Economie Viticulture

Brexit La nécessité d’avoir une vision à long terme

Le Conseil européen du 18 octobre devait traiter hier de la question du Brexit et, en théorie, parvenir à un accord de sortie du Royaume-Uni. La profession agricole, pour qui la Grande Bretagne constitue un débouché important, comptait bien alerter sur l’importance de ne pas conclure d’accord à n’importe quelle condition au risque de mettre en danger l’agriculture européenne à plus long terme.

Le Conseil européen du 18 octobre (veille de notre bouclage) devait en théorie boucler la négociation sur le Brexit. Cependant, il est peu probable qu’un accord soit trouvé, ce qui reporterait la conclusion des négociations à un prochain conseil en novembre ou en décembre. En l’absence de ratification d’un accord, c’est l’inconnu dès le 30 mars 2019, mais même avec un accord et une période de transition, le droit de l’Union Européenne cessera de s’appliquer au Royaume-Uni le 1er janvier 2021.

Le secteur agricole européen s’inquiète de la perte potentielle de débouchés vers le Royaume-Uni et du déséquilibre que cela provoquerait sur le marché intérieur. Le marché anglais est un débouché important pour les vins de Bourgogne. Pourtant, le pays aura besoin d’importer, car sa balance commerciale agroalimentaire est déficitaire, à hauteur de 11 milliards d’euros pour les produits agricoles et de 18 milliards pour les produits alimentaires. Dans son Livre blanc adopté en juillet, le Royaume-Uni souhaite un accord de libre-échange approfondi qui éviterait de prévoir des contrôles douaniers et réglementaires à la frontière, et qui intégrerait un règlement uniforme régissant les biens, dont ceux de l’agroalimentaire, tout en étant limité aux règles nécessaires pour favoriser le commerce sans friction à la frontière. Il ne couvrirait pas les normes de production non contrôlables à la frontière. Le Royaume-Uni demande aussi zéro tarif tous biens confondus.

Des lignes rouges pour l’agriculture

Des conditions qui, sous la pression du temps imparti pour conclure un accord et du risque de « no deal », pourraient être en partie acceptées. Elles soulèvent cependant un grand nombre de questions. Pour Arnold Puech d’Alissac, membre du bureau de la FNSEA, « on va rester dans un accord d’échange très fort avec le Royaume-Uni, mais il ne faut pas que la réglementation britannique diffère de la réglementation européenne ». Sinon, les britanniques auront la possibilité d’utiliser des techniques de production interdites dans l’Union Européenne, auront la possibilité de négocier des taux de douane différents pour importer des produits d’autres régions du monde, et pourront ainsi devenir « un hub, une plateforme d’importation pour ensuite inonder le marché européen », redoute-t-il.

La libre circulation des produits ne peut pas exister que dans un seul sens, explique-t-il, d’autant plus que les Anglais ont besoin de l’UE pour se nourrir et pour exporter 70 % de leur production. Parvenir à un accord est donc crucial : le Royaume-Uni, « c’est sept fois le débouché russe bloqué avec l’embargo il y a quatre an », rappelle Arnold Puech d’Alissac. Et en cas de « no deal », les infrastructures et les moyens humains ne sont pas disponibles pour contrôler systématiquement les frontières. « Un camion franchit la frontière UE/Royaume-Uni toutes les huit secondes. En cas d’accord préférentiel, on ne contrôle pas tous les camions, et on fait surtout beaucoup de contrôle papier en amont », souligne Arnold Puech d’Alissac. « On a tous besoin de cette période de transition, pour bâtir des entrepôts, embaucher des fonctionnaires pour les contrôles », indique-t-il. « C’est tout l’objet des négociations. Nous avons la volonté d’un accord, mais les propositions britanniques sont inacceptables », poursuit le responsable agricole qui estime que la situation serait acceptable à court terme, dans cette période de transition qui, en cas d’accord durerait du 1er avril 2019 jusqu’à fin 2020. A long terme, le risque est que le Royaume-Uni se transforme en plaque tournante du commerce agroalimentaire, en bénéficiant à la fois d’un accord préférentiel total et sans contrôle avec l’Union européenne, et d’un accès aux marchés mondiaux via des accords bilatéraux pour un approvisionnement à bas prix, avec la possibilité d’exporter vers l’UE des produits aux normes inférieures, à des prix inférieurs.

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