Viticulture Economie

La conjoncture viticole inquiète la filière

Les dernières statistiques montrent une baisse des achats en grande distribution, mais aussi une évolution en profondeur des comportements à laquelle les vignerons pourraient avoir à s’adapter.

La présentation de l’évolution des ventes de vins tranquilles en grande distribution lors du conseil spécialisé de FranceAgriMer le 17 avril dernier, a suscité quelques inquiétudes de la part de la filière viticole. Les indicateurs montrent une baisse très sensible des volumes vendus lors du second semestre 2018 de 4,9 % à 3,5 millions d’hectolitres. La montée en gamme des vins français ne permet pas cette fois de compenser cette orientation baissière, les ventes en valeur étant elles-aussi orientées à la baisse (-1,7 %), en dépit d’une nouvelle hausse des prix moyens de 3,4 % à 5,07 €/litre. « L’accentuation de certaines tendances, qui témoigne peut-être d’une transformation structurelle de la consommation, ont particulièrement interpellé les professionnels », observe Didier Josso, le délégué pour les filières viticole et cidricole à FranceAgriMer.

Les statistiques semestrielles font état d’une nouvelle et spectaculaire chute des ventes de vins rouges de 8,6 % sur un an et de près de 10 % sur deux ans et de reculs en valeur de respectivement 5,3 % et 4,5 %. Les vins blancs (-1,8 % en volume sur un an), et rosés (+0,1 %) affichent au contraire des hausses en valeur, de +1,1 % pour les blancs et même de +5,7 % pour les rosés. « Comme l’on fait remarquer les membres du conseil, c’est le cœur de la viticulture française, celui des vins rouges AOP, qui est en difficulté », rapporte Didier Josso, « d’autant que certaines IGP sont aujourd’hui mieux valorisées que des AOP ». « Ces changements pourraient soulever à un moment ou à un autre la question de l’adaptation des produits de la vigne aux consommateurs ». Dans le même ordre d’idées, le goût des Français pour les vins effervescents se confirme d’année en année. Or celui-ci profite notamment aux importations d’effervescents étrangers (en provenance en particulier d’Espagne et d’Italie), qui pèsent désormais pour 12 % du total des importations françaises de vin en valeur.

Encore un record à l’export

La conjoncture commerciale des vins français est fort heureusement inverse à l’export. Les exportations s’apprêtent à battre de nouveaux records en valeur en 2018/2019. A la fin février, après sept mois de campagne, celles-ci ont atteint 5,48 milliards d’€, en légère hausse sur l’année précédente. Les volumes exportés, en revanche, affichent un recul sensible, à 8 millions d’hl contre 8,6Mhl, lié en partie sans doute aux volumes plus modestes du millésime 2017. Le recul des ventes de vins français en Chine se confirme ces sept derniers mois (- 25 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années à 0,69 Mhl), une tendance compensée par une hausse du même ordre vers les Etats-Unis depuis cinq ans avec près de 93 Mhl. L’importance croissante de l’export pour l’équilibre de la filière viticole rend d’autant plus regrettable le ralentissement des demandes d’aides à la promotion à l’export, dans le cadre du programme national de l’OCM, ont déploré les membres du conseil viticole. « 240 dossiers ont été déposés cette année pour un montant total de 40M€, on en attendait plutôt le double », reconnaît Didier Josso. « Les entreprises semblent réticentes à s’engager dans cette démarche en raison de sa complexité. Nos concurrents espagnols et italiens semblent plus habiles dans l’utilisation de cette mesure ». Le conseil viticole de FranceAgriMer, arrivé à la fin de sa mandature, sera renouvelé au mois de juin pour une période de cinq ans.

L’enveloppe de l’OCM vins ne sera peut-être pas consommée

L’enveloppe annuelle de l’organisation commune du marché du vin (280 M€) risque de ne pas être consommée cette année, contraignant la France à rembourser les fonds non utilisés à Bruxelles. « Il y a des raisons de fond, comme le moindre nombre de dossiers de promotion à l’export, mais aussi des raisons techniques », explique Didier Josso, le délégué pour les filières viticole et cidricole à FranceAgriMer. « Nous recevons beaucoup moins de demandes d’avance pour les mesures de soutien à l’investissement et à la restructuration du vignoble, sans doute parce que les prêts bancaires sont plus avantageux et plus souples que les nôtres. Cela entraîne de moindres décaissements de notre part. Pour atteindre le budget, il faudrait que les demandeurs confirment leurs demandes d’avance dans les semaines qui viennent ». En pleine négociation de la future PAC, la non-consommation de l’enveloppe française de l’OCM vin pourrait servir d’argument à la Commission européenne dans sa volonté de réduire les crédits qui lui sont consacrés.

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