Viticulture Economie

Une Bourgogne confiante à la vente des vins des Hospices de Beaune

Dimanche matin, avant la vente des Hospices de Beaune, la viticulture de Bourgogne en profite traditionnellement pour faire un point d’actualité. Négociants et vignerons se sont ainsi dits « confiants » dans l’avenir. Les inquiétudes soulevées viennent plutôt de l’aval. Les négociants, eux, attendant plus que jamais la fusion avec le Beaujolais.

Ce fut bel et bien la seule femme à s’exprimer : Ludivine Griveau, régisseuse des Hospices de Beaune, est parfaitement parvenue à vendre le millésime 2017, celui, sans être élitiste, d’une Bourgogne focalisée sur l’excellence. Pour résumer la campagne, elle avouait avoir dû prendre des « décisions difficiles : ébourgeonnage sévère, moins de vendange en vert… » avec, à la clé, « parfois de mauvaises nuits ».. Elle reconnaissait toutefois humblement qu’en « ses périodes d’insuffisance », après plusieurs petites récoltes, « son curseur » technico-économique n’était « pas le même » que les traditionnelles Maisons et Domaines bourguignons. Les vins des Hospices se doivent en effet de refléter « l’exception » « pour que les donateurs en aient pour leur argent », lequel est destiné à une « bonne cause » caritative. Une façon de dire que les marges de manœuvre n'ont ici rien à voir avec la réalité de bien des Domaines.

Ainsi, pour le domaine des Hospices, les vendanges ont-elles débuté le 26 août en pouilly-fuissé pour se terminer un mois après, le 22 septembre, avec toujours une météo clémente, ce qui ne fut pas sans lui donner encore « de longues journées » pour gérer les vinifications. Les blancs ont donné « du fil à retordre », surtout pour extraire des jus « équilibrés », même si l’acidité est quelque peu « déconnectée » des degrés alcooliques. Les vins rouges expriment la « finesse » du pinot noir, sans faire aucun « amalgame » d’une quelconque « dilution » due à des surcharges des ceps de vigne.

Marchés en croissance

En début de conférence de presse, le président-délégué du BIVB, Claude Chevalier, avait de fait longuement insisté sur les rumeurs de « vignes trop chargées en Côte-d’Or ». « Il y a peut-être eu quelques excès, lesquels ne doivent pas remettre en cause un millésime exceptionnel, sanitairement parfait ».

De toute façon, le président des négociants de grande Bourgogne (UMVGB, ex-Fneb), Frédéric Drouhin, se montrait « confiant » pour l’avenir commercial. Commercialisant actuellement les millésimes 2014 et 2015 ainsi que les régionales 2016, il soulignait que « les chiffres sont bons » depuis huit mois, avec une hausse de +10 % en valeur, laquelle hausse « profite principalement aux blancs ». Les volumes échangés sont quasi-stables (+1 %), cachant une hausse de +4 % en réalité, si on retranche la « faible récolte » 2016 à Chablis. Autre bonne nouvelle pour le secteur viticole, la signature du traité transatlantique avec le Canada, le Ceta, constituera « un avantage pour les opérateurs ». Dernier grand marché export en date, la Chine semble de plus en plus apprécier les appellations régionales bourguignonnes rouges. Les blancs progressent eux aussi sur ce marché. Enfin, le marché français retrouve également des couleurs !

Vrac dynamique

Après ces constats, le représentant du négoce risquait une prévision pour 2018, anticipant déjà de nouvelles hausses pour les clients finaux. Il indiquait au passage le lancement d’une étude sur la répartition des marges tout au long de la filière par rapport aux prix départ caves. « Le volume de 2016 est plutôt faible. Les vins sont bons. La logique voudrait une augmentation après le travail important de l’an passé ». Les transactions vracs sont pour l’heure « dynamiques » (+23 % par rapport à l’an passé), mais seulement +10 % en volumes par rapport à la moyenne décennale. Pour lui, la seule question restante sera celle du niveau de « pertes de positions par manque » de Chablis, conséquence de deux années successives de gel printanier dans l'Yonne. D’ailleurs, le président des Hospices et maire de Beaune, Alain Suguenot, signalait les premiers dons pour le travail de la fondation Tara Expéditions, sur la biodiversité des océans face au changement climatique, lequel semble impacter de plus en plus de monde alors que les vignobles septentrionnaux sont, pour ce qui les concerne, exposés à des débourrements précoces avec développement de la végétation ainsi exposée à de potentiels gels catastrophiques.

