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Téol, une coopérative à dimension humaine…

Face à la crise qui frappe l’élevage, Téol a finalement limité les dégâts grâce à une activité qui s’est globalement maintenue, des investissements modérés et des créances adhérents stables. Une prouesse pour cette coopérative à taille humaine qui mise sur la sécurité sanitaire et l’accompagnement de ses adhérents.

En 2016-2017, la coopérative Téol a réalisé un chiffre d’affaires de 20,8 millions d’euros, en baisse de seulement – 2,83%. Son résultat net de – 49.000 € est meilleur que celui de l’exercice précédent.

Dans une conjoncture pourtant compliquée, la coopérative Téol s’en est finalement plutôt bien tirée durant l’exercice 2016-2017. Avec 20,8 millions d’€, son chiffre d’affaires a baissé de seulement -2,83 % et son résultat net de -49.000 € est meilleur que celui de l’exercice précédent à -96.000 €. Ces « résultats encourageants » sont liés à une progression des volumes d’engrais et d’aliments commercialisés dans un contexte de baisse des prix des intrants. Téol a ainsi livré 900 tonnes d’engrais en plus par rapport à la campagne précédente. Ce sont les amendements qui ont progressé, au contraire des engrais de synthèse en diminution, précisait le directeur, Philippe Saudin. Avec plus de 50.000 tonnes élaborées à Charolles et à Luzy (58), les aliments - dont le volume se maintient - représentent 59 % du chiffre d’affaires.

Pause dans les investissements

En 2016-2017, la coopérative a marqué une pause dans ses investissements. Avec 124.000 € consacrés à ce poste, la structure s’est contentée d’assurer le renouvellement et la maintenance de ses outils.

La campagne aura été marquée par une moisson record en céréales et en colza avec +50 % en volume. Cette collecte grandissante n’a pas été sans poser problème à la coopérative dont les outils arrivent à saturation, indiquait-on.

En dépit de la crise qui frappe les élevages, « les délais de paiement ne se dégradent pas », constatait le président, Gilles Mazille. « Les créances adhérents ont en effet tendance à baisser », indiquait ainsi le commissaire aux comptes. Même si, confiait le directeur, l’évolution du chiffre d’affaires sur créances affiche toujours les mêmes variations au gré des versements de primes, ventes d’animaux... La coopérative se retrouve dans l’obligation de financer à la fois ses propres stocks et ce qu’elle a vendu à ses adhérents, révélait Philippe Saudin.

Fusion avec la coopérative du Donjon

Durant la campagne passée, Téol a fusionné avec la coopérative voisine du Donjon (03). Avec ses filiales, le groupe Téol couvre désormais une zone d’activité correspondant à l’ouest de la Saône-et-Loire, le sud de la Nièvre, l’est de l’Allier, le nord de la Loire et le Rhône avec un peu plus de 2.500 adhérents. Les activités du groupe concernent la collecte de céréales, les approvisionnements, la fabrication d’aliments du bétail, le libre-service agricole et la distribution de carburants. Il réalise un chiffre d’affaires consolidé de 26,8 millions d’€.

A noter la bonne santé du volet libre-service du groupe avec le succès des magasins Gamm Vert et notamment celui de Blanzy dont le chiffre d’affaires a beaucoup progressé au cours du dernier exercice, informait Gilles Mazille.

Certifier pour rassurer le consommateur

Les deux usines de Téol sont désormais qualifiées sous le référentiel "Oqualim". Cette certification garantit la sécurité sanitaire des aliments élaborés. Une véritable plus-value vis-à-vis des attentes des consommateurs en quête de rassurance. Un gage de crédibilité supplémentaire pour la filière et qui valorise Téol face à la concurrence, expliquait le directeur.

La coop a par ailleurs procédé au renforcement de son équipe commerciale par l’adjonction d’un technicien supplémentaire. La formation des techniciens a été accentuée pour un meilleur conseil auprès d’un plus grand nombre d’éleveurs. A moyen terme, il s’agit pour Téol « de renforcer nos positions sur notre territoire face à une concurrence qui s’atomise encore un peu plus chaque année », argumentait le conseil d’administration.

Soutien aux jeunes et développement des œufs en plein-air

Grâce à une collaboration étroite avec la firme service Inzo, Téol bénéficie des dernières avancées en matière de nutrition animale. Elle s’appuie aussi sur son adhésion au pôle d’expérimentation végétal de l’union Olyane avec les coopératives Terre d’Alliance et La Dauphinoise. A l’heure où le ministère évoque la séparation de la vente et du conseil, au prétexte de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires, Gilles Mazille ne cache pas son agacement en rappelant qu’à Téol, « les techniciens ne sont pas rémunérés au chiffre d’affaires réalisé ». Un gage de confiance qu’il est toujours utile de rappeler à l’heure où l’on aime se méfier de tout…

Au service de ses adhérents, Téol poursuit par ailleurs sa politique en faveur de l’installation des jeunes avec des ristournes spécifiques versées d’un montant de 6.300 € en 2016-2017 correspondant à vingt-huit exploitations concernées. Avec un producteur d’œufs demandeur, la coopérative entend enfin développer sur sa zone une production d’œufs en plein-air avec la création de nouveaux bâtiments.

