Actualité Elevage Ovin Environnement

Un loup a été formellement identifié dans l’Yonne

De fin mai à début juillet, plusieurs attaques de prédateur ont frappé des élevages de l’Aube et de l’Yonne. Le piège photographique et les analyses d’ADN ont rapidement orienté les investigations sur la piste du loup. Hypothèse confirmée depuis.

Malgré l’image du prédateur captée fin juin par un piège photographique et expertisée par l’ONCFS, la présence du loup n’a été confirmée par l’administration que le 14 août dernier.

Les 20 et 26 mai puis le 5 juin, trois attaques successives avaient eu lieu sur un même élevage ovin à Etourvy dans l’Aube. Quelques semaines après, les 20 et 22 juin, c’est à Arthonnay dans l’Yonne qu’une éleveuse découvrait dix moutons tués et cinq blessés. Le 11 juillet, à quelques kilomètres de là, sur la commune de Mélisey, un autre mouton était retrouvé tué et consommé par « un grand prédateur ». Suite à ces attaques, les agents de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) ont réalisé des constats et des recueils d’indices, notamment des prélèvements de poils pour analyse d’ADN. Les conclusions des rapports mentionnaient alors une « mortalité liée à une prédation, responsabilité du loup non écartée, au bénéfice du doute ». Les procédures d’indemnisation des éleveurs ont été engagées par la Direction Départementale des Territoires (DDT). Dans la nuit du 21 au 22 juin, l’image du prédateur a été captée par un piège photographique et expertisée par l’ONCFS qui a conclu que « tous les critères phénotypiques relevés sur ces images sont compatibles avec l’identification d’un loup Canis lupus ». A ce stade pourtant, la DDT de l’Yonne se voulait prudente, préférant éviter toute conclusion hâtive…  

Loup de souche italienne

La confirmation est arrivée le 14 août dernier. Les analyses ADN révèlent que les poils prélevés sont bien ceux d’un loup mâle, issu de la souche italienne. Le prédateur n’ayant pas renouvelé ses attaques depuis la nuit du 10 au 11 juillet, aucune mesure spécifique n’a été mise en place. « On suppose et espère être sur un épisode très ponctuel et très localisé, comme d’autres départements l’ont connu avant nous, notamment la Côte-d’Or et la Nièvre », commente le chef de service à l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS). « On ne peut pas être certains qu’il n’y aura pas d’autres attaques, mais on ne peut rien prévoir ! Pour l’instant, on est en phase d’observation, on est vigilants sur chaque signe de présence. Aujourd’hui plus qu’hier, toute attaque va éveiller les soupçons, donc dès qu’une dégradation de troupeau se produit, ou que quelqu’un prétend avoir aperçu l’animal, nos services doivent être alertés. Les équipes effectueront des contrôles et des expertises pour vérifier l’exactitude des informations ».

Rassurant…

Etant donné le caractère ponctuel des attaques, le chef de service de l’ONCFS se veut rassurant : « il n’y a pas de mesure particulière à mettre en place. La situation peut évoluer très rapidement, mais aucune protection formalisée n’est à instaurer pour le moment ».

En attendant, les éleveurs touchés par les attaques rentrent leur troupeaux tous les soirs de peur de voir la bête revenir. « Si jamais ce cas de figure se présente, si les attaques recommencent, le comité loup pourra décider d’activer la mise en place de mesures de protection prévues par les arrêtés ministériels : la mise en bergerie des troupeaux la nuit, des opérations de barriérage, la mise en place de chiens de protection, et ça peut aller jusqu’aux tirs de défense… Mais on n’en est pas là ! » explique le représentant de l’ONCFS.

Les éleveurs inquiets

De son côté, le président de la fédération départementale ovine Gilles Rameau, s’il reconnait qu’il n’y a pas d’urgence aujourd’hui, ne cache pas son inquiétude sur le long terme… « Si on ne fait rien, il y en aura des loups ! Il y en avait autrefois, ils vont certainement revenir, le terrain leur plait ! Je ne serais pas surpris si les attaques localisées deviennent plus fréquentes dans nos départements d’ici quelques années. Le problème est que ça va être difficile de lutter dans nos systèmes d’élevage. Chez moi par exemple, où les brebis pâturent par lot de 30 pour la reproduction, impossible de mettre un chien de protection dans chaque pré… », s’inquiète à juste titre l’éleveur bourguignon.

 

 

10 brebis tuées, cinq blessées et beaucoup de stress…

Pour l’EARL des Iles victime des deux attaques de fin juin, six brebis ont été saignées et un bélier tué et consommé au niveau de la poitrine lors de la première attaque. La seconde a laissé trois brebis tuées et cinq brebis blessées qui « ne s’en remettrons pas… », déplorait l’éleveuse. Les semaines qui ont suivi les attaques ont été difficiles pour l’éleveuse de 450 brebis romanes. « Les troupeaux touchés étaient composés de jeunes brebis gestantes… Les survivantes sont stressées et apeurées, je ne sais pas ce que vont donner les agnelages en octobre. On rentre tout le monde chaque soir maintenant, ça fait mal au cœur, elles sont mieux dehors. Mais on a peur à chaque fois qu’on ouvre les volets, peur de découvrir de nouveaux cadavres… ». L’éleveuse devait être indemnisée pour la perte de ses bêtes, mais le stress engendré et les conséquences sur les agnelages à venir ne sont pas pris en compte.

 

 

 

Services

Dossiers

Recevoir la newsletter