vent du nord assèche tout et nous constatons de plus en plus de vent », renchérit Cédric Tissot, en polyculture élevage du côté de Baudrières. « Sur notre exploitation, le colza est levé à 70 %, et correctement levé en plus. Peut-être est-ce dû à une terre plus sableuse, donc plus facile à travailler. Nous l’avons travaillé sans labour mais un autre collègue qui, lui, a labourré, a aussi de bons résultats, donc il n’y a pas de conclusions à tirer à ce niveau-là ». Pour le colza manquant, est-ce perdu ou attend-il la pluie ? « Selon le technicien de la minoterie Gay venu sur nos parcelles, s’il pleut, le colza peut encore être sauvé. En revanche, il est beaucoup plus sceptique pour notre ray-grass ». Ce ray-grass semé il y a un mois devrait déjà recouvrir le sol. Actuellement, la parcelle est désespéremment nue. « Nous nous posons encore la question de resemer du ray-grass, mais ils n’annoncent toujours pas de pluie, et les expériences passées ont montré qu’un ray-grass semé si tard n’est pas satisfaisant ». Les associés du Gaec de Cédric Tissot vont peut-être s’orienter sur du méteil « mais ce n’est pas ce qui va le mieux pour faire du lait : ça fait du volume dans les silos, mais le méteil représente seulement la moitié de la valeur nutritionnelle du ray-grass ».
Marlène Lonjaret espère elle aussi un ciel plus clément « Même les semis de blé et d’orge vont avoir du retard. Notre maïs a un taux d’humidité de 15-20 %, au lieu de 30. C’est du jamais vu ! Si l’hiver est doux, cela va peut-être permettre de sauver les récoltes, mais cela va forcément jouer sur les rendements du printemps ». Ainsi c’est plus le moyen et le long terme que l’agricultrice en polyculture élevage lait de Montpont-en-Bresse redoute : « en juillet-août, nos génisses ne sont pas revenues en chaleur. Cela repousse toute la saison de deux mois pour l’année prochaine. Pour le court terme, on avise et on fait avec ce qu’on a. Mais nous allons avoir une perte économique certaine ».
Pour l'heure, la conclusion et l'attente sont les mêmes, quel que soit le secteur : « Il ne nous reste plus qu’à subir… et attendre la pluie ! », déplore l'exploitante.

Répercussion mécanique

Il y a une autre conséquence à la sécheresse qui se mesure également immédiatement : celle de la répercussion sur le matériel et du coût à l’hectare. Il y a ainsi d’une part les pièces d’usure qui pâtissent beaucoup plus rapidement que la normale de ce travail sur un sol trop sec. Et il y a d’autre part la consommation plus importante des engins. « Là où l’on passe normalement un plein de 450 l de Gasoil non routier (GNR), on en est à 600 l pour la même surface, déplore Hubert Joigneault. Surtout que le prix du litre est à près d’un euro… ».

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