Inquiétude sur la disponibilités en ammonitrate et en vitamine A

Dans son tour d’horizon des marchés, Philippe Saudin a évoqué une situation tendue dans les engrais. Une augmentation significative des prix s’est faite jour depuis l’été. Des problèmes de disponibilité des ammonitrates sont évoqués suscitant des inquiétudes, expliquait-il. Au chapitre des aliments, le directeur évoquait les effets d’une récolte pléthorique en céréales avec des prix très bas dans un contexte mondial qui s’y prête. Il attirait par ailleurs l’attention sur un risque de pénurie prochain de la vitamine A. La destruction accidentelle d’une usine fait craindre des problèmes de disponibilité à venir avec une augmentation des prix de la vitamine A et cela dès janvier. Aussi, la coopérative envisage-t-elle d’abaisser la teneur en vitamine A de ses aliments.

Des impasses qui coûtent cher !

« La progression de l’aliment sur l’hiver dernier s’explique par la faible qualité des fourrages récoltés en 2016 », expliquait Gilles Mazille. Dans ce contexte particulier, « la complémentation alimentaire a été indispensable pour nourrir correctement les animaux », poursuivait-il, évoquant le cas d’éleveurs qui, « faute de trésorerie, ont fait des impasses lesquelles ont parfois couté cher en mortalité l’hiver ainsi qu’une mauvaise reproduction au printemps ». L’occasion pour le président de Téol de rappeler que « l’aliment, lorsqu’il est bien utilisé, permet d’avoir des rations équilibrées et de bons résultats techniques et économiques. On voit souvent ce qu’il coûte, mais regardons aussi ce qu’il rapporte ! ».

Gilles Mazille : "les éleveurs sont à bout de souffle…"

« La situation de nos adhérents éleveurs reste compliquée et le manque de revenu sur les exploitations demeure le principal handicap ». Déplorant l’absence de politiques à l’assemblée, Gilles Mazille aurait pourtant aimé faire passer ce message de son conseil d’administration. Car si les élus avaient été là, c’est « un cri d’alerte renforcée » qu’il leur aurait alors adressé avec, comme demande, « de construire un futur pour nos élevages, notre métier ». Pour le président de Téol, 2017 a été l’année de trop. « On a eu l’espoir de vendre nos bovins selon leurs coûts de production. Les Etats généraux de l’alimentation affichaient de grandes ambitions pour l’agriculture… ». Mais les éleveurs ont du très vite déchanter alors que « les ONG parlent, twittent, écrivent, font l’agriculture… Mais sans nous ! », déplorait Gilles Mazille. Les conséquences de la FCO 8 en 2016 sur la mortalité de l’hiver dernier et maintenant la FCO 4 qui désorganise les marchés et entraîne une chute des tarifs des broutards…

« Pour beaucoup, le ressort est cassé, le moral n’y est plus », livrait le président, évoquant le désir de certains d’arrêter le métier. « Absence de revenu, surcharge de travail, mauvaise image dans les médias… Notre modèle agricole est à bout de souffle, il n’est pas rentable et il devient intransmissible », dépeignait avec gravité Gilles Mazille.

Des signaux qui devraient alerter les politiques et la société en général… « Rien de tout cela, on continue à nous montrer du doigt », poursuivait-il, évoquant la consommation de viande bovine en baisse et même un ministre influent préconisant de manger végétarien un jour par semaine dans les cantines ! « Il devient urgent d’étudier des scénarios avec une disparition importante de paysans dans nos campagnes », n’hésitait pas le président de Téol.

Le numérique pour rétablir la confiance ?

Malgré ces propos inquiétants, tout n’est peut-être pas perdu, laissait-il entendre. « Nous avons la chance d’avoir une agriculture qui correspond à l’attente sociétale. Les sondages d’opinion nous sont plutôt favorables. Notre problème n’est pas un souci de production mais de communication », plaidait-il. Introduisant au passage l’intervention de l’agro-économiste Jean-Marie Séronie (nous y reviendrons), Gilles Mazille estimait que « la numérisation de l’agriculture sera probablement un atout. Tout est enregistré chez nous, alors que le consommateur aimerait tout savoir. Il suffit donc de mettre en relation producteur et consommateur pour rétablir la confiance ».

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