Elevage Pratique

Comment nourrir son troupeau en période de sécheresse ?

La chambre d’agriculture a organisé plusieurs réunions à destination des éleveurs du département pour tenter d’apporter des solutions face à la situation de sécheresse. Comment nourrir son troupeau, vers quel fourrage se tourner, comment gérer la prochaine campagne ? Trois des quatre réunions prévues se sont déroulées la semaine dernière, retour sur celle ayant eu lieu à la ferme expérimentale de Jalogny.

Philippe Saudin, directeur de Teol, et les membres de la Chambre d'agriculture, le président Christian Decerle, Jean-Luc Desbrosses, membre du bureau et le directeur David Barthe.

Si des épisodes de sécheresse ont déjà été traversés par le monde agricole, la situation actuelle est une première. La sécheresse arrivée tardivement entraine un passage sans rupture entre l’été et l’hiver, et donc sans repousse des prairies. Actuellement, les stocks de fourrage destinés à passer l’hiver sont déjà bien entamés et laissent craindre le pire à nombre d’exploitants.
Devant l’urgence de la situation et le caractère critique, les techniciens de la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire ont tenté d’apporter quelques solutions.

Premières actions sur le troupeau

En élevage bovins viande, parmi les actions à faire en priorité, il est conseiller de sevrer tous les animaux de 5-6 mois et d’un poids minimum de 200 kg. Détecter également toutes les vaches vides et les réformer rapidement en vue de maximiser le fourrage des animaux restants. Pour les vaches sur le point de vêler, les affourager raisonnablement mais en couvrant les besoins (énergie, azote, minéraux). Rapatrier les lots sur les parcelles les plus proches des bâtiments pour les affourager et ainsi laisser opérer au maximum la repousse sur les autres parcelles. Enfin, dresser l’inventaire des animaux à hiverner pour anticiper les besoins de fourrage.
À l’aide d’un tableau, quantifiez vos animaux de repousse et de finition et vos animaux d’élevage pour déterminer vos besoins totaux en tonnes de matière sèche.
En pratique, il convient d’alloter le troupeau par catégories animales et de caler les rations à leur donner en conséquence.

Le bilan fourrager

Une fois ces points sur le troupeau effectués, il convient de faire le bilan fourrager à la fois en quantité et en qualité. Le bilan quantitatif doit être le plus précis possible en procédant si nécessaire à la pesée de quelques bottes et en estimant au plus près le cubage des silos. Le bilan qualitatif est également primordial pour connaître la valeur nutritive du stock, en vue d’économiser le recours aux concentrés  et pour éviter tout problème sanitaire.
Partant de ces deux bilans (troupeau / fourrage), la comparaison des stocks et des besoins permet de déterminer votre situation.
Si le total des stocks est supérieur ou égal aux besoins des animaux, pas de problème il est conseillé d’équilibrer les rations avec des concentrés et de préférer le maïs ensilage pour les bovins en repousse ou en finition.
Si le total des stocks est inférieur aux besoins des animaux, déterminez le niveau de ce déficit grâce au calcul suivant : Déficit = [(stocks – besoins)/besoins]x100= … %.
Si ce déficit est entre 10 et 20 % des besoins, procédez à l’achat de fourrage ou recourez à des concentrés pour équilibrer les rations. Vous pouvez également opter pour une restriction des rations en fourrage grossier, pour couvrir 80 % de la capacité d’ingestion, la couverture du déficit étant assurée par des apports supplémentaires de concentrés.
Si le déficit est compris entre 20 et 40 % des besoins, l’achat de fourrage est obligatoire pour permettre de ramener le déficit fourrager à zéro, ou pour ramener le déficit entre 10 et 20 % en appliquant ensuite les solutions citées précédemment.
Au-delà de 40 %, il convient de contacter votre technicien conseil pour déterminer rapidement la stratégie à mettre en œuvre. Une telle situation mérite une réflexion pour les campagnes à venir sur la conduite générale du troupeau.

De façon générale, pour toute question ou besoin d’information, contactez votre technicien conseil.

Utilisation de la paille

Lorsque vous établissez votre bilan fourrager bien distinguer la paille réservée à l’alimentation à celle destinée à la litière. Pour cette dernière, les solutions de substitution sont diverses : sciure, paille de riz, dolomie, plaquette de bois (voir encadré), canne de maïs, etc.
Cependant aucune de ces alternatives n’est idéale, ne présentant pas la même capacité d’absorption ou la même innocuité ou facilité d’utilisation que la paille. Ces éléments peuvent être utilisés seuls ou en sous-couche avec de la paille.
Pour l’alimentation du troupeau, le recours à la paille a quelques limites : encombrante, pauvre, et peu digestive, la paille est à réserver aux animaux à forte capacité d’ingestion et à faible besoin. C’est-à-dire par ordre de priorité : les vaches avant vêlage, les vaches après vêlage, les génisses de deux ans. Leur ration sera rééquilibrée par un apport de concentrés. Il est préconisé d’éviter la paille sur les génisses de 1 an à faible capacité d’ingestion.
Pour les prochaines années, une réflexion peut être menée par chaque éleveur sur une relation contractualisée avec un céréalier pour bénéficier de sa paille.

