Economie

Le premier méthaniseur agricole bientôt en service

La première unité de méthanisation agricole de Saône-et-Loire vient d'entrer en fonctionnement pour injecter son gaz dans le réseau. De telles structures sont appelées à se développer dans les années à venir, mais on n’en compte qu’une vingtaine actuellement en France.

Cette usine est le fruit de la volonté d’un homme, Jean-Louis Moratin. « Aujourd’hui, la SAS Méthanergie Ciel appartient à 11 exploitations agricoles, réparties dans un rayon de 7 km, qui vont fournir les 17.000 tonnes de fumiers et lisiers nécessaires chaque année à son fonctionnement », explique le président de la SAS. Ces exploitations agricoles sont des élevages bovins (lait et viande), mais aussi porcins, cunicoles, avicoles. Si le fumier est apporté par les agriculteurs, c’est en revanche la SAS qui va récupérer le lisier puisqu’elle s’est dotée d’une tonne à lisier. Un service supplémentaire non négligeable apporté aux exploitants !
De 3 à 4.000 tonnes de Cive (céréales intermédiaires à vocation énergétique, type maïs dérobé, herbe, etc.) rentrent également dans le fonctionnement de l’usine, ainsi que des déchets végétaux (provenant de la coopérative Bourgogne du Sud) et des sous-produits issus du secteur agroalimentaire (type déchets d’abattoir).

Jusqu’à 100 tonnes de déchet par jour

Au final, la qualité du méthane produit à Ciel devrait répondre aux normes fixées par GRDF pour être injecté dans le réseau. « La quantité produite correspondra à la consommation d’environ 1.000 foyers de quatre personnes !, précise Jean-Louis Moratin. Une production qui entre tout à fait dans le cadre de la loi de Transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), promulguée le 18 août 2015, qui a fixé à 10 % la consommation de gaz renouvelable à l’horizon 2030 ».
Si l’usine de Ciel sera dans un premier temps limitée à un volume quotidien de traitement de 60 tonnes, elle a la capacité de monter jusqu’à 100 tonnes de déchets. Car désormais la demande se fait ressentir et Jean-Louis Moratin est sollicité par de nouveaux agriculteurs et par des sociétés de l’agroalimentaire.
Dans la structure actuelle, les agriculteurs ont des parts sociales et seront donc rémunérés en fonction des résultats de Méthanergie Ciel. Mais il faut voir également que l’organisation proposée leur permet d’économiser des surfaces de stockage de leurs effluents et donc d’éviter notamment tout problème de ruissellement.
Les avantages ne s’arrêtent pas là pour les producteurs puisque s’opère le principe du rendu racine permettant à l’agriculteur de procéder à l’épandage sur ses terres des résidus de la méthanisation. Enfin, un système de prime de bon apporteur sur la qualité du fumier a également été mis en place.
La structure est, elle, rémunérée par sa vente de biogaz.

Principe de la méthanisation

Le principe de la méthanisation est la dégradation de matière organique dans un milieu anaérobie soumis à une certaine température, dans le but d’obtenir un biogaz : le méthane.
La recette à appliquer pour nourrir ce gros estomac est précise et est le fruit d’une ration très équilibrée entre les différents substrats : effluents d’élevage (fumiers, lisiers), matières végétales, etc. Ces substrats doivent, de plus, répondre à certains critères pour que la ration produise un maximum de gaz. Par exemple pour l’usine de Ciel, en matière de déchets verts, pas de feuilles (à cause du tanin) ni de bois (à cause de la lignine).
Une fois la ration correctement dosée, elle reste 40 jours dans le premier digesteur, malaxée et chauffée à 40 °C. Puis second séjour de 40 jours dans le post digesteur dans les mêmes conditions. Au bout de 80 jours, on considère qu'un maximum de méthane a été libéré.
Ce processus permet de produire 135 normo m3/h (Nmh), dont entre 10 et 20 m3 sont utilisés pour chauffer les cuves à 40 °C.
Les résidus, également appelés digestats, se retrouvent alors dans une cuve où les parties liquide et solide sont séparées. Et la vie de ces résidus n’est pas terminée puisqu’ils vont servir de fertilisants aux terres agricoles des apporteurs de biomasse. La méthanisation a conservé l’azote, le potassium et le phosphore des matières entrantes. Cet amendement sans odeur est alors immédiatement assimilable par la plante. L’épandage, assuré par Méthanergie Ciel, est réalisé selon les souhaits des agriculteurs, c’est-à-dire au moment où la plante en a le plus besoin.

Un projet né il y a 7 ans

Cette usine représente un investissement de 5,5 millions d’euros, uniquement pour la partie méthanisation, auquel il faut ajouter l’investissement matériel.
Ce projet a été développé et financé par Jean Louis et Jean Paul Moratin et les différents apporteurs de biomasses agricoles (à hauteur de 20 %). Le complément de financement a été apporté par des acteurs locaux, des subventions de la Région (14 %) et de l’Ademe (14 %) et par l’emprunt bancaire auprès du Crédit Agricole. Soutenu par la chambre d’agriculture, le projet a commencé à émerger en 2011, mais la fermeture de l’usine D’Aucy, alors toute proche du site, l’avait mis en suspens. C’était sans compter sur la tenacité et la motivation de Jean-Louis Moratin épaulé par son frère Jean-Paul. La première pierre a été posée en juin 2017, le site va entrer en fonctionnement ces jours-ci et va devoir passer par une phase test de quelques semaines de la part de GRDF pour valider la qualité du gaz injecté dans le réseau.

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