Elevage Allaitant Pratique

Jalogny livre des conclusions encourageantes sur la complémentation des veaux d’automne

La ferme expérimentale de Jalogny dévoile sa synthèse de trois années d’essais sur la complémentation des veaux d’automne. Elle démontre qu’avec moins de concentrés, on peut atteindre ses objectifs de croissance sans conséquence significative sur le plan économique.

Durant trois ans, la Ferme de Jalogny a comparé deux niveaux de complémentation hivernale : l’un de 1 kg de concentrés par 100 kg de poids vif (lot bas) et l’autre de 1,5 kg de concentrés par 100 kg de poids vif (lot haut).

A la Ferme expérimentale de Jalogny, un essai sur la complémentation de veaux mâles nés en automne a été mené durant trois hivers. Ce travail fait partie de l’essai « systèmes » conduit depuis plusieurs années à Jalogny par la Chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire et l’Institut de l’Elevage. Deux stratégies différentes sont testées pour répondre au déficit de production de mâles maigres entre mai et juillet. La première consiste à faire naître des mâles au début de l’automne (août-septembre) pour produire des broutards lourds de 400 kg vifs à neuf mois vendus en Italie en juin. La seconde repose sur des vêlages de fin d’hiver pour un approvisionnement, à la même période, de taurillons d’herbe de 15 mois pesant 480 kg. Ce sont deux itinéraires radicalement différents, présente Julien Renon, responsable de la ferme. Dans le premier cas, il s’agit d’une conduite intensive avec un objectif de croissance de 1.300 g./jour de la naissance au sevrage, reposant sur une complémentation sous la mère. Dans le second itinéraire, les veaux ne sont pas complémentés sous la mère et réalisent une croissance modérée de 900 à 1.000 g/jour, mais sont relâchés au printemps. Cette conduite est plus longue de six mois entre la naissance et la vente.

Cet hiver, une synthèse de trois saisons d’essais sur la complémentation des mâles nés en automne a été réalisée. Dans le cadre de cette production intensive de broutards lourds à 9 mois, deux niveaux de complémentation hivernale ont été comparés : l’un de 1 kg de concentrés par 100 kg de poids vif (lot bas) et l’autre de 1,5 kg de concentrés par 100 kg de poids vif (lot haut). L’objectif étant de voir s’il était possible d’économiser sur les achats de concentrés sans détériorer les résultats techniques, présente Julien Renon.

Le lait des mères compte pour beaucoup

En moyenne sur les trois années, les croissances hivernales du lot haut ont été supérieures de 132 grammes par jour : 1.531 g/j contre 1.399 pour le lot bas. L’objectif de croissance de 1.300 g/j pour 400 kg vifs au sevrage fin juin est atteint dans les deux cas. Mais la synthèse révèle que les kilogrammes supplémentaires de concentrés ne permettent qu’un gain marginal de poids vif de + 14 kg en moyenne (fin d’essai). « La complémentation n’explique qu’une partie de la croissance des veaux », font valoir les experts. En effet, « les bonnes performances des deux lots s’expliquent d’abord par la bonne production laitière des mères. 1 kg de lait supplémentaire ingéré par le veau, c’est un gain de croissance de + 100 g/jour », rappellent-ils. D’où l’importance de soigner l’alimentation des mères – y compris en automne où le pâturage est aléatoire - et de choisir des taureaux à bons index laitiers, rappelle Julien Renon.

Rattrapage au pâturage printanier

L’écart de poids en faveur du lot haut obtenu pendant la période hivernale est en partie rattrapé au pâturage par le lot bas. Les veaux les moins complémentés en hiver se rattrapent en effet au pré en réalisant de meilleures croissances. Au sevrage, l’écart de poids entre les deux lots n’est plus que de 7 kg (432 et 425 kg). Cela souligne l’importance du pâturage et des conditions climatiques du printemps. 2016 et son excès d’humidité printanier ont pénalisé les broutards.

L’essai montre aussi que, de la naissance au sevrage, ce sont les veaux les moins complémentés qui ont réalisé les croissances les plus régulières.

Sur le plan économique, le lot bas a permis une économie moyenne sur trois ans de 85 kg de concentrés par veau de la naissance au sevrage, soit 20 € par broutard. Ce chiffre ne constitue pas une différence significative entre les deux niveaux de complémentation, évaluent les techniciens.

En termes de marges, les écarts entre lots bas et lots hauts ne sont pas très élevés et ils sont contrastés (+ 64 € en faveur du lot haut la première année ; + 30 € en faveur du lot bas la seconde année et aucune différence la troisième année). Au regard des faibles écarts constatés sur les poids de vente, le supplément de complémentation ne semble donc pas se justifier économiquement, conclue l’étude.

Pas de différence économique significative

« Ces trois années d’expérimentation démontrent qu’un kilo de concentré par 100 kg de poids vif suffit pour produire des broutards de 400 kg au sevrage fin juin », conclut Julien Renon. Elles confirment également l’importance de la croissance due au lait des mères.  « La complémentation haute de + 85 kg de concentrés supplémentaires par veau permet une croissance supérieure de + 132 g/j en moyenne sur la période hivernale. Mais elle ne permet pas de conserver une différence significative de poids à l’issue du pâturage (+ 7 kg seulement). En outre, l’apport supplémentaire de concentrés n’améliore pas significativement la marge par broutard. Les résultats économiques demeurent intéressants dans les deux cas. Le lot bas permet d’économiser 20 € de concentrés par tête. Mais la marge sur coût de concentrés reste très proche dans les deux cas. Cet essai montre que la complémentation hivernale de veaux sous la mère doit se situer entre 1 et 1,5 kg pour 100 kg de poids vif et doit être plafonnée en fin d’hiver vers 4 kg pour ne pas détériorer les croissances des veaux au pâturage », synthétise Julien Renon.

Produire des broutards sans concentrés ?

Cet essai sur la complémentation des broutards soulève un certain nombre de questions sur la conduite des animaux. Il montre qu’il est possible d’atteindre un même objectif de production avec moins de concentrés et « qu’il est possible de faire de la croissance avec un maximum de lait et d’herbe », confie Julien Renon. Un constat qui amène cette question : pourrait-on demain produire des broutards sans complémentation ? « Sans concentré, il est possible de réaliser des croissances supérieures à 1.000 grammes par jour avec de très bonnes conditions de pâturage et des mères très laitières », fait valoir le responsable de la ferme de Jalogny. « La solution repose sur le système herbager en améliorant l’efficience de l’herbe : qualité des récoltes, pâturage tournant… Car les leviers fondamentaux pour l’avenir sont de produire avec moins d’intrants ; d’être plus autonome. C’est un peu à contre-courant de ce qui s’est fait jusqu’alors où l’agrandissement et la baisse de la main-d’œuvre ont conduit à une simplification des pratiques et à un recours aux achats d’aliments pour répondre aussi aux attentes du marché : des broutards plus précoces, plus jeunes et lourds », estime Julien Renon. Mais cette perspective va dans le sens des attentes environnementales et sociétales.

 

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