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Glyphosate : Bruxelles justifie la ré-autorisation, un million de citoyens contre

Le commissaire européen à la santé Vytenis Andriukaitis est venu devant le Parlement européen défendre la position de la Commission qui s’apprête à proposer une ré-autorisation du glyphosate pour dix années supplémentaires. Mais l’initiative citoyenne européenne demandant l’interdiction de l’herbicide a obtenu le million de signatures nécessaire à sa validation, obligeant, une fois encore, Bruxelles à y répondre de manière argumentée.

« Pour certaines personnes, le glyphosate est le symbole de l’agriculture intensive et est fortement lié à la culture d'OGM. Ce débat est bien plus large que le glyphosate lui-même, c’est pourquoi il est crucial de maintenir une forte évaluation scientifique », a résumé Vytenis Andriukaitis, interpellé le 13 juin sur le processus de ré-autorisation du glyphosate dans l’UE par le Parlement européen (1), suite notamment aux révélations des « Monsanto papers ». Les révélations des « Monsanto papers » ne changent rien aux conclusions de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) et de l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), a assuré le commissaire européen à la santé devant l’assemblée à Strasbourg. Et de rappeler les avis positifs des deux agences qui ont conclu (le 15 mars pour l’ECHA) que le glyphosate n’est ni cancérogène, ni mutagène, ni toxique pour la reproduction.

« Bien que les personnes individuelles puissent continuer à être en désaccord avec cette convergence écrasante des opinions scientifiques, cela ne peut remettre en question la robustesse de notre système et nous devons procéder au renouvellement de l’approbation du glyphosate, car il n’y a aucune raison de douter de la sécurité de la substance », a donc indiqué le commissaire européen. La Commission devrait dans les prochaines semaines soumettre aux États membres une proposition de renouvellement du glyphosate pour dix ans qui, espère Bruxelles, sera adoptée d’ici cet automne, l’autorisation actuelle de l’herbicide arrivant à échéance en fin d’année.

Clarifier la question de la transparence des données

« En avril 2016, le Parlement européen a adopté une résolution demandant de renouveler le glyphosate pour sept ans, ne manque pas de rappeler Vyenis Andriukaitis. Comme toujours, la Commission est très attentive à la position du Parlement européen. Nous avons pris bonne note de votre soutien pour un renouvellement sur la base de l’évaluation scientifique menée dans l’UE ». Le commissaire a également souligné que trois recommandations très claires aux États membres ont été adoptées l’année dernière : interdire le coformulant Tallowamine ; minimiser l’usage du glyphosate dans les parcs publics ; et être attentif à l’utilisation du glyphosate comme « traitement pré-récolte » (pour accélérer la maturation des cultures). « Je rappelle également que même si le glyphosate est approuvé au niveau de l’UE, il incombe aux États membres d’autoriser les produits phytopharmaceutiques contenant du glyphosate au niveau national et de décider des conditions d’utilisation. La Commission n’est donc pas la seule à décider », a-t-il poursuivi.

Concernant la demande d’accès aux données brutes ayant servi à son évaluation, Vytenis Andriukaitis a indiqué que le niveau de transparence dans le cas particulier du glyphosate était particulièrement élevé. Mais, a-t-il précisé, « je comprends que cela pourrait ne pas suffire à certains d’entre vous ». Des eurodéputés du groupe des Verts ont décidé de saisir la Cour de Justice de l’Union européenne sur cette question de la non-divulgation par l’Efsa des études sur lesquelles elle s’appuie (2). « Je ne peux que saluer la clarté réglementaire qu’apportera sur ce sujet un avis de la Cour européenne », s’est félicité le commissaire européen.

Un million d’Européens contre le glyphosate

Tout n’est pas si simple pour Bruxelles. Une partie des eurodéputés, Verts et socio-démocrates en particulier, ont obtenu l’organisation d’une audition conjointe par les commissions de l’agriculture et de l’environnement du Parlement sur les données utilisées pour l’évaluation de la dangerosité du glyphosate. Une initiative qui, espèrent-ils, pourrait conduire à l’ouverture d’une commission d’enquête.

À cela s’ajoute l’initiative citoyenne européenne lancée en début d’année pour demander l’interdiction du glyphosate qui a déjà recueilli plus d’un million de signatures, soit le seuil légal pour qu’elle soit validée et que la Commission européenne soit obligée d’y répondre (par l’affirmative ou non).

Autant d’obstacles sur la voie de la ré-autorisation du glyphosate, dont pourraient se saisir, pour entraver le processus européen, les États membres les plus réticents à l’autorisation de l’herbicide.

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