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La sur-mécanisation coûte cher au revenu en élevage... en bovin viande comme en bovin lait

Dans un contexte de crise structurelle et conjoncturelle, l’Institut de l’élevage et FranceAgriMer se sont penchés sur les caractéristiques des élevages les plus résilients en production bovine. La maîtrise des coûts de production, notamment de mécanisation, reste toujours l’un des leviers pour un meilleur revenu.

La sur-mécanisation en élevage est souvent liée à la recherche d'assurance de réaliser en temps et en heure les travaux.

Deux études, un même objectif : connaître les structures d’élevage d’avenir en lait comme en viande. FranceAgriMer a ainsi publié en octobre, une étude portant sur "les systèmes de productions d’avenir pour le lait de vache français" et l’Institut de l’élevage (Idele) a présenté dix ans d’analyse économique de systèmes de production en viande bovine, le 7 novembre.

Une constante…

Au final, une composante commune à ces deux études apparaît : le poids des charges de mécanisation dans les coûts de production. Une constante que l’on retrouve, année après année, au travers des données de CerFrance 71 comme de AS 71 dans leurs études de groupe respectives. Et cela grève le revenu des éleveurs.

« En moyenne, les charges de mécanisation sont de 80 €/1.000 litres et, pour 25 % des exploitations, elles sont même supérieures à 100 €/1.000 litres », selon FranceAgriMer. L’Institut de l’élevage note une hausse de +23 % des charges de mécanisation entre 2005 et 2015 dans les élevages bovin viande et, en parallèle, une baisse de -10 % du coût du travail.

Dans cette même période, dans ces systèmes de production, comme en production laitière, les structures se sont agrandies, avec des gains importants de productivité: +15 % de SAU, +15 % de surface fourragère principale, +16 de vêlages en dix ans, +5 % de production de viande vive par Unité de gros bovin (UGB).

Une sur-mécanisation d’assurance ?

« Les économies d’échelle attendues sont contrecarrées par les investissements en matériel », observe Philippe Dimon, chef de projet à l’Idele. « En cette période d’incertitudes économiques, il faut proscrire les stratégies fiscales s’appuyant sur un renouvellement trop rapide du matériel », observe de son côté FranceAgriMer. « Ainsi il convient de s’orienter vers de nouvelles techniques culturales et de réfléchir aux possibilités de réaménagements de parcellaires. Dans une exploitation laitière spécialisée, il est possible de travailler rationnellement avec moins de 2 chevaux par ha alors qu’il n’est pas rare de constater des puissances de 4 à 5 chevaux par ha ! ».

Philippe Dimon justifie cette sur-mécanisation par « une sorte d’assurance pour faire le travail ». Le montant élevé des charges de mécanisation dans l’analyse des coûts de production est donc encore aujourd’hui pointé du doigt comme facteur limitant la compétitivité des élevages.

Réfléchir à « une stratégie alimentaire » du troupeau

Les deux études mettent aussi en avant les charges liées à l’alimentation du troupeau, elles aussi en hausse : +29 % en dix ans en élevage bovin à viande.

« Il s’agit de définir une stratégie alimentaire et une stratégie fourragère cohérentes entre elles et avec les caractéristiques de l’exploitation », relève FranceAgriMer mais aussi Philippe Dimon. Ce dernier constate à ce sujet un recours accru, en dix ans, à l’achat de concentré (+30 % en dix ans chez les éleveurs naisseurs) et à l’utilisation « de l’enrubannage et de l’ensilage au détriment du foin ».

Les deux organismes se veulent positifs mais ne définissent pas clairement les systèmes de production d’avenir. FranceAgriMer note cependant que « pour tous les systèmes de production, la baisse du prix du lait est l’aléa le plus préjudiciable suivi par l’aléa climatique. L’efficience économique et la maîtrise de l’endettement permettent une meilleure résistance aux aléas ». Et de consacrer tout un chapitre sur l’importance des aspects humains sur l’exploitation, notamment dans la filière laitière du fait de l’astreinte inhérente à la traite.

Un salarié parfois moins cher qu’une nouvelle salle de traite

Dans le cas de l’installation d’une nouvelle salle de traite, « le coût de l’investissement supplémentaire pour réduire le temps de travail doit être inférieur au coût de celui-ci », relève FranceAgriMer dans une étude publiée en octobre sur les exploitations laitières de demain. Chiffres à l’appui, FranceAgriMer montre ainsi qu’il est parfois plus rentable de payer un salarié que d’investir dans une nouvelle salle de traite. Pour gagner 15 minutes de temps de travail, soit 183 heures/an, le coût d’un salarié couvrant ces heures serait de 2.400 € (salaires + charges - CICE) alors que l’investissement dans une nouvelle salle de traite (type TPA) serait de 3.400 € par an… Une approche encore peu courante, mais qui séduit, notamment à l’heure où les temps de travaux coupent de plus en plus nombre d’éleveurs de relations extraprofessionnelles.

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