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Lait : Vers un rétablissement de la production des pays exportateurs

Si la production mondiale de lait a augmenté de 12 millions de tonnes en 2016, ce n’est pas du fait des grands pays exportateurs, Union européenne en tête, qui ont marqué le pas en raison des stocks élevés et de prix peu incitatifs. Le rétablissement des cours et les signaux positifs de la demande devraient en revanche tirer la production à la hausse en 2017.

 

En 2016, la production mondiale de lait a progressé de + 1,1 %, soit 12 millions de tonnes (Mt) en plus par rapport à 2015. Néanmoins, cette croissance se situe principalement en Asie (+ 10 Mt), au plus près des besoins de la consommation. Les grands bassins d’exportations – Union européenne, Nouvelle-Zélande, Etats-Unis, Argentine, Australie – n’ont, à eux cinq, fourni que 400 000 tonnes supplémentaires. Une situation qui s’explique par des stocks élevés liés à une production supérieure à l’utilisation en 2014 et 2015, rappelle Gérard You, responsable du service Economie des filières à l’Institut de l’Elevage, lors de la journée sur les marchés mondiaux du lait organisée le 15 juin par l’Institut de l’élevage. En dépit de cette faible progression de la production, les échanges mondiaux ont augmenté de 1 Mt, pour un total de 66 Mt. La Nouvelle-Zélande, l’UE et les Etats-Unis réalisent 75 % des exportations. Les échanges de fromages ont progressé de 6 % à 2,35 Mt échanges, 50 % de plus qu’en 2006, pour une valeur qui représente 25 % de la valeur de l’ensemble des produits laitiers échangés. L’UE en fournit le tiers et conforte sa position de leader. Le beurre a également tiré cet accroissement des échanges avec + 3 % à 1 Mt, cinq pays réalisant 88 % des échanges, la Nouvelle-Zélande en tête. Les poudres de lait ont en revanche marqué le pas, - 2 % pour la poudre grasse, et - 5 % pour la poudre maigre (malgré des disponibilités en UE). La poudre de lactosérum, coproduit du fromage, est par ailleurs très demandée (+ 8 %, à 1,8 Mt).

Conjoncture plus favorable en 2017 

Avec une faible augmentation de la production en 2016 et 1,8 Mt déstockées, la dynamique s’avère aujourd’hui plus favorable au redressement des marchés. Ainsi, le cours du beurre de mai 2017 était supérieur de 90 % à celui de juin 2016 à 4 600 € la tonne, et les protéines laitières étaient en progression de 17 à 20 %. D’autant que les signaux sont positifs au niveau de la consommation, avec des échanges animés sur les protéines laitières et une forte demande sur le beurre. Cette dernière est en effet tirée par un changement des recommandations nutritionnelles, une modification des comportements des consommateurs ou de la restauration hors domicile (l’enseigne McDonald’s introduit notamment le beurre dans ses petits-déjeuners), mais également à la transformation qui utilise davantage le beurre au détriment de l’huile de palme très décriée. On peut s’attendre à une flambée des cours, car l’offre de beurre est limitée : les stocks sont très faibles dans l’UE, la production diminue en Nouvelle-Zélande, et la qualité des fourrages étant moindre en Europe cette année, il pourrait être difficile d’augmenter le taux de matière grasse du lait, explique Sophie Hélaine, de la DG Agri. Elle prévoit en 2017 une récupération des prix du lait liée à une hausse de la collecte saisonnière : une hausse des rendements est en effet prévue après les faibles rendements de 2016 liés à la stratégie de garder le cheptel pour reprendre la production au moment où les prix seront revus à la hausse. Les situations s’avèrent cependant contrastées en fonction des Etats membres. Au Pays-Bas, on s’attend par exemple à une baisse de la collecte (après une hausse de 7,5 % en 2016) en raison du programme d’abattage, décidé pour se mettre en conformité avec les normes d’émissions de phosphates. En Irlande, la collecte est de nouveau en forte hausse, tout comme en Pologne (+ 4 % sur la période janvier-avril 2017 par rapport à l’année précédente). L’Italie et l’Espagne, que l’on n’attendait pas il y a quelques années, devraient également voir leur collecte progresser respectivement de + 2 % et + 1 %.

Ce ne sont pas les droits de douane qui empêchent les échanges

Présentant un exposé sur les barrières aux échanges, Philippe Chotteau, de l’Institut de l’élevage, a conclu que « bien d‘autres critères que les tarifs douaniers expliquent la dynamique des échanges ». Avec la crise de l’OMC depuis 2008, les accords de libre-échange se multiplient avec une focalisation sur les droits de douane. Pourtant, les variations de taux de change ont un impact beaucoup plus fort que les barrières tarifaires, de même que les barrières réglementaires qui sont par exemple très fortes aux Etats-Unis, ou au Brésil (où même exporter du vin est compliqué par rapport aux exigences sanitaires), explique-t-il. Il est néanmoins beaucoup plus facile de négocier des droits de douane que de négocier le détail des réglementations sanitaires, techniques, etc. Ce qui se joue dans ces négociations tarifaires est surtout d’avoir un avantage comparatif par rapport aux autres concurrents.

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