Viticulture Pratique

Apprendre à se reprogrammer sur la taille des pieds de vigne

Depuis cinq ans, les chambres d’agriculture de Saône-et-Loire et de Bourgogne Franche-Comté proposent des formations – également dispensées dans le Rhône - sur plusieurs techniques de taille des pieds de vigne dites « non mutilantes » ou « non traumatisantes ». Signe que l’inquiétude est grande autour des questions de mortalité et dépérissement des ceps, des centaines de professionnels se forment ainsi chaque année. Les vignerons n’hésitant pas à revenir pour se perfectionner car outre les bons gestes à apprendre, il faut avant se débarrasser de certains vieux réflexes. Pas facile.

Coupe d'un cep ayant subi des mutilations et atteint par une maladie du bois

« Quand tu tailles depuis 15-20-30 ans, que tu as répétés des milliers de fois des gestes, tu as plein de réflexes. Là, il faut les oublier. Il faut apprendre à se reprogrammer », explique Guillaume Paire, technicien à la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire. Il parle d’expérience, lui qui a taillé dix ans sur le domaine familial. Pour le compte de la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire et au niveau régional Bourgogne Franche-Comté, il est aujourd’hui le principal formateur autour des questions liées à la taille des pieds de vigne dite « non mutilante ». Il effectue des formations de groupe ou intra-entreprise, comme prochainement pour un groupe de viticulteurs adhérents à la cave de Buxy. De prochaines formations de groupe sont prévues en novembre (le 8 à Davayé) et en décembre.

Ces formations rentrent dans le cadre du plan de lutte contre le dépérissement de la vigne. Derrière la forte demande pour participer ou former des équipes, le problème en toile de fond est bien l’inquiétude d’une mortalité des pieds qui ne cesse de grandir.

Répartir des flux de sève

Pas le choix néanmoins, avant de tailler, il faut d’abord comprendre comment fonctionne un pied de vigne. Jocelyn Dureuil-Trojanowski, responsable du pôle Sélection sanitaire et domaines à Davayé explique alors une partie des connaissances et essais acquis auprès de la Sicavac (centre technique des vins de Centre-Loire), en pointe sur le sujet. Une partie théorique en salle est donc obligatoire sur la physiologie : xylème, phloème, méristème… mais surtout de nombreuses photos de coupes de pieds de vigne permettent vite de comprendre « ce qu’il ne faut pas faire » et ce qu’il faut privilégier.

Car la taille « non mutilante » doit permettre aux vignerons d’imaginer le système d’architecture des futurs ceps. Ce n’est qu’ensuite qu’il est possible d’apprendre les gestes « beaucoup moins » mutilants pour la vigne. « C’est un mélange entre de vieilles méthodes empiriques qui fonctionnent et des explications scientifiques ». Parmi les techniques évoquées, on retrouve évidemment la taille Guyot-Poussard. « Elle date du début du XXe siècle et aujourd’hui encore, on n’a pas trouvé mieux pour préserver au maximum le cep ». A l’inverse, la formation permet aussi de prendre conscience des « mauvaises » pratiques identifiées aujourd’hui. « On montre des exemples à ne pas faire ».

Entre les deux, il existe une infinité de possibilités. « On ne fait pas de prosélytisme pour la taille Guyot-Poussard. On se repose sur d’autres connaissances scientifiques pour dire que chacun peut faire son propre style de taille », avec toujours comme objectif de respecter tout le fonctionnement interne du cep. Pour respecter l’architecture, la formation va jusqu’à respecter l’orientation des bourgeons.

Dépérissement ou cumul de mutilations

Impossible pour les techniciens, pour les vignerons ou pour quiconque d’affirmer qu’il s’agit de LA réponse aux maladies du bois et au dépérissement de la vigne. « On est sur des sujets très difficiles à prouver en essais. On reste donc prudent. Si une vigne a été malmenée pendant 20 ans, ce n’est pas en appliquant simplement une taille Poussard qu’on va forcément la sauver. Il n’y a pas de rémission pour la vigne », tranche Guillaume paire. Voilà pourquoi ces formations se tournent sur les méthodes « préventives » en amont pour avoir les meilleurs flux de sèves, plutôt que sur le curetage par exemple, purement curatif, solution de la dernière chance.

« On n’a pas toutes les réponses (matériel végétal, climat,…) mais quand on fait des coupes de ceps, on voit les nécroses. Souvent, il ne reste que 20 % des flux de sève fonctionnels. On voit les mécanismes de nécroses et les plaies mutilantes. Hors, il vaut mieux un cep fonctionnel à 80 % pour résister à l’Esca et autres maladies de dépérissement… qu’un cep nécrosé ». En effet, la vigne possède ses propres mécanismes de défense. Les plaies de taille vont les activer. Hors, plus ils sont activés, plus le cep se nécrose et « plus il y a de portes d’entrée pour les maladies du bois ». C’est alors que les flux de sève se bouchent. Les maladies du bois « aiment et bouffent » ces bois morts. Plus il y a de bois morts, plus il y a de maladies du bois, plus elles libèrent des toxines qui génèrent du bois morts, etc.. D’où le recours au curetage pour enlever tout le bois mort au final.

« Attention, tous les ceps morts ne sont pas dû aux maladies du bois mais cela peut être dû à un cumul de mutilations », nuance Guillaume Paire.

Gain ou perte de temps et d’argent ?

Si il y a trop de paramètres qui rentrent en jeu et qu’aucun outil d’aide à la décision n’existe pour le moment sur ces questions, les chambres d’agriculture proposent des formations sur ces « bonnes pratiques » de taille tout au long de la vie d’une vigne, en débutant depuis la période de plantation. Prochainement, la chambre régional organise à Chablis le 18 décembre, la première partie d’une formation qui se poursuivra le 11 janvier par une nouvelle demi-journée pour permettre aux vignerons de poser leurs questions après avoir été formés et avoir mis en place les nouvelles techniques de taille « non mutilantes ».

Car le chantier de la taille des vignes est d’abord un chantier économique. Dans les années 1990, la profession a cherché à l’optimiser en allant vers plus de mécanisation. Les sécateurs électriques et les batteries - portatives se miniaturisant - ont aidé à aller dans ce sens. Des outils efficaces qui ont permis d’améliorer la vitesse de chantier tout en réduisant la pénibilité (troubles musculo-squelettiques). Le rapport "bénéfices/inconvénients" est aujourd’hui à soupeser aussi sur le moyen et long terme, en terme de repiquage ou de replantation.

Services

Recevoir la newsletter