Elevage Culture

Cultiver des betteraves fourragères pour des allaitantes

A Beaubery, Christian Terrier cultive des betteraves fourragères pour son troupeau de vaches allaitantes. En dépit d’être une culture technique et exigeante, la betterave se révèle une excellente source alimentaire pour les animaux.

La culture de betteraves fourragères est tout à fait possible sur des terrains séchants et granitiques. Les sols filtrants sont même un avantage pour la récolte de fin octobre.

Durant l’hiver 2016-2017, des fourrages de mauvaise qualité s’étaient soldés par un manque de sucres solubles dans la ration des animaux de l’EARL de Souvignes. Cette carence, décelée par le vétérinaire-nutritionniste de l’exploitation, avait obligé Christian Terrier à acheter pour 4.000 € de pulpes d’oranges à donner à ses bovins. Une dépense qui lui a donné l’idée de cultiver des betteraves fourragères. Les premières betteraves ont été semées au printemps 2017. Faute d’expérience pour cette culture nouvelle et très exigeante, une qualité de semis hétérogène, une mauvaise levée et des problèmes de désherbage n’ont pas permis d’atteindre pleinement les objectifs attendus. Mais l’éleveur a tout de même récolté 70 tonnes de betteraves par hectare à 12 tonnes de matière sèche par hectare, rapporte son conseiller Christophe Sudraud. Pour la récolte, l’agriculteur est allé acheter une arracheuse d’occasion en Allemagne. Les betteraves arrachées en octobre ont été stockées en tas sous un hangar. Pour les isoler du froid hivernal, Christian a empilé des murs de paille de part et d’autre du tas. Lorsque les températures descendent en dessous de zéro, l’éleveur recouvre le tas de paille.

Ne se voyant pas distribuer 70 tonnes de betteraves à la main, Christian s’est équipé d’un godet distributeur d’occasion d’une valeur de 900 €. Le vendeur franc-comtois cédait également un semoir monograine spécial betteraves à 45 cm d’écartement. Christian l’a acquis pour 1.500 €.

Implantation délicate

Cette année, l’agriculteur a semé de nouveau 1,5 hectares de betteraves fourragères. La culture a pris place sur un précédent de prairie. L’éleveur a réalisé un sursemis de méteil à l’automne, « pour augmenter la dynamique du sol et le volume racinaire ». Vingt tonnes de compost par hectare ont été épandus avant l’hiver puis de nouveau vingt tonnes au printemps. La prairie sursemée de méteil a alors été pâturée avant d’être détruite au glyphosate puis fertilisée avec du compost avant d’être labourée assez superficiellement. Deux passages de herse rotative et un roulage ont été nécessaires pour bien émietter et rappuyer la terre. La graine de betterave étant très petite, il lui faut une terre très fine pour un contact sol/graine parfait, précise Christophe Sudraud. Réalisé fin avril (la température du sol doit atteindre 10-12 degrés pour une sortie de terre la plus rapide possible), le semis a nécessité un enrobage des graines à la silice pour plus de vigueur au démarrage, indique l’expert.

Maîtriser les mauvaises herbes

La maitrise des mauvaises herbes est délicate en betteraves. Sur plantule jeune, il faut compter jusqu’à 4 désherbages à raison d’une intervention tous les dix jours en cas de besoin, indiquent les intéressés. Pour limiter l’emploi d’herbicide, Christian s’est équipé d’une bineuse d’occasion. Le binage devant intervenir en alternance avec le désherbage chimique. De la silice et du bore sont apportés lors du dernier passage de pulvérisateur. Le bore permet de lutter contre la maladie du cœur noir, signalent les experts.

Cette année, la levée des betteraves a été régulière. Avec 110.000 graines semées par hectare, l’agriculteur peut s’attendre à 80.000 betteraves/ha soit 120 tonnes, calcule Christophe Sudraud.

Mieux qu’une pulpe ou qu’un maïs

Pour les vétérinaires de Scaner, la betterave fourragère est très intéressante en élevage. Riche en sucres et en énergie, elle favorise la production laitière des vaches et leur procure un impact bénéfique sur la santé grâce à leur bonne teneur en eau végétale. Pour avoir réalisé de nombreuses analyses et observé le jus de rumen au microscope, les vétérinaires Christophe Sudraud et Pierre-Yves Grivaud ont constaté un meilleur fonctionnement du rumen avec des micro-organismes plus nombreux et plus actifs. Christian Terrier confirme que ses vaches nourries à la betterave étaient en meilleur état et même la reproduction s’en est ressentie avec moins de vaches vides. La betterave se révèle par ailleurs très appétente, complète l’éleveur. Pour Christophe Sudraud, bien mieux qu’une pulpe qui demeure un sous-produit et plus riche en UF qu’un maïs, la betterave est l’unité fourragère la moins chère à produire et ce malgré un coût à l’hectare élevé, précise-t-il.

Comme les terrains de Beaubery le prouvent, la culture est tout à fait possible sur des terrains séchants et granitiques. Les sols filtrants sont même un avantage pour la récolte de fin octobre, à l’optimum de rendement.

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