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La viticulture demande pardon pour le traitement phytosanitaire à proximité des enfants dans l'école de Bussières

Une réunion publique s’est tenue mardi soir à Bussières suite à un traitement phytosanitaire de vignes à proximité de l’école, en présence des enfants. Les parents d’élèves avaient réclamé des explications. Le vigneron incriminé, présent, a reconnu sa faute et s’est excusé de ne pas avoir respecté le nouvel arrêté préfectoral, avouant ne pas le connaître. Maire, vignerons et parents d’élèves ont convenu de trouver des solutions locales. La réunion s’est terminée dans un climat relativement apaisé.

De la chambre d’Agriculture, Benjamin Alban a redit les « basiques » du métier de viticulteur et notamment, le « fait » que tous les modes (conventionnel, raisonnée, Bio…) de viticultures sont obligés de protéger leurs vignes contre les maladies et ravage

Mardi 20 juin, la salle à côté de la mairie à Bussières était pleine à craquer. Habitants, parents d’élèves, vignerons, élus, représentants de l’Etat et membres d’association… s’étaient réunis à l’invitation du Maire faisant suite à la sollicitation du syndicat local de la FDSEA de Saône-et-Loire et de son président Jean-Philippe Baptista. Il faut dire que la pression montait depuis quelques jours dans les rues habituellement si tranquilles de ce village viticole du Mâconnais. En cause, un traitement phytosanitaire des vignes situées à proximité de l’école, en présence des élèves, amplifié par une pétition des parents voulant obtenir des explications et des solutions. Dans ce contexte, le Maire de Bussières, Rémy Desplanches appelait donc d’emblée à respecter quelques règles de bienséance : « échanger, comprendre, entendre et s’écouter », débutait-il pour demander le respect de chacun. Car la tension se lisait sur les visages et dans les attitudes fermées.

Thiébaut Huber et Jérôme Chevalier - respectivement président et président délégué de la Confédération des appellations et vignerons de Bourgogne (CAVB) – se disaient, au nom des 4.000 vignerons de Bourgogne, tout d'abord « désolé » que ce traitement n’est ni respecté la Charte régionale des bonnes pratiques, ni respecté le nouvel arrêté préfectoral en la matière. Deux militants de Générations futures tentaient immédiatement de placer le débat sur les « pesticides » utilisés et leurs risques pour la santé. Des inquiétudes légitimes mais qu’aucune personne présente ne pouvait lever ici.

Attention école

Une majorité de représentants de parents d’élèves n’étaient d’ailleurs pas venus pour polémiquer mais pour « comprendre » dans un premier temps la loi, ses applications, les recours légaux possibles…. Ni non plus pour « se plaindre ou pour que les traitements s’arrêtent mais bien, pour savoir comment cohabiter de façon raisonnable. Car, une école mérite une attention toute particulière ». Une demande sincère qui touchait le viticulteur « incriminé », présent dans la salle. Il prenait alors la parole pour publiquement demander pardon à tous : « j’ai commis une erreur. Je n’étais pas au courant de l’arrêté préfectoral. Je reconnais que je suis en faute. Je sais maintenant que je ne dois pas traiter quand l’école est ouverte. D’ailleurs, ça me déplait de traiter mais j’ai du trouver des "plages" (horaires) pour passer », s’excusait-il, rappelant au passage la pression maladie importante de l’année en raison de la climatologie humide et chaude, favorable aux champignons.

Progresser : un travail jamais fini

Le DDT de Saône-et-Loire, Christian Dussarat saluait ce geste et celui de la profession qui, « il y a encore quelques années, n’aurait pas réagi ainsi ». Preuve de cette prise de conscience, les deux Chartes des bonnes pratiques agricoles et viticoles – départementale pour celle de la FDSEA de Saône-et-Loire avant celle régionale de la CAVB – sont plus contraignantes que l’arrêté préfectoral instauré par le nouveau préfet, Jérôme Gutton. Pour sa partie, Christian Dussarat reconnaissait lui aussi qu’avec une réglementation nationale perpétuellement complexifié – et sous « le regard de la société » - informer les professionnels, les maires, les habitants, les constructeurs de matériel… est un travail « qui ne sera jamais fini » en réalité.

Respect mutuel

Les organisations professionnelles s’y attèlent cependant. « C’est le sujet qui préoccupe tous les vignerons : le vivre ensemble. On va y arriver », positivait Thiébaut Huber.

D’accord semblait lui rétorquer une dame mais à condition que le respect soit dans les deux sens : « c’est courageux de la part du viticulteur de s’être excusé mais ceux qui traitent les vignerons "d’assassins" devraient aussi le faire ». Dans la salle, les regards s’échangeaient et un papa « s’excusait » en effet de ses propos tenus « sous un état d’énervement ». En tant que médecin, il rajoutait qu’il « appréciait que personne n’ai dit que les produits n’étaient pas toxiques ».

Engagement moral

« Responsable de tout » et supportant ce bien lourd fardeau, le Maire de Bussières obtenait « l’engagement moral » des vignerons de ne traiter qu’après 19h les jours d’ouverture de l’école. Il leur demandait également de venir aider la commune et les enfants à planter une haie de « protection » plus haute entre les vignes et l’école. Le bac à sable à côté sera aussi bouché. Enfin, les vignerons s’engageaient à prévenir la directrice de l’école en cas de traitement ne pouvant être reporté. Les habitants réclamaient également des réunions pour suivre ces « avancées » et celles voulues par les Chartes de la profession (réduction des doses, matériel de pulvérisation de précision, formation…). Une clause de revoyure qui était entérinée par le verre de l’amitié.

Reste que cette nouvelle "affaire" reflète bien le caractère épidermique du sujet. Les agissements de tous les vignerons sont aujourd’hui scrutés. Même si l’erreur est humaine, le respect des règles et le dialogue avec le reste de la société sont obligatoires pour se faire comprendre. La moindre erreur ayant potentiellement des conséquences pour tous sinon.

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