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L’urgence de l’installation rappelé au Préfet lors de sa visite d'une ferme d'élevage à Toulon-sur-Arroux

A l’invitation de la FDSEA et des JA de Saône-et-Loire, le préfet s'est rendu sur l’exploitation de Bertrand Guillot, éleveur à Toulon-sur-Arroux. Durant plus de 4 heures, après une visite complète, Jérôme Gutton a écouté et répondu aux nombreuses interrogations de la profession.

Des messages clairs ont été adressés par le monde agricole au préfet et aux représentants de la DDT et de la DDPP.

Le 15 décembre, Jérôme Gutton, préfet de Saône-et-Loire s’est rendu - avec ses services (DDT 71, DDPP 71) - sur l'exploitation d'élevage charolais de Bertrand Guillot à Toulon-sur-Arroux. Il répondait ainsi à une invitation faite par les Jeunes agriculteurs et la FDSEA de Saône-et-Loire visant à faire toucher du doigt au nouveau préfet les réalités du terrain, mais aussi le ressenti du monde agricole. Dans un contexte de crise...

A l’inquiétude des éleveurs présents face aux accords de libre-échange avec le Canada (Ceta) et avec plusieurs pays d’Amérique du Sud (Mercosur), le préfet rappelait qu’il ne signait pas les traités. Tout au long de la matinée, il a néanmoins promis de « relayer vos messages » auprès du Gouvernement et des autres décideurs. Si un préfet ne peut que peu "déborder" de sa fonction, Jérôme Gutton a néanmoins tenu des propos de vérité sur plusieurs sujets qui sont de son ressort, n’hésitant pas à donner parfois son opinion en tant que simple citoyen.

Sur la problématique de l’installation, soulevée par les JA de Saône-et-Loire, le préfet constate que « la marche est de plus en plus haute. Les exploitations ont évolué en entreprises. Je ne suis pas surpris que des jeunes aient des difficultés à reprendre, avec notamment de tels besoins de capitaux. Je regrette que nos amis banquiers ne prennent pas plus de risques et les fassent porter à 100 % sur vous. C’est choquant d’un point de vue moral », jugeait-il.

Rebondissant sur les difficultés à entreprendre, Jérôme Gutton disait regretter qu’aujourd’hui « les procédures d’enquêtes publiques soient devenues très lourdes. Notre responsabilité est de rendre possible les projets sans que cela coûte énormément d’efforts à l’entrepreneur ». Il rajoutait néanmoins que ce « n’est certes pas facile mais que dans 99 % des cas, les procédures se passent bien ». Il détaillait ainsi le « 1 % problématique » : « ça achoppe car il se créé une alchimie pas saine entre riverains, médias et des gens qui mettent le bazar ». Le préfet n’a visiblement pas de solution miracle si ce n'est d'améliorer les procédures en amont avec ses services. Directeur de la DDT, Christian Dussarat faisait un aparté sur le "droit à l’erreur" pour les déclarations administratives, soit une vingtaine de cas « particuliers » dans le département. « Malgré des centaines de relances, il arrive que l’on ne découvre que très tard une erreur commise dans une déclaration. En dehors de la période de modification, nous sommes dans une espèce de trou noir », pris en étau entre les réglementations nationale et européenne.

Un droit à l’erreur qui coule…

Secrétaire général de la FDSEA, Luc Jeannin revenait sur le sujet et prenait l’exemple de la politique « noble » qui vise à protéger les ressources en eau et dont « les déclinaisons par le ministère de l’environnement » sur le terrain laissent perplexe. En contrebas de la ferme, les clôtures de l’Arroux avaient été emportées par la crue justement… coûtant au passage 50.000 € aux contribuables. Président du syndicat mixte (Sineta) de l’Arroux et de son bassin versant et lui même éleveur, Jean-Marc Guilhem disait craindre que les Agences de l’eau ne s’inventent en plus de nouvelles missions ou ne lèvent de nouvelles taxes (Gemapi) pour faire perdurer leurs budgets et leurs emplois même si leurs missions sont atteintes et finies. Le préfet admettait que le dossier de l’eau « est le plus compliqué dans les administrations car les acteurs sont divers et les gestions complexes », reconnaissant parfois des politiques « contradictoires ». Sa solution est de « discuter sur place, sur un territoire » à la fois. Reste que l’agriculteur peut quand même se retrouver dans son bon droit selon une règle et dans "l’erreur" selon une autre…

Surtout que des « associations peuvent présenter les choses de façon très caricaturales » en matière d'environnement notamment, regrettait-il. Pour lui, « il ne faut pas prendre trop à cœur ces diffamations. Il ne faut pas sous estimer l’estime réel des gens sur votre beau métier », positivait-il. Pas sûr que cela suffise pour remonter le moral du monde agricole déjà largement affecté...

