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Face aux attaques et menaces, les filières viandes veulent être entendus

Le collectif pour la défense de l’élevage traditionnel français et pour ses filières, créé dans la Loire fin septembre, a franchi lundi un nouveau pas avec le ralliement de plusieurs départements voisins.

Des représentants de la filière viande des départements du Rhône, de l’Allier et de Saône-et-Loire ont signé le manifeste.

Le 26 septembre a été créé dans la Loire le collectif pour la défense de l’élevage traditionnel français, de la bientraitance des animaux, de la boucherie, de la charcuterie et de la consommation de viande et des produits laitiers, regroupant une cinquante de représentants de structures départementales des filières viande et lait. Ils avaient signé un manifeste pour alerter les pouvoirs publics sur la situation que vivent actuellement les professionnels de ces filières, devant faire face à de nombreuses attaques - légales et illégales - de groupuscules défendant des idées antispécistes.

Pour élargir cette démarche, à l’initiative du président de la Chambre d’agriculture de la Loire, Raymond Vial, les représentants des filières animales des départements voisins de Loire avaient été conviés, lundi 15 octobre en fin de journée à Saint-Priest-en-Jarez, pour un temps d’échange avec le Préfet de la Loire, Evence Richard. L’objectif est que cette démarche se développe dans les départements d’Auvergne-Rhône-Alpes et de Bourgogne-Franche-Comté, et plus largement dans toute la France.

Ainsi, ils étaient nombreux du Rhône, de Saône-et-Loire et de l’Allier à avoir fait le déplacement dans la Loire pour porter auprès du préfet leurs vécus, leurs craintes, leurs revendications… et surtout leur exaspération, et pour signer le manifeste. Eleveurs, associations et groupements d’éleveurs, marchés aux bestiaux, abattoirs, intermédiaires, bouchers… sont tous concernés par des menaces et des attaques, que ce soit à l’encontre de leur établissement ou directement de leur personne et de leur famille, proférées par des associations antispecistes.

Tous demandent que l’Etat prenne conscience de cette situation, et que le Préfet de la Loire soit leur relais. « L’action est partie de la Loire. Monsieur le Préfet, vous devez nous soutenir », insistait Raymond Vial. « Le rôle des préfet est aussi d’être au plus près des acteurs économiques, d’écouter et de relayer farouchement auprès des plus hautes sphères, qui, semble-t-il, ne comprennent pas ce qu’il se passe réellement sur le terrain », intervenait Christian Decerle, président de la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire.

Tous concernés

« Les abattoirs de Sicarev sont régulièrement victimes de visites malveillantes, de propos haineux, rappelaient ses dirigeants. Nous avons été victimes d’un incendie il y a deux ans. Nous recevons des dizaines de courriers de menace. Neuf plaintes ont été déposées, elles ont toutes été classées sans suite, sauf une, où une condamnation à verser 300 euros a été prononcée. C’est anormal que de tels propos et actions restent impunis. Il ne faut pas aller plus loin que ce qu’il s’est produit pour l’abattoir Gesler. Nous respectons ceux qui ne mangent pas de viande, à eux de respecter nos professions. Les salariés viennent travailler avec la peur au ventre ». C’est ce que confirmait le représentant des salariés de la Stéphanoise d’abattage. « Nous sommes victimes de propos racistes. Nous devons être escortés par les CRS pour aller travailler. C’est le monde à l’envers ! »

De nombreux autres abattoirs font l’objet de menaces, tout comme les bouchers, ou encore le marché aux bestiaux de Saint-Christophe, et certains éleveurs qui expliquent sur les réseaux sociaux en quoi consiste leur métier… Les coopératives d’insémination, à travers leur structure nationale Alice, font elles aussi l’objet d’accusations.

Ainsi, au cours de la réunion, il a été demandé à plusieurs reprises que les associations « qui attisent la haine, qui incitent à la violence… » soient dissoutes. Autre demande : que justice soit faite. « Il ne peut pas y avoir « deux poids deux mesures » » : que le syndicalisme soit convoqué par la justice plusieurs années après avoir déversé du fumier devant un grande surface, ou qu’un agriculteur ayant creusé un fossé à 43 cm au lieu de 40 soit condamné à payer une amende, et qu’en même temps les personnes qui s’enchainent dans les bouveries des abattoirs ou profèrent des propos de haine et antisémites ne soient pas condamnées. Clairement, la filière demande que ces mouvements antispecistes soient stoppés, que les moyens nécessaires soient mis, que le président de la République fasse des annonces allant dans ce sens. « Le monde rural a cruellement besoin d’être entendu et respecté », insistait Christian Decerle.

Un cadre juridique à faire évoluer ?

Le Préfet de la Loire a tenu à rappeler qu’il n’a « jamais esquivé ses responsabilités » face au monde agricole et aux manifestants. Il a affirmé qu’il est conscient des difficultés vécues par la filière et des conséquences engendrées, et qu’il n’a pas attendu cette rencontre pour faire remonter les informations à Paris. Néanmoins, il a précisé qu’il n’a pas d’influence dans les autres départements, qu’il ne peut pas se prononcer à la place de la justice et que « dissoudre une association ne se fait pas comme cela, il faut respecter le cadre juridique ».

Pour lui, le sujet du mouvement antispeciste se traite à plusieurs niveaux. Tout d’abord d’anticipation. « Il faut avoir conscience que la société a évolué, il existe une réelle coupure entre le monde citadin et le monde rural, les consommateurs ne font plus le lien entre ce qu’ils ont dans leur assiette et le travail réalisé avant. Les végétariens ont toujours existé, mais désormais nous avons affaire à des militants de fond, qui utilisent d’autres moyens, et l’anticipation pour les services de l’Etat est difficile. Mais ce n’est pas parce que c’est difficile que nous renonçons à surveiller. Si nous avons des informations, nous ne laissons pas faire, en fonction de ce que le cadre légal permet ». Ensuite, le Préfet de la Loire recommande de porter systématiquement plainte, que ce soit pour des intrusions, des menaces, des insultes, et des dommages. « Il ne faut pas désespérer de la justice. » Puis, Evence Richard estime qu’il faut « avoir une réflexion sur l’adéquation entre le droit et ces situations ». Peut-être faut-il faire évoluer la loi.

Des craintes

La crainte de tous est que, si des décisions ne sont pas prises, la situation déborde, aille à l’affrontement, que les agriculteurs ou les salariés se fassent justice eux mêmes, et qu’il y ait un drame. Les responsables syndicaux assurent que pour l’instant ils ont réussi à tenir les troupes, « mais, cela ne peut pas durer longtemps. Nous sommes à la veille d’avoir des morts. » « Actuellement, les éleveurs font face à la sécheresse et font tout pour trouver de la nourriture pour leurs animaux. » A cette situation viennent s’ajouter les attaques, les menaces, les humiliations. « Il y a un sentiment d’exaspération, on arrivera à de la violence. »

Les professionnels de la filière craignent également des pénuries de main d’œuvre. Le recrutement se fait déjà de plus en plus difficile. Tout un pan de l’économie française est ainsi menacé. Ils sont plusieurs à s’interroger : « Qu’est ce que l’Etat veut faire de cette filière ? Si on ne veut plus d’élevage en France, il faut nous le dire clairement ! ».

Pour Christian Decerle, « il faut unir nos force, de la production à la distribution. Nous devons aussi structurer la défense, mettre plus de méthode, des moyens, des compétences, avoir de grandes voix pour faire comprendre l’économie rurale dans les hautes sphères ».

Lucie Grolleau Frécon

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