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Des propositions concrètes pour une meilleure reconnaissance des « femmes » dans le monde agricole

Dans un rapport présenté le 12 juillet, la délégation sénatoriale aux droits des femmes a présenté 40 propositions pour améliorer les conditions de vie, la reconnaissance du travail et la représentativité des agricultrices.

Si la moindre visibilité du travail des femmes est transversale à tous les domaines de la société, « dans l’agriculture, ce que nous avons découvert va au-delà de ce que nous pressentions », explique Brigitte Gonthier-Maurin, vice-présidente de la délégation aux droits des femmes au Sénat, évoquant « la passion, l’engagement » de ces femmes « qui n’ont pas les moyens d’avoir un revenu décent, d’avoir une retraite décente, pas les moyens de la dignité, or elles contribuent à faire vivre l’humanité ». C’est pourquoi l’objectif du rapport d’information de la délégation, « Femmes et agriculture : pour l’égalité dans les territoires », présenté le 12 juillet, est avant tout de démontrer en quoi la reconnaissance des femmes en agriculture serait un progrès pour toute la société. Il ressort en effet, après l’audition de plus de 80 agricultrices, que les femmes qui s’installent ont des trajectoires différentes. Plus fréquemment que leurs homologues masculins, les agricultrices sont en effet à l’origine de la diversification sur les exploitations, elles pratiquent la vente directe, l’agrotourisme, et l’agriculture biologique, répondant davantage aux attentes sociétales. Néanmoins, au sein d’une profession déjà en manque de reconnaissance, les femmes sont confrontées à des difficultés propres à leur genre, que les 40 propositions du rapport tentent de contrebalancer.

Difficultés d’accès au métier

Dans un contexte général de crise agricole, les agricultrices doivent en effet composer avec un accès plus difficile aux capitaux et aux terres agricoles, d’autant plus qu’elles ne sont pas toujours éligibles aux aides à l’installation. Elles s’installent souvent plus tard que les hommes, sur des surfaces plus petites, compte-tenu de leur difficulté à accéder au foncier. Le rapport propose ainsi de moduler le critère de surface minimale d’exploitation pour l’obtention de la DJA et de remplacer le critère d’âge limite par un critère fondé sur la notion de première installation. Ces difficultés commencent dès la formation, où les jeunes filles s’orientent moins dans le domaine de la production. Celles qui le font relatent par ailleurs des difficultés à trouver un stage. La délégation préconise de mettre en place des ateliers d’initiation à la conduite et à la maintenance des matériels agricoles et, plus globalement, incite à mieux prendre en compte la féminisation de la profession agricole. En effet, certains locaux de formation sont encore inadaptés à la présence de filles, tout comme l’ergonomie des matériels agricoles, et les agricultrices ont exprimé des besoins vis-à-vis de vêtements professionnels qui seraient mieux conçus pour elles.

Statut et retraites

« Il reste encore trop d’agricultrices sans statut », relève Françoise Laborde, co-rapporteur du texte. Un recensement de ces femmes est recommandé pour leur expliquer les risques liés à cette situation, notamment en cas de divorce. De plus, le rapport préconise de rendre transitoire -par exemple pendant cinq ans- le statut de conjoint collaborateur, qui n’offre pas une pleine reconnaissance professionnelle. Parfois, ce choix de ne pas cotiser est lié à la faiblesse des revenus sur l’exploitation. La délégation aimerait, pour aider les exploitants en difficulté, qu’une réflexion sur l’adaptation et la simplification des demandes de RSA et de primes d’activités soit menée. Faute d’avoir cotisé suffisamment pour un statut, les agricultrices bénéficient de retraites parmi les plus faibles de France. La délégation demande donc à ce que les retraites agricoles ne soient pas inférieures au minimum vieillesse et propose de nouvelles méthodes de calcul, comme ne prendre en compte que les 25 meilleures années.

Remplacement

Autre difficulté spécifique aux agricultrices, l’articulation des temps. Seulement 58 % des agricultrices ont recours au congé maternité, notamment en raison d’une information insuffisante concernant leurs droits et les possibilités de recours au service de remplacement. Par ailleurs, la question de la garde des enfants se pose également de façon plus aiguë en milieu rural, où les structures d’accueil sont peu nombreuses et inadaptées au rythme de travail des agricultrices. La délégation encourage ainsi le développement de politiques enfance/jeunesse, qui proposeraient également des activités culturelles et sportives pour enfants et adolescents. Elle a par ailleurs réfléchi à l’extension du dispositif de remplacement en cas d’enfants malades. A noter que la difficulté à faire garder les enfants mais également à se faire remplacer est souvent un frein pour l’engagement des agricultrices au sein d’instances professionnelles. Sur ce dernier point, la délégation fait aussi des propositions en faveur d’une meilleure représentativité des agricultrices : instaurer une proportion minimale d’un tiers de femmes dans les instances dirigeantes des chambres d’agriculture, dans les membres des syndicats, ou dans la gouvernance des coopératives agricoles. « Parce que le bien-être des agricultrices sera aussi celui des agriculteurs et celui des habitants en milieu rural », conclut Brigitte Gonthier-Maurin.