Elevage

Feder : la rémunération des éleveurs en ligne de mire

Cinq ans après sa naissance, Feder se montre solide, tant en volumes qu’à travers ses choix de filière. Adhérant pleinement à la monté en gamme prônée par les Etats généraux de l'aliementation (EGAlim), le groupe coopératif imagine des solutions collectives nouvelles pour rétablir l’équité dans la rémunération des éleveurs.

A l’issue de l’assemblée générale, Julien Renon, responsable de la Ferme de Jalogny ; Charles Schneider, éleveur engraisseur diversifié en Côte-d’Or ; Alexandre Saunier, éleveur d’ovin et de volailles à Ciry-le-Noble et Philippe Dimon ont échangé sur comm

Feder tenait son assemblée générale le 5 juin dernier à Chalon-sur-Saône. Cinq ans après l’union de coopératives qui lui a donné naissance, le groupement plurirégional totalise près de 200.000 bovins et 170.000 ovins avec des hausses d’activité annuelles de près de 1,5% dans les deux catégories. Après avoir su anticiper les difficultés persistantes de l’élevage en optant pour une stratégie collective ambitieuse, la coopérative bénéficie aujourd’hui d’une bonne solidité financière avec 35 millions d’euros de capitaux propres, une trésorerie positive de 5 millions pour un résultat consolidé en hausse à 380.000 €.

En hausse de + 2%, l’activité bovins maigres dépasse les 110.000 têtes avec un rythme de 2.100 bovins maigres par semaine dont les deux tiers sont des broutards. 60% du maigre part pour l’export via la filiale Eurofeder. L’Italie représente 62% des destinations, mais les débouchés sont aussi la France (29%), l’Espagne – en progression de + 34%, l’Algérie, le Maroc, la Grèce, Israël… Des débouchés qu’il faut être en mesure de pouvoir saisir, d’où le souhait du président Yves Largy de voir l’administration accompagner davantage les exportateurs et notamment alléger les contraintes sur le marché turc.

Avec 85.700 têtes, l’activité bovins viande progresse de + 0,7% avec 1.650 bovins abattus par semaine. Bien que 78% de ces animaux approvisionnent Bigard-Socopa, Feder répond à une segmentation variée dont une vingtaine d’abatteurs différents pour une valorisation optimale, précisait le directeur Michel Millot.

En ovins, le groupe Feder a une activité haussière de 165.500 têtes pour un rythme de 3.182 chaque semaine. 81% de la production sont des agneaux gras. Ces ovins sont commercialisés auprès de douze clients dont un principal Bigard à Castres (81). La coopérative dispose en particulier de plusieurs débouchés en signe de qualité. A ce sujet, Terres d’Ovins (55.000 animaux) propose à ses adhérents un nouveau label en complément du « Tendre Agneau ».

Acteur de la montée en gamme

Alors que les récents Etats Généraux de l’Alimentation prônent la montée en gamme, Feder n’a pas attendu pour s’impliquer dans les signes de qualité (label, Bio, AOC…) avec 4.329 bovins et 57.526 ovins représentant près de 500.000 € de plus value pour les éleveurs. Répondant à une demande croissante, Feder participe activement au déploiement de la filière Bio avec une augmentation du nombre de bovins commercialisés de + 25%. Ce volume se partage entre 1.100 bovins maigres et 1.100 bovins gras. Une majorité sont abattus localement ; un tiers à Bigard Cuiseaux ; un autre tiers pour Unebio et 15% par Charollais Viande. En ovins, Feder commercialise un peu plus de 3.700 animaux. Un chiffre en hausse de + 19%. Parmi les principaux débouchés : Boucheries Bio, Bigard Castres, Charollais Viande. « Face à la vague de conversion, Feder renforce sa stratégie dans le bio avec notamment la naissance de Feder Eleveurs Bio », annonçaient les responsables du groupe.

« Nos démarches de qualité nous ont permis de redistribuer plus de deux millions d’euros dont 1,3 millions issus de la démarche Eleveurs et Engagés », exposait le président Yves Largy. A propos de cette dernière, le président faisait part de son « inquiétude quant à sa pérennité ». Aussi la coopérative réfléchit-elle « à l’après. Des solutions existent. Elles seront internes à Feder ou passeront par des démarches plus collectives, à travers une meilleure valorisation des signes de qualité », estimait Yves Largy.