Faiblesses législatives

Si notre agriculture bénéficie d'« un atout » de part « sa renommée », le préfet estime néanmoins que le partage de la valeur entre tous les acteurs de la chaîne agroalimentaire prendra du temps. Et ce, même si la loi l’impose dans la foulée des Etats généraux de l’alimentation. Car pour lui, il ne faut pas se mentir, « certains professionnels » ou entreprises agricoles tirent leur épingle du jeu et ne restent pas « soudés pour affronter les mégastructures » que sont devenus les industries agroalimentaires et la grande distribution.

Le président de la FDSEA de Saône-et-Loire, Bernard Lacour, lui faisait alors remarquer que l’agriculture française avait surtout « besoin de courage politique ». Il prenait l’exemple de la dernière Loi d’avenir (LAAF), laquelle avait donné le droit aux Safer de contrôler les cessions de parts des sociétés mais « n’est pas allé jusqu’au bout ». En rajoutant la condition d’un échange de 100 % des parts, « n’importe quel juriste est capable de contourner cet aveu de faiblesse des législateurs », fustigeait-il, lui qui préside par ailleurs la Safer de Saône-et-Loire.

Il en va de même pour une juste valorisation des producteurs par les prix de vente. Le président des JA de Saône-et-Loire rappelait ainsi l’urgence d'agir en revenant à la charge sur les question d'installation. « 30 % des agriculteurs du département ont plus de 55 ans. Les capitaux énormes pour s’installer - 400 à 500.000 € voire plus - ne sont plus en lien avec la rentabilité, avec 15.000 €/an de revenu chez le cédant. Le jeune n’est pas un magicien pour faire mieux. D'ailleurs, il ne peut pas financer son prêt ».

Additionner les solutions

Le préfet et ses services entendaient. Pour Jérôme Gutton, il faudra tenter « d’additionner les solution plutôt que d'en chercher une seule. Il ne faut rien exclure. Car avant les fermes se ressemblaient toutes, désormais ce n’est plus le cas ». Pour lui, la meilleure solution consiste donc « à ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier » en terme de débouchés et de produits. Si les JA soulignaient être d’accord, ils rappelaient que cela nécessite « énormément » de connaissances et de temps.

Autre sujet abordé, la soidisante "simplification administrative" qui oblige surtout les agriculteurs à faire le travail de l'administration et reporte la responsabilité sur eux. La numérisation des procédures publiques pour les particuliers va certainement mettre rapidement en avant ce problème de société !

FCO et chasse en débat

Directeur de la DDPP, André Klein a répondu à « l’exaspération » des éleveurs au sujet de la gestion de la lutte contre la FCO « qui n’avance pas assez vite », déplorait Michel Joly, président de la Fédération régionale bovine. Pour les services vétérinaires, André Klein a rappelé qu’il « fallait réagir » à l’arrivée « brutale » du sérotype 4 par la Corse et la Haute-Savoie. Si tous se félicitaient que les flux d’animaux avec l’Italie n’aient pas été bloqués, car elle même déjà infectée, ils regrettaient la réponse négative de la Roumanie. Le « nombre limité » de vaccins démontre l'impréparation de l'Etat face à une crise sanitaire pourtant prévisible. Les derniers vaccins sont pour l'heure réservés à la zone interdite et à la zone de protection dans « l’espoir d’éradiquer cette maladie avant qu’elle ne s’installe ».

Sur un autre dossier de régulation sanitaire qui fait beaucoup de dégâts, la chasse aux sangliers a été longuement débattue. Le préfet a entendu les plaintes des agriculteurs, rappelant qu'il « n’a jamais refusé plus de tirs quand il y en a de trop », mais Jérôme Gutton demande que « cela se passe bien »  avec la Fédération des chasseurs dans le cadre d’un plan de chasse partagé.

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