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La nutrition animale s’affirme

Souvent considérée comme un simple poste de charge, la nutrition animale veut être mieux reconnue pour sa contribution positive tant au revenu des éleveurs qu’à la qualité sanitaire des produits animaux et à la différenciation des filières.

Cela pourrait commencer comme un petit air de musique : non OGM, Bio, sans antibiotique, sécurité sanitaire, bien-être animal, compétitivité…. Les contributions positives que revendiquent la nutrition animale sont désormais gravées dans le marbre des plans de filières animales, comme l’a montré l’assemblée générale du Syndicat national des industriels de la nutrition animale (Snia), qui s'est tenue à Paris le 18 mai dernier. Le président François Cholat, réélu à cette occasion, a donné le ton : « nous observons en 2017 un intérêt grandissant pour le « nourri sans OGM », dans la filière lait avec des demandes venues à l’origine des principaux signes de qualité françaises puis d’Allemagne et enfin des laiteries françaises qui s’engagent à leur tour dans des démarches « sans OGM » et dans le cadre des EGAlim (Etats généraux de l'alimentation) avec de nouvelles segmentations possibles ». Cette demande non OGM est sécurisée par Oqualim avec, d’une part, la certification (socle technique non OGM) qui garantit cette maîtrise dans les usines et d’autre part, le plan mutualisé d’analyse des matières premières.

Position stratégique entre végétal et animal 

Nathalie Barbe - du ministère de l’Agriculture - a de façon plus globale pointé la position stratégique de la nutrition animale, entre les productions végétales et les productions animales. Elle a listé, plan de filière par plan de filière ses contributions : pour assurer le développement du Bio, pour la recherche et développement (viande bovine), pour la démédicalisation, la sécurisation de l’origine France, le développement du bien-être et de la santé animale (porc), le non OGM (volaille, lait), la valorisation des céréales et des coproduits français, la caractérisation de la valeur nutritionnelle des matières premières… : « les plans de filières montrent que la nutrition animale est à la croisée des enjeux stratégiques : la qualité avec la montée en gamme souhaitée, la maîtrise des coûts en élevage, mais aussi la discrimination des filières Bio ou non OGM face aux importations ». Thierry Pouch (APCA ; chambres d'Agriculture) soulève un autre point : le rôle de financier qu’ont joué les fabricants d’aliments pour les éleveurs laitiers dont la trésorerie a été endommagée par la crise laitière. Pour Bernard Mahé (directeur Sanders), la compétitivité n’a toutefois pas été assez abordée au cours des EGAlim : « or, le rôle des fabricants d’aliments est aussi de faire gagner de l’argent aux éleveurs ».

Le Snia proactif

La nutrition animale a pourtant dû jouer des coudes lors des EGAlim « car elle a été un peu oubliée dans les débats ». Mais, proactif, le Snia avait diffusé une fiche de contribution par atelier. « Les EGA ont créé beaucoup d’attentes, on se veut pragmatiques et confiants dans l’avenir, mais on sera vigilants » résume François Cholat. Les professionnels reconnaissent trois enjeux majeurs : la compétitivité (« l’alimentation animale est le principal levier de compétitivité dans la grande majorité des élevages »), les demandes sociétales (« bien nourrir les animaux pour mieux nourrir les hommes ») et l’équilibre des relations commerciales (« la refonte annoncée de la contractualisation doit amener de la simplification et non de la complexification »). L’alimentation des animaux d’élevage joue un rôle évident dans la différenciation : « au début, installer l’origine France sur les produits animaux ça a couté de l’argent pour certifier toute la chaine, maintenant c’est un plus » illustre Gilles Huttepain (pole amont, LDC). Mais il alerte sur les risques d’un haut de gamme exclusif : « A ne produire que du haut de gamme on risque de s’isoler sur les marchés français, européens et internationaux ». Même position pour Etienne Gangneron (éleveur Bio et vice-président de la FNSEA) qui rappelle combien les produits de moyenne gamme sont également indispensables car les consommateurs sont très attentifs au prix. Oliver Gaffet (président de la région Nord de Sodiaal) confirme la nécessité de produire ce qui répond aux différentes demandes ce que la nutrition animale permet : « face à la baisse régulière de la consommation de lait liquide, la différenciation via la nutrition animale avec le non OGM notamment a permis de créer un nouveau segment entre le Bio et le conventionnel ».

2017 quasi stable

En 2017, après une année 2016 compliquée, les usines d’alimentation animale françaises, ont produit 20,6 Mt d’aliments complets et complémentaires en quasi stabilité, avec -0,2 %. L’année se démarque par quelques points forts :

- la hausse des aliments pour bovins et, notamment, la forme mash (encore +4 % en 2017), la progression d’aliments spécifiques comme les aliments pour chèvres (+7 %) qui accompagnent la progression de la demande en fromage, en lait mais surtout en ultrafrais ;

 - la stabilisation des aliments pour porcs (0,16 % avec de belles performances sur des aliments très techniques comme les porcelets avec +2,22 %) après des années de baisse continue ;

- la bonne santé des aliments pour poulets (+1,98 %) et pour pondeuses (+1,14 %) même si, parmi les volailles, la dinde est toujours à la peine (-6,36 % ) et les palmipèdes ont souffert, tout début 2017, d’une seconde crise de l’influenza aviaire (-7,38 %). 

Le début de l’année 2018 présente un profil assez différent avec un recul des aliments pour bovins (-3 %) quand les aliments pour porcs restent stables et que la volaille progresse nettement (+11 % en palmipèdes, +3,9 % en poulets, +1,7 % en pondeuses).

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