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« Le glyphosate reste incontournable » pour Éric Thirouin, président de l’AGPB, n'en déplaise aux politiques

Depuis deux ans, le glyphosate est au centre des débats agricoles, concentrant les critiques dans le débat plus large sur l’utilisation des phytosanitaires. Le gouvernement déclare vouloir interdire l’utilisation d’ici 2021, et prépare déjà l’après glyphosate. Dans ce cadre Eric Thirouin, président de l’AGPB, a été auditionné par l’Assemblée Nationale le jeudi 2 mai 2019.

Croyez-vous encore en l’avenir du glyphosate en France ?

Eric Thirouin : Oui il demeure incontournable - à ce jour - mais il est clair que les perspectives ne sont pas idéales. Les récentes déclarations du Ministre de l’Agriculture et du Président de la République annoncent la fin du glyphosate pour 2021 sauf là où il n’existe pas de solutions. Ce n’est pas pour autant que nous devons baisser les bras et nous résigner à cette issue. C’est pourquoi j’ai réaffirmé toutes les impasses auxquelles nous sommes confrontées.

Comment expliquez-vous que les arguments, qui plaident tous pour le glyphosate, n’arrivent pas à infléchir la position du gouvernement ?

E.T : Le débat sur le glyphosate et plus généralement sur les phytos n’est plus d’ordre technique ou économique mais sociétal et politique. Pire c’est devenu un marqueur emblématique des pros et des antis. Force est de constater que les arguments scientifiques et économiques ont peu de prise sur nos concitoyens. Les reportages à charge et sans nuances se succèdent, et l’idéologie remplace peu à peu le bon sens. Dans ce contexte plus que défavorable, les travaux conjoints de l’AGPB et de la FNSEA portent tout de même leurs fruits. Le gouvernement entend, comprend et reprend nos éléments de langage : pas d’interdictions sans solutions ! Il s’agit maintenant de transformer le discours en actes.

De quelles solutions disposent aujourd’hui les agriculteurs pour se passer du glyphosate ?

E.T : Les seules valables à ce jour sont mécaniques, à travers deux techniques : le travail répété du sol, ou le labour, mais sont incomplètes, couteuses et partielles. Cela occasionne un triple coût : économique bien sûr, mais également énergétique et environnemental ! Des impasses existent, notamment sur le chiendent, les chardons, le liseron et les plantes toxiques allergisantes. Le travail du sol est alors inefficace, et peut même empirer la situation. Et que dire du coup d’arrêt dans les systèmes en agriculture de conservation et TCS. A moyen terme, de nouvelles solutions peuvent émerger, à condition que des moyens financiers importants soient investis dans la recherche, mais il est certain qu’une sortie précipitée aurait un impact dramatique sur l’agriculture française.

A combien chiffrez-vous l’impact économique d’une sortie du glyphosate à l’heure actuelle ?

E.T : La sortie pure et simple du glyphosate est à ce jour inenvisageable. Les seules solutions accessibles aujourd’hui en termes de réduction de dose ou de destruction mécanique d’intercultures généreraient, rien que pour le secteur des grandes cultures, un surcoût colossal de 950 millions d’euros par an. Mais ce sera notamment un surcout de main d’œuvre avec 12,7 millions d’heures supplémentaires à financer et une surconsommation avec 87 millions de litres de carburant supplémentaires ! Sans un accompagnement des pouvoirs publics, ce serait insupportable. Et quid des distorsions sur nos marchés car nos concurrents continueront bien entendu de l’utiliser. L’harmonisation européenne est un impératif pour éviter les distorsions. Les agriculteurs ne sont pas dogmatiques. Si demain des solutions techniques alternatives viables agronomiquement et économiquement sont disponibles, celles-ci seront utilisées naturellement. Si un accompagnement financier de l’état est nécessaire, c’est donc avant tout dans la recherche de ces solutions alternatives. Mais d’ici-là, le message est clair : Pas d’interdictions sans solutions ! N’importons pas ce qu’on nous interdit de produire !

Retour vers le futur !

Les propos prêtés récemment au ministre de l’Agriculture ont scandalisé les producteurs. Ainsi, pour sortir peu à peu des produits phytosanitaires, nous devrions revenir à « ce que faisaient nos grands-parents ». Cela démontre une réelle méconnaissance de la réalité du terrain, et de la dynamique prise par l’agriculture ces soixante dernières années.
Pour autant, et c’est probablement le message que le ministre souhaitait faire passer, des solutions agronomiques peuvent aussi permettre de réduire notre utilisation de produits phytos. Nos rotations culturales s’allongeront, et nos couverts végétaux se feront de plus en plus présents. Mais il est illusoire de penser que cela sera suffisant. L’interdiction brutale d’utilisation d’herbicides, fongicides ou insecticides sans solutions de remplacement adaptées techniquement et viables économiquement mettraient en danger la majorité des exploitations. Notre souveraineté alimentaire serait alors remise en question.
Laissons de côté donc l’adage du « c’était mieux avant », qui contamine peu à peu les esprits, jusqu’à ceux de nos dirigeants. Personne n’a envie de reprendre la binette d’avant, manger comme avant et mourir plus rapidement comme avant ! Alors reprenons plutôt la marche en avant du progrès scientifique, en ayant pour cap le maintien de notre production et l’amélioration de notre impact environnemental. Et pour cela, l’Etat doit nous accompagner et trouver les solutions avec nous et pas contre nous. En Route vers le futur !

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