Elevage

En Belgique, un scandale sanitaire dans un abattoir rejaillit sur l’agence de contrôle de la chaîne alimentaire

Le scandale provoqué par les pratiques frauduleuses et dangereuses d’un abattoir belge, important fournisseur de viande du pays dont les agréments ont été tardivement retirés début mars malgré une alerte datant de 2016, rejaillit aussi sur l’agence fédérale de contrôle de la chaîne alimentaire que le ministre de l’agriculture envisage de réformer.

Des réformes auront lieu au sein de l’Agence fédérale de sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) afin de mettre fin à certains « déficits » en matière de contrôle et de transmission de l’information, a annoncé le 12 mars le ministre belge de l’agriculture, Denis Ducarme, lors d’un débat parlementaire consacré au scandale Veviba, du nom d’une filiale du groupe Verbist, leader du marché pour la transformation de la viande, qui a perdu au début du mois ses agréments pour un atelier de découpe et un surgélateur industriel situés à Bastogne (province de Luxembourg) où ont été mises à jour de graves infractions sanitaires.

Le ministre a stigmatisé les « pratiques mafieuses » de l’entreprise ardennaise, qui produisait jusque là 30 % de la viande en Belgique, tandis que son homologue wallon, René Collin, a dénoncé l’« omerta complète » de l’Afsca.

Déjà, en septembre 2016 au Kosovo…

En septembre 2016, les autorités du Kosovo ont informé la Belgique d’une saisie de viande fournie par Veviba portant des étiquettes falsifiées. Un inspecteur de l’Afsca s’est rendu sur place le 3 octobre, et un rapport a été transmis quatre jours après à la justice qui a ouvert une instruction. Mais ce n’est que le 28 février dernier qu’une perquisition de grande ampleur a été menée dans les locaux de Veviba où ont été trouvés des matériaux impropres à la consommation dans des produits destinés à l’alimentation humaine, des manquements dans l’étiquetage et des produits congelés depuis 2001. 50 % des produits contrôlés se sont révélés non conformes.

Le ministre belge de l’agriculture s’est étonné, pour le moins, qu’il ait fallu plus d’un an et demi pour qu’une perquisition soit réalisée après l’affaire du Kosovo. Il a estimé aussi que l’Afsca aurait dû mener des contrôles plus offensifs compte tenu des informations disponibles depuis octobre 2016.

Place à la justice

L’agence fédérale a répondu que, à partir du moment où une enquête judiciaire est ouverte, il revient à la justice de gérer les investigations et que l’entreprise a continué à être contrôlée de manière inopinée, comme l’impose une directive de l’UE.

Selon des informations du 15 mars du parquet provincial du Luxembourg, Veviba a aussi vendu de la viande normale sous l’étiquette bio, opération frauduleuse permettant à l’abattoir d’augmenter ses marges, a souligné le ministre fédéral de la justice, Koen Geens.

 

Une atteinte à la réputation des éleveurs

Plusieurs dizaines de membres de la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA), qui a décidé le 11 mars de se constituer partie civile dans le dossier Veviba, ainsi que des associations d’agricultrices et de jeunes agriculteurs de la région, se sont rassemblés le 14 mars devant le parlement de Wallonie à Namur pour dénoncer ce type de fraudes qui portent directement préjudice aux éleveurs et touchent indirectement à leur image. Les organisations professionnelles exigent une plus grande transparence au niveau des intermédiaires des filières agroalimentaires, des abattoirs en particulier.

Pour sa part, la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs (Fugea) a appelé à une mobilisation le 19 mars à Bruxelles, où se tient une réunion du Conseil agricole de l’UE (1), pour souligner l’importance de protéger l’agriculture familiale des importations massives de viande, mais aussi pour rappeler aux consommateurs belges « comment nous travaillons et comment notre modèle agricole durable et autonome répond aux impasses consécutives illustrées par l’agro-industrie ».

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