Quid de la canne de maïs

Concernant la canne de maïs, son utilisation est surtout dépendante des conditions de récolte qui doivent être le plus sec possible et en respectant un temps de séchage d’un ou deux jours. À noter cependant la présence de cailloux et une partie de la tige délaissée par les animaux car trop dure. Utilisée en litière, le compostage est conseillé avant épandage sur les champs.

Conseil pour la distribution de nourriture

Une telle période est l’occasion de bien utiliser la mélangeuse en utilisant sa fonction pesage pour caler au plus près le plan d’alimentation à chaque lot d’animaux.
Si vous observez des animaux en train de manger leur litière, cela signifie qu’ils manquent de fibres.
Il est possible de descendre à 80 % de capacité d’ingestion (pour rappel, en 2003 certains éleveurs avaient dû descendre à 70 %), mais pour cela privilégier au maximum une distribution journalière, plutôt que tous les deux jours, car les études montrent que 70 % de la ration est consommée dès le premier jour, il en reste donc trop peu pour le second jour.
Enfin, il convient d’être vigilant lorsque le troupeau est nourri en plein air, le gaspillage est estimé à 25 % !

Préparation de la saison prochaine

La pluie restant espérée pour les jours à venir, il est donc conseillé de semer malgré tout en vue de la prochaine saison, cependant cela se limite au raygrass, aux céréales à ensiler et au méteil. Pour la fétuque et le dactyle, c’est en revanche trop tard.

Pour les ovins

Les agneaux de boucherie nés au printemps doivent être rentrés en bergerie et tondus pour les plus petits. Il convient de les alimenter avec de la paille et du concentré. Les agnelles de renouvellement peuvent quant à elles rester au pré mais doivent être complémentées, l’objectif est de leur assurer une croissance de 100 g/jour minimum.
Il faut identifier les femelles gestantes afin de diriger au mieux les rations de concentré.
Enfin, seules les brebis à mettre en lutte doivent faire l’objet d’un flushing.

Pour les équins

L’important est d’apporter quotidiennement aux chevaux de 15 à 18 % de cellulose brute dans leur ration, les fibres étant indispensables à leur digestion. Pour pallier le manque de fourrage habituel, il existe des co-produits et des sous-produits : pulpe de betterave déshydratée, pomme de terre, déchets de maïs doux surpressé, paille de pois, certains ensilages, certains aliments de substitution type mélange de luzerne et maïs, son de blé, coque de soja, etc.
Il faut impérativement respecter une période de transition (deux à trois semaines) avec l’aliment habituel.

La litière en bois plaquette

Une telle situation de sécheresse conduit à réfléchir à toutes les solutions envisageables. Dans cet optique, pourquoi ne pas utiliser le bois présent sur l’exploitation pour faire du bois plaquette à utiliser comme litière en lieu et place ou en complément de la paille.
Bien évidemment, cette solution n’est pas envisageable sur toutes les exploitations ou réglementairement possible. Toujours est-il que si le bois est valorisable, la Cuma Compost 71 dispose d’un grappin coupeur intervenant sur tout bois jusqu’à 45 cm de diamètre. Pour ce qui est de la déchiqueteuse, la Cuma a recours actuellement à celle de la Cuma Terr’eau de la Nièvre.
Pour cette année, l’utilisation du bois n’est plus possible car le délai de séchage est de 3,5 mois minimum. En revanche, la question se pose pour la prochaine saison et la fin de cet hiver, et il peut être intéressant de valoriser le bois présent en programmant une coupe de bois d’année en année.
Les plaquettes de bois de 3 cm sont à utiliser en couche de 6 à 8 cm, permettant d’économiser 15 jours de paillage.
Conseil pour les petits veaux : les plaquettes bois étant plus froide que la paille, il convient de rajouter systématiquement une couche de paille dans leur case.
Pour avoir une idée du coût, le prix moyen des chantiers (coupe + déchiquetage) effectués en 2017 a été de 10,43 € le mètre cube apparent plaquettes (MAP), en sachant que l’on compte 4 MAP secs pour une tonne de paille. Cela revient à 42 € équivalent tonne de paille.
Plus d’infos sur www.cuma-compost71.fr

Disponibilité des fourrages sur le marché

Le directeur de Teol, la coopérative Terre d’élevage d’origine et de liberté, a fait le point sur l’ensemble des fourrages disponibles. Le bilan n’est pas très encourageant, car si les besoins sont énormes, les disponibilités sont très limitées.
Au niveau de la pulpe de betteraves, ce n’est que le début de la récolte, mais il semble que la récolte ne sera que de 70 %, soit un manque de 30 %, d’ores et déjà redouté.
Sur les produits cellulosiques, les issues de céréales, le son, le corn gluten, le drèche de blé, etc. les disponibilités sont limitées et les prix augmentent.
Il n’y a aucune disponibilité sur la luzerne.
La chambre d’agriculture s’est également rapprochée de la distillerie du Beaujolais dans le but de recourir au marc de raisin (privilégier celui du raisin rouge). Si des milliers de tonnes sont disponibles, la valeur nutritive n’est cependant pas très élevée, en dessous de celle de la paille.

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