Lait Elevage Economie

Produire du lait non OGM, pourquoi pas moi ?

A l’heure de la demande sociétale du « manger mieux » et du respect de l’environnement, les laiteries se mettent à la page et ouvrent de plus en plus de filières « non OGM ». Cette proposition fait peur, et pourtant, dans la région, on retrouve déjà du lait sans OGM. Historiquement, la filière Comté, et plus récemment « C’est qui le patron ?! » produisent du lait sans OGM, mais avec une valorisation du lait pouvant aller de 400 à 550 € / 1.000 L. Alors, est-il possible de produire du lait non OGM avec une valorisation du lait standard ?

Un pâturage maîtrisé, une implantation de dérobées (type Ray Grass Italien / trèfle), des prairies temporaires, ou encore de la luzerne, le tout avec une maîtrise des stades de récolte, et c’est l’apport de protéines dans la ration qui est assuré !

La principale source d’OGM dans l’alimentation des vaches laitières se fait à travers l’ajout de tourteau de soja. C’est un aliment riche en azote, et efficace dans tout type de ration. Il représente un coût à l’achat élevé, surtout quand il est garanti sans OGM. Mais il est facilement substituable.

Des alternatives au soja sans OGM

Le premier levier d’action pour limiter l’utilisation du soja OGM est l’autonomie protéique, qui passe d’abord et surtout par la qualité des fourrages. L’herbe, en fourrage conservé ou en vert, permet un apport d’azote très intéressant. La quantité d’herbe distribuée dans une ration, ainsi que sa qualité améliore l’équilibre et les apports azotés et énergétiques. Un pâturage maîtrisé, une implantation de dérobées (type ray grass italien / trèfle), des prairies temporaires, ou encore de la luzerne, le tout avec une maîtrise des stades de récolte, et c’est l’apport de protéines dans la ration qui est assuré !

Les ensilages de méteils protéagineux peuvent aussi être une solution d’autonomie protéique. Les mélanges les plus courants sont composés de féverole, de vesce, de pois, et d’une céréale (avoine, orge, triticale). Si le stade optimum de récolte est respecté, le méteil protéagineux peut avoir une valeur MAT supérieure à 20% ! Les méteils grains peuvent aussi être une piste pour améliorer l’autonomie.

Utiliser du tourteau de colza ou le soja produit localement

Un autre levier pour remplacer le tourteau de soja OGM est le tourteau de colza ! Que l’on trouve plus facilement sans OGM, et dont le prix est beaucoup moins élevé que le tourteau de soja ! Et contrairement aux idées reçues, même si le colza est moins riche en azote que le soja, il ne faut pas 2 kg de colza pour remplacer 1 kg de soja !

Il est également possible d’intégrer dans la ration de la graine de soja brute. Mais attention à ne pas dépasser 2 kg ! La graine de soja brute contient beaucoup de matières grasses, qui pourraient nuire au bon fonctionnement de la digestion de vos ruminants.

Mais il existe aussi l’option tourteau de soja « Expellor », produit à partir de soja de la région, et garanti non OGM.

Il est nécessaire d’avoir une vision d’avenir sur le tourteau de soja « Made in Rhône-Alpes ». Avec une culture de soja qui se développe sur notre territoire, et pour laquelle les rendements sont plutôt satisfaisants, il serait intéressant de développer plus largement des services, comme il se fait déjà avec les céréales. L’idéal serait de livrer des graines brutes, et de récupérer du tourteau.

Produire du lait sans OGM économiquement, c’est possible ! Les conseillers ACSEL sont expérimentés, et vous aideront à modifier vos pratiques.

