Département Ruralité

Les maires et agriculteurs de Saône-et-Loire ont tous besoin de lisibilité

Le 13 septembre à Montceau-les-Mines, l’assemblée générale des Maires de Saône-et-Loire a été de haute tenue avec notamment l’intervention du président du Sénat, Gérard Larcher. L’agriculture s’est invitée dans les débats à de nombreuses reprises.

La présidente des Maires de Saône-et-Loire a tout de suite donné le ton résolument offensif et constructif de la matinée. Marie-Claude Jarrot, comme tout Maire, se disait fière de la « proximité avec ses concitoyens ». « Bien souvent ils se tournent vers nous en premier et parfois en dernier recours », rappelait la maire de Montceau-les-Mines. Une confiance qui se transforme aussi en exigence. Venant chercher des réponses et solutions à leurs problèmes, « ils n’ont cure de savoir si c’est de notre compétence ». Le serpent de mer du millefeuille administratif ne passe plus à l’heure des entreprises en flux directs et des services sur Internet, disponible en permanence. Dès lors, en plus d’une montée en compétences des agents et d’une organisation à revoir, la présidente des Maires de Saône-et-Loire appelait à une « simplification réglementaire ». Car après le drame de la mort du maire de Signes cet été, outre les menaces et incivilités, la parole s’est libérée et nombre d’édiles ont avoué être « à bout de souffle ». Ils réclament rapidement qu’on leur laisse plus de « marges de manœuvre », en terme d’autonomie et financièrement.


Coup de balai législatif


Saluant ce discours tout en franchise, Gérard Larcher ne cachait pas que les mois à venir vont être riche en débats sur ces volets législatifs, financiers et démocratiques avec notamment le texte de loi « Engagement et proximité » au 1er trimestre 2020. Le président du Sénat ne se défaussait pas sur la responsabilité de sa chambre parlementaire, « en dix ans, c’est vrai qu’on a extrêmement complexifié ». D’où un coup de « balai » législatif prévu. Gérard Larcher constate aussi que les villes « intermédiaires » souffrent par rapport aux « métropoles ». Ces dernières profitent seules de la « financiarisation et de la mondialisation » au détriment de la ruralité ou périphérie des villes. Et les intercommunalités n’ont pas forcément renforcer ces territoires. « La moitié des Interco’ fonctionne bien, un quart vont aller bien et un quart ne vont pas bien », résumait Gérard Larcher. Il identifie néanmoins un sentiment général « de réunionite aigüe où les élus ont le sentiment de ne servir à rien ». Qu’en à l’autonomie financière des communes, le Sénat « ne votera pas la loi de Finance » tant que des simulations précises n’auront pas été réalisées.

Désertification organisée

André Accary, président du Département, se montrait plus mordant sur les choix politiques des Gouvernements successifs qu’en à l’aménagement des territoires, ruraux notamment : « la désertification rurale a presqu’été organisée », jugeait-il. Depuis 1995 et Pasqua, glissait et datait Gérard Larcher. « J’ai fait un rapport à l’époque et on n’y a pas cru », regrettait-il. Gérard Larcher appelle de ses vœux une « décentralisation » avec des « Préfets simplificateurs », pour que Départements et Région puissent plus facilement agir ensemble quand nécessaire.

Sentiment de paupérisation

Le sénateur, Jérôme Durain alertait sur cette fracture qui continue de « se creuser » et appelait le Sénat a « désintoxiquer » la France de « la compétitivité, attractivité, métropolisation et excellence » qui laisse sur le bord de la route de nombreux Français, entreprises, secteurs, filières et territoires. Gérard Larcher en est conscient, « un sentiment de paupérisation » se répand partout et sur d’autres "territoires" encore, sur ceux du numérique ou de l’environnement. Pour le député, Rémy Rebeyrotte, « la ruralité doit pouvoir jouer sa carte » pleinement et le Gouvernement est prêt à revoir la loi NOTRe laissait-il sous-entendre. Comme sur l’eau et l’assainissement, les maires veulent « rétablir la liberté communale sans condition, ni limite dans le temps », plaidait Jean-François Farenc, au nom des Maires ruraux de Saône-et-Loire.


LME, EGAlim : même échec ?


La salle avait ensuite voix au chapitre. Le maire de Melay réclamait d’emblée de pouvoir « faire travailler nos éleveurs locaux » pour approvisionner les cantines, ce qui n’est pas sans poser problème d’un point de vue réglementaire. Tout comme les contre-indications malvenues sur les fromages au lait cru. Mais, il aurait bien pu rajouter, tout les produits carnés… L’élevage étant une cible facile et récurrente. Ce qui révolte le maire de Charbonnat, Fabrice Voillot, éleveur lui-même, qui rappelait les « 200 suicides d’agriculteurs en France » en raison « d’une grande souffrance morale et économique ». « Comment en est-on arrivé à attaquer ceux qui nourrissent ? ». Il faisait le lien avec l’agribashing mais aussi avec le Ceta ou le Mercosur, qui sont aussi des attaques en règles de nos modes d’élevage extensif. Il réclamait « des perspectives d’avenir » d’urgence.
Gérard Larcher rappelait que sur la loi EGAlim le Sénat avait émis « des réserves » sur sa réussite à ramener des prix rémunérateurs aux producteurs. Mais il reconnaissait aussi que la LME, précédente, n’avait « pas marché » non plus face aux grands groupes de distributeurs. Pour le Ceta, Gérard Larcher ne promettait rien, seulement de « rééxaminer » ultérieurement les effets de l’accord, qui pour lui seront « positifs pour le lait, le vin… mais fragilisera les filières viandes ».

L’écologie punitive divise

Si Gérard Larcher se disait favorable à des « expérimentations de décentralisation », en Gaulliste qu’il est, il croit néanmoins en une République unique et indivisible. Ainsi, il voit aussi les limites de l’autonomie prenant l’exemple des arrêtés ZNT illégaux de certains maires : « chacun ne peut faire sa petite loi dans son coin », relativisait-il. Sa solution finalement est de voir émerger des solutions locales. Un plébiscite pour le dialogue et les Chartes donc. « L’écologie d’en bas rassemble, l’écologie punitive d’en haut divise ». Le Sénat écoutera les avis des agences scientifiques sur ce sujet des ZNT. Car Gérard Larcher sait que l’agriculture est aussi « une économie et porte l’excédent dans la balance commerciale française ». Au maires comme aux agriculteurs, il semblait conclure en leur adressant ce même message : « vous êtes indispensables à la République ».

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