Des boucheries, un atelier de découpe…

A Feder, la valorisation de la production des éleveurs passe aussi par son propre réseau de boucherie Coop'Amour. Dans ses points de vente label et Bio de Chalon, Dijon et sur les marchés, Feder a réalisé 1,9 millions d’euros de chiffre d’affaire annuel. Parallèlement, le chiffre d’affaires de l’atelier de découpe de Saint-Rémy progresse aussi de + 18% avec 523 bovins transformés en 2017. Pour capter davantage encore de plus value pour ses adhérents, Feder a créé une marque « La Maison de Eleveurs – Boeuf plein-air ».

En 2017, le chiffre d’affaires « technique » approchait les 10 millions d’euros (aliments, minéraux, sanitaire, matériel…). Outre les fournitures, ce service comprend aussi du conseil. Le désengagement de l’Etat, de FranceAgriMer et des régions oblige la coopérative à mettre en place une tarification de ces services, annonçait Yves Largy.

Vers une régulation des volumes ?

Comme le confiait le président dans son rapport moral, « mon rêve serait qu’à travers leur coopérative, les éleveurs trouvent dans la planification et la contractualisation une vraie cohérence entre leur travail au quotidien et la réalité du marché ». Des vœux sur lesquels Feder planche déjà concrètement grâce à un outil web où chacun est invité à planifier ses animaux. Plus qu’une planification, le président évoquait l’idée d’une « nécessaire régulation des volumes ». Signalant de nouveaux marchés pour la viande à l’international (Chine…), Yves Largy parlait d’une « nouvelle contractualisation à imaginer pour garantir un revenu stable aux éleveurs ». Convaincus que les solutions ne peuvent être que collectives, les responsables de Feder n’écartent aucune piste pour enrayer l’inéquitable rémunération des éleveurs. Même celle « qu’une partie de nos productions et volumes soient peut-être intégrées », avançait Michel Millot. Des idées courageuses qui, peut-être, pourraient, permettre de réaliser ce rêve…

Un savant mélange de performance, économie, productivité et valorisation

Invité à l’assemblée générale de Feder, Philippe Dimon de l’Idele a livré son analyse de l’évolution des structures, revenus et gains de productivité des élevages du bassin charolais. En dix ans, la taille des structures y a augmenté + 57%. En moyenne, les exploitations ont gagné 16 vêlages supplémentaires. Sur les dix dernières années, les crises sanitaires (FCO, Schmallenberg) ont fait baisser la productivité numérique, sans qu’elle ne parvienne à retrouver son niveau initial. Et cela en dépit d’un gain en kilo de viande vive produite par UGB de + 5%. Autre constat : une tendance à l’intensification des conduites se traduit par des systèmes de plus en plus consommateurs de fourrages (+ 10% par UGB) et de concentrés (+ 14% par UGB). Dans le même temps, la stagnation de la productivité des surfaces entraîne une fragilisation de l’autonomie alimentaire des élevages. Et la productivité de la main-d’œuvre a quant à elle explosé ; jusqu’à + 70% dans le bassin charolais ! Alors que le revenu, s’il semble progresser malgré tout, ne le fait que très timidement et avec de redoutables à coup. Les coûts de production se sont emballés (+ 29% en alimentation ; + 27% en frais vétérinaires ; + 23% e, mécanisation…) alors que la rentabilité du capital s’est dégradée. « Les économies d’échelle ont été contrecarrées par les investissements réalisés », signalait Philippe Dimon qui parlait d’une logique de développement agricole privilégiant la maîtrise technique mais au prix d’une capitalisation et d’une transmission difficile.

Herbe, efficacité alimentaire, précocité

Si le constat global n’est pas favorable, la grande disparité des situations fait qu’il existe des exploitations qui s’en sortent mieux que d’autres, révélait l’intervenant. La différence se fait sur un certain nombre de fondamentaux tels que l’amélioration de la rentabilité avec des systèmes plus efficients et plus résiliants. Des systèmes qui parviennent à dégager davantage d’EBE avant salaire, détaillait-il. Les exploitations à forte efficacité économiques adoptent quatre grandes stratégies : les animalières adeptes de la performance animale ; les économes ; celles qui privilégient la productivité de la main-d’œuvre ; enfin celles qui visent la sécurisation des produits à travers la valorisation. « La réussite est un savant mélange de ces quatre stratégies », synthétisait Philippe Dimon. Parmi les axes d’amélioration cités : l’analyse des coûts alimentaires, la gestion de la reproduction, l’alourdissement ou la finition des mâles, la finition des femelles… La rentabilité peut être améliorée par la valorisation des produits, dans une meilleure adéquation offre/demande. La variabilité génétique est une autre piste pour adapter l’élevage et la production. Pour Philippe Dimon, les solutions existent déjà sur le terrain. L’herbe, l’efficacité alimentaire, la précocité en sont quelques aspects.

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