 

Anne Blondel et Florine Damians – ACSEL Conseil Elevage

Gaecde la Combe Communal, Champfromier (01)

« Lors de notre installation en 2015, nous avions le désir de produire du lait pour la filière AOC Comté, parce que le cahier des charges contenait des idées que nous voulions défendre, notamment sur l’utilisation d’aliments non OGM pour nos vaches laitières. Notre objectif est d’avoir un troupeau géré d’une manière optimum d’un point de vue économique, avec un système basé sur une gestion performante du pâturage, des animaux sains et un aliment VL constitué de matières premières (maïs, orge, colza pur). Aujourd’hui, nos vaches produisent 6.000 kg de lait, à 38.5 de TB et 33 de TB. L’objectif serait de monter à 6.500 kg, voire 7.000 kg/VL, ce qui est totalement compatible avec le cahier des charges (1.800 kg de concentrés par VL maximum), même avec le colza pur, moins protéiné au kilo de matière brut. Le tourteau de colza est livré en brut, assez farineux, et est étonnamment bien consommé par les VL au DAC ! Nous avons agrandi notre bâtiment stockage, qui pourrait accueillir du séchage en grange, mais nous arrivons à faire du foin et regain de qualité en balles rondes. Notre première étape vers l’autonomie protéique a été pour nous la meilleure gestion du pâturage. Et ça ne coûte pas ! C’est quelques heures de formation, du fil, des piquets et des abreuvoirs !

Baisse des coûts de ration et meilleures efficacités alimentaires

Dans un Gaec de la Bresse, le lait produit est livré à la laiterie « La Bressanne » (Sodiaal), et valorisé en moyenne en 2018 à 347€/1.000L pour l’AOC Beurre et Crème de Bresse (AOC qui ne stipule pas l’interdiction de l’utilisation d’aliments OGM). Les associés du Gaec, dans une démarche d’autonomie alimentaire et de diminution des coûts de ration, ont décidé d’acheter du tourteau de colza pour l’hiver 2018-2019, et comptent bien continuer dans cette optique. C’est la qualité de leurs fourrages qui les a décidés à délaisser le tourteau So-Co pour le 100% colza.

L’autonomie protéique de la ration est obtenue grâce à l’implantation de méteil protéagineux à destination d’ensilage, et aux dérobées (ray grass italien + trèfle) en deux coupes, dont le stade optimum est surveillé.

Cet hiver, les vaches ont produit environ 26 kg / jour, avec en moyenne 43 de TB et 33.5 de TP.

La ration était composée de : 25 % (des fourrages) d’ensilage de méteil à 20% de MAT ; 25 % d’ensilage RGI + trèfle (1è+2è coupe) à 17% de MAT ; 50 % d’ensilage de maïs plante entière à 41.5 % d’amidon ; 0.4 kg de foin ; 1.4 kg de céréales (maïs/orge) autoconsommées ; 2.8 kg de tourteau de colza (250€/T). Le coût de ration était de 114€/1.000 L (alors que le groupe oscillait entre 130 et 135€/1.000L. La quantité de concentrés n’a pas dépassé les 200g/kg de lait (180 g/kg en moyenne), et l’efficacité alimentaire s’élevait à 1.3 !

Au pâturage, avec entre 6 et 7 kg de MS ingérée en herbe, la ration hivernale est divisée par deux, le tourteau est diminué à 1.5 kg. On se retrouve donc avec un coût de ration de 79€/1 000 L, une moyenne de 28 kg de lait / VL, et une efficacité alimentaire de 1.5 !

Florine Damians, conseillère ACSEL Conseil Elevage

Le colza a d'indéniables atouts

« Il faut environ 1.5kg de colza pour remplacer 1kg de soja. Mais le prix du colza est avantageux. Actuellement il est à 290€/T, alors que le soja OGM est à 435€/T (et 500€/T pour le non OGM !).

Le colza est également deux fois plus riche en phosphore que le soja, on peut donc se permettre des minéraux sans phosphore, et c’est ce dernier qui coûte le plus cher dans les formules. On se retrouve donc avec des minéraux sans phosphore à 400€/T, au lieu de 750€/T en moyenne pour des formules classiques type 7/12/21.

Le colza est également riche en méthionine : acide aminé indispensable qui favorise le taux protéique. Son seul inconvénient serait peut-être sa faible teneur en PDIE, mais en l’associant avec de la drèche de brasserie par exemple, cela fonctionne très bien !

Grâce au colza, j’ai fait baisser jusqu’à 20€ le coût de concentrés aux 1.000 litres ! »  

Karyl THEVENIN, conseiller ACSEL Conseil Elevage.

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