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Cédric Villani explore les conditions d’émergence d’une « agriculture augmentée »

Dans son rapport pour une stratégie sur l’intelligence artificielle, le mathématicien et député de l’Essonne évalue les développements possibles de ces technologies dans le domaine agricole. Il encourage notamment le développement d’une plus grande standardisation des données tout en élargissant les capacités numériques des agriculteurs.

Présenté le 29 mars dernier, le rapport du mathématicien et député LREM Cédric Villani visant à « donner un sens à l’intelligence artificielle » (IA) s’intéresse aux implications possibles de cette technologie dans le domaine agricole. Si l’agriculture ne fait pas nominativement partie « des quatre secteurs prioritaires » identifiés par le rapport (santé, environnement, transports-mobilités, défense-sécurité), un focus sectoriel y est consacré. Que ce soit à travers l’amélioration des bilans énergétiques des exploitations, la diminution des intrants chimiques, un meilleur suivi des troupeaux ou une amélioration de l’épidémiosurveillance, l’IA représente une « ressource précieuse » pour l’agriculteur et « peut permettre des innovations sur l’ensemble de la chaîne de valeur » agricole et agroalimentaire, constate-t-il.

Protéger et inciter

Pour développer ces capacités, la possibilité d’accéder aux données le plus largement possible est un préalable indépassable. « Les données sont généralement le point de départ de toute stratégie en IA », rappelle d’ailleurs Cédric Villani. Dans sa présentation du rapport devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques de l’Assemblée nationale jeudi 5 avril, le député a plaidé d’une manière générale pour un programme se résumant à deux mots dans ce domaine : « protéger et inciter ».

« La protection des données est indispensable. Mais une fois le filet de sécurité en place, il faut inciter au partage. Si l’État n’incite pas, en particulier dans les secteurs prioritaires, ce partage ne se fera pas spontanément et les logiques de silos perdureront » empêchant ainsi l’innovation en matière d’IA, a-t-il précisé. Dans son rapport, il plaide d’ailleurs pour la création de « biens communs de la donnée », c’est-à-dire des ressources dont « l’usage et la gouvernance sont définis par une communauté » et dans lequel l’État pourrait jouer le rôle essentiel de « tiers de confiance » pour favoriser la mutualisation.

« Lancer des démarches de rapprochement »

Un programme qui s’applique à l’agriculture. Il juge ainsi « crucial de mobiliser les données agricoles publiques et privées, ainsi que l’ensemble des données sur la chaîne agroalimentaire, note-t-il dans le rapport, avant de considérer une ouverture encore plus grande dans un second temps ». Cette mobilisation ne peut se faire que sur des données « exploitables et lisibles par tous ». D’où la nécessité de mettre en place rapidement un dialogue au sein de la filière pour arriver à la « mise en place de standards de données ouverts afin de favoriser une interopérabilité maximale ».

Les coopératives et les instituts techniques qui disposent des plus importantes bases de données doivent « initier cette démarche en se rapprochant des start-up innovantes en pointe sur les sujets clés pour l’agriculture » afin de « nourrir des participations plus décisives aux divers consortiums internationaux qui définissent déjà des standards ». À terme, cette mutualisation doit déboucher sur la mise en place « d’un guichet d’accès aux données ouvert au plus grand nombre d’acteurs » sur le modèle de l’AgGate proposé l’année dernière par l’Irstea.

Favoriser la participation des agriculteurs à des projets innovants

Cet accès élargi ne doit pas se faire aux dépens du « respect des droits individuels dont disposent les agriculteurs sur leurs données personnelles, éventuellement collectées et traitées par des tiers ». Cela peut passer par des démarches collectives de négociations sur les données des exploitations avec notamment la « possibilité pour les exploitants d’utiliser eux-mêmes les données non personnelles prélevées par des tiers mais générées par leur activité ». Ou la mise en place de chartes, à l’image de celle proposée par la FNSEA jeudi 5 mars. Autant d’actions qui nécessitent à plus long terme de repenser le rapport entre numérique et agriculture. La sensibilisation des acteurs agricoles « aux potentiels que recèle l’IA demeure insuffisante », insiste d’ailleurs le rapport.

Il voit ainsi comme une priorité le développement de la « maîtrise des fondamentaux de l’économie numérique et des technologies numériques dans la formation initiale et continue des agriculteurs ». Le mathématicien propose ainsi que l’État et l’Europe envisagent des actions « pour la libération du temps de travail improductif de l’exploitant et son redéploiement sur des actions à plus forte valeur ajoutée comme l’innovation ». Il évoque notamment la mise en place de remplacements « à des fins de formation ou de participation à des projets innovants ». Une manière de mieux autonomiser les agriculteurs par rapport aux collecteurs de données.

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