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Le mentorat, cette aide atypique des agriculteurs

Lancé en phase expérimentale il y a un an, le mentorat fait progressivement son chemin dans le secteur agricole départemental. Basé sur la mise en relation d’un agriculteur avec un chef d’entreprise, ce dialogue inédit offre au chef d’exploitation une prise de recul sur son métier riche d’enseignement. Un repas réunissant ces premières dyades "test" du département était organisé lundi 8 juillet à la ferme de Jalogny.

Ni tutorat, ni coaching, le mentorat amène l’agriculteur à se (re)positionner comme entrepreneur en agriculture.

La définition du Larousse est tout aussi poétique que le terme lui-même : une dyade est la "réunion de deux principes philosophiques qui se complètent réciproquement".
Et la dyade est le terme employé lorsque l’on parle de mentorat.
Ce concept original qui nous arrive du Québec a été lancé il y a un an maintenant, pour une phase expérimentale, par la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. L’idée étant de mettre en relation, sur une période de 18 mois, des agriculteurs avec des chefs d’entreprise d’un tout autre secteur que l’agriculture.
« Ce n’est ni du tutorat, ni du coaching, insiste David Barthe, directeur de la chambre d’agriculture, c’est un engagement bénévole réciproque qui permet de faire ressortir des questionnements ».
« Cela permet de repositionner l’agriculture comme entreprise agricole, de prendre du recul sur ce que l’on fait », pointe Annie-Paule Abihssira, mentor référent qui en est à sa dixième dyade…

Comme un regard d’enfant

Ainsi ce lundi 8 juillet à Jalogny, de nombreux mentors ont avoué avoir accepté la mission « sans rien connaître à l’agriculture » ! Cet œil neuf, presque « infantil » selon le terme de l’un d’eux, implique des questions et un positionnement qui donnent à l’agriculteur une autre vision de son agriculture à lui. Cette méconnaissance du mentor sur le sujet agricole oblige le mentoré « à s’exprimer sur son métier, ses méthodes, ses projets : quelles sont mes valeurs, mon environnement, mon positionnement, comment je m’y sens… ». Cette façon de faire permet « de développer le savoir-être d’entrepreneur ».
Au final, le rôle du mentor est « d’aller chercher les problématiques… mais sans en parler ! », explique David Barthe.
Et il ne faut pas croire que les bénéfices ne sont que d’un côté : les mentors ont tous souligné à quel point l’expérience leur apportait. « Je suis ravie et très motivée, a insisté l'une d'elle, j’ai besoin de sortir de mon entreprise et de m'ouvrir à d'autres secteurs ! ». Non seulement ils en apprennent beaucoup sur l’agriculture et revoient leur positionnement, mais cela va au-delà : « au quotidien, en tant que chef d’entreprise j’écoutais sans vraiment le faire et je prenais la décision que je souhaitais, a témoigné l’un d’eux. Là, puisque cela n’avait aucune retombée sur mon entreprise, j’ai vraiment appris à écouter ! »

Un chef d’entreprise comme un autre

Les remarques, les témoignages, les réflexions ont ainsi fusé au cours du repas. Comme ce mentoré qui a avoué être parti du principe qu’il n’avait aucun point commun avec son mentor, patron gérant 450 salariés. Il confie aujourd’hui avoir été surpris de constater à quel point leurs problématiques se recoupaient, même si elles étaient à une toute autre échelle.
Cet autre mentoré, encore au tout début de la démarche, a expliqué attendre, de cette expérience et de ces échanges avec son mentor chef d’entreprise, des clés pour apprendre à gérer les périodes de stress et de difficultés.
Ou encore, cet autre agriculteur s’est dit ravi de l’accompagnement qui lui a permis « de débloquer les points de blocage », l’a forcé à sortir de sa zone de confort et de ses convictions pour appréhender son métier et sa relation aux autres personnes présentes sur son exploitation d’une autre manière. « J’ai dû me positionner comme chef d’entreprise et mettre de côté tout l’aspect affectif ».

À chacune son histoire

Mentors et mentorés ont tous exprimé le même constat : « humainement cet accompagnement est très riche ».
Et donc aventure humaine avant tout, il faut "s’adopter" mutuellement et surtout être prêt pour le faire. « Beaucoup d'agriculteurs sont motivés par l'expérience, explique Rose Leinhardt en charge du dossier à la chambre d'agriculture, mais ils doivent surtout trouver du temps à consacrer ». Ce temps sera loin d'être perdu : « il faut que chacun se rende compte à quel point ça peut lui apporter ».
Il faut voir qu’il n’y a pas une façon unique de procéder. Comme l’a souligné l’une des mentors, « c’est à chaque dyade d’écrire son histoire, son fonctionnement, la façon dont elle veut procéder, la fréquence des échanges, les thématiques abordées ».
La chambre d'agriculture s'était donné un an pour expérimenter ces premiers accompagnements et voir comment aborder et ajuster le concept au monde agricole. Désormais, la communication pour recruter de nouveaux mentors et mentorés va être lancée à l'automne et prendra la forme de mini vidéos réalisées avec les dyades actuelles. Certains mentors, motivés et présents à Jalogny, sont d'ores et déjà en attente de mentorés...

Pour en savoir plus, contactez Rose Lienhardt par mail rlienhardt@sl.chambagri.fr ou au 06.40.47.74.60

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