Une Bourgogne ouverte à tous

La Bourgogne en a payé le prix fort ces dernières années (gel, grêle…), et cela du Beaujolais au Chablisien, ce qui avait remis un temps en question le projet de Cités des vins de Bourgogne. Le président du BIVB, Louis-Fabrice Latour, rappelait alors le « référendum » qui a entériné le lancement officiel du projet. 2018 et 2019 seront à ce titre des années charnières pour Beaune, Mâcon et Chablis.

Il évoquait aussi les « transactions qui ont défrayé les chroniques » cette année (Domaine Bonneau du Martray, Clos de Tart…), déplorant « la cherté et les hausses des successions », mais estimant dans le même temps que la « Bourgogne est ouverte et souhaite la bienvenue » aux grandes fortunes de ce monde.

Il rebondissait aussi sur la « fusion » - faite par la Fneb - avec le Beaujolais pour constituer la grande Bourgogne interprofessionnelle. « Avec le Beaujolais, c’est le grand dessein que nous voulons. Nous attendons la délimitation de l’AOC Bourgogne et nous reprendrons les négociations après », se projetait-il encore et toujours. A suivre…

 

Des zones tampons autour des AOC ?

Avec un sourire froid, Louis-Fabrice Latour donnait un « court » instant la parole à Jean-Michel Aubinel, président de la CAVB, pour faire le point sur l’aval. Sans s’en laisser compter, le viticulteur mâconnais saluait la naissance de deux nouvelles AOC : la communale Vézelay et le Bourgogne identifié Côte-d’Or. Un événement rarissime - après les AOC villages Irancy en 1999 ou Viré-Clessé en 1998 - qui devrait se poursuivre « après le temps des instructions » avec les premiers crus en Pouilly.

Moins consensuel, il revenait sur la proposition de la CAVB « d’un contingent à zéro » pour la campagne 2018-2019 concernant les Vins sans IG (vins de France) « à proximité des aires AOC ou AOP : C pour contrôlées et P pour protégées ». Le conseil de bassin Bourgogne-Beaujolais a accepté, en contrepartie, de mener « une réflexion dans la sérénité avec l’ensemble de la filière » pour ne pas bloquer systématiquement tout projet. Jean-Michel Aubinel évoquait déjà la possibilité de « définir des zones tampons » sans autorisation de plantations en VSIG.

La CAVB aura fort à faire en 2018 avec aussi un gros « travail pédagogique » à conduire autour de sa Charte des bonnes pratiques avec plus de « cent réunions terrains » programmées avec les ODG de toute la Bourgogne. Le BIVB a, pour cela, « dégagé » une enveloppe de 100.000 €.

420.000 € pour les deux pièces de charité

Lors de cette 157e vente des Hospices de Beaune, le 19 novembre, les deux pièces des présidents - et non pas une pièce comme d’habitude - mises aux enchères au profit de trois associations ont été adjugées à 420.000 €, en-dessous du record de 2015 (alors attribué au profit des victimes des attentats du Bataclan). Les pièces du président étaient issues de l'appellation Corton grand cru Clos du Roi et ont été vendues au profit de la Fondation Tara Expéditions, la Fédération pour la recherche sur le cerveau et la Fondation pour la recherche sur Alzheimer. Celui qui a remporté la vente est un homme d'affaires chinois, Shek Kong Leung, client de la maison de négoce Albert Bichot. A 410.000 €, il allait perdre contre un acheteur au téléphone quand un autre acheteur brésilien, Alaor Pereira Lino, lui a proposé d'ajouter 10.000 € pour remporter le lot. Cette 157e vente de Beaune proposait 787 pièces de vin de cinquante cuvées : trente-trois de rouge et dix-sept de blanc.

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