Elevage Pratique

Finir des charolais à l’herbe, rien qu’à l’herbe !

Dans le Charolais, Guillaume Mateuil parvient à engraisser des femelles à l’herbe quasiment sans concentré. Une pratique que les Chambres d’agriculture de la Saône-et-Loire et de la Nièvre ont tenu à faire partager le 5 juillet dernier en présence d’une soixantaine d’éleveurs des deux départements.

Econome, la finition à l’herbe intéresse les éleveurs. Pour preuve, ils étaient une soixantaine à avoir répondu à l’invitation des Chambre d’agriculture le 5 juillet dernier à Oudry.

Le 5 juillet dernier, les Chambres d’agriculture de la Saône-et-Loire et de la Nièvre avaient organisé une visite d’élevage à Oudry sur l’exploitation de Guillaume Mateuil. Le thème de la réunion était la finition de femelles au pâturage. Une pratique expérimentée depuis des années à la Ferme de Jalogny et adoptée par un certain nombre d’élevages dont celui de Guillaume Mateuil. Basée sur le pâturage tournant et l’optimisation de la consommation d’herbe fraîche riche en énergie et protéine, cette finition peut s’avérer très économe en dispensant, dans certains cas, de complémentation de concentrés.

Herbe pâturée entre 6 et 12 cm de hauteur

Sur son exploitation de 125 hectares toute en herbe, Guillaume Mateuil élève un troupeau charolais de 70 vêlages. Les mâles sont vendus en majorité en reproducteurs et les femelles qui ne sont pas valorisées en reproductrices sont engraissées au pré. Sur un système historiquement extensif, la famille Mateuil a toujours connu « une période au printemps où on se fait gagner par l’herbe », confie Guillaume. C’est ce qui a conduit son père à pratiquer le pâturage tournant dès 1972, « pour maîtriser la pousse au printemps ».

Les premiers lâchers d’animaux se font dès la fin du mois de février. « Car plus on lâche tôt, meilleures sont les croissances », fait remarquer l’éleveur. Et les lots ont droit à une hauteur d’herbe comprise entre 12 et 6 cm, là où la valeur alimentaire est la meilleure, fait valoir Guillaume qui précise qu’il ne faut pas sortir les animaux en dessous de 5 cm de hauteur d’herbe. « Car un centimètre de trop, c’est une semaine de pousse de perdue », a-t-il appris lors de sa formation Herbe dispensée par la Chambre d’agriculture 71.

Pas de concentrés

Seules les bêtes hors norme destinées au Festival du Bœuf reçoivent une petite complémentation. Les autres - dont celles qui sont valorisées en filière AOP Bœuf de Charolles - sont finies uniquement avec l’herbe pâturée de printemps. « Les vaches vont chercher leur concentré dans l’herbe. Sans aliment, je perds peut-être quelques kilos à la fin. Mais ce qui compte pour moi ce sont les économies de charges. Et puis, pour mes bêtes AOC valorisées auprès d’un artisan boucher, j’ai de très bons retours. Leur état d’engraissement est toujours noté en 3 », fait valoir Guillaume. Les poids de carcasse des vaches finies à l’herbe ont donné 483 kg en 2016-2017 et 515 kg en 2017-2018. Classées pour la plupart U 3, R 3, elles ont été valorisées 4,01 et 4,14 € le kilo de carcasse. Les génisses ont quant à elles donné 479 et 426 kilos de carcasse pour des conformations similaires et des valorisations de 4,53 et 4,40 € le kilo de carcasse. Outre l’AOP, ces animaux ont également été valorisés en filière label Rouge.

Des lots qui tournent sur 7-8 parcelles

Cette année, les femelles en finition (8 génisses de 30 mois + 5 vaches de réforme) sont conduites sur 22 hectares de pâturage tournant. Cette surface se décompose en 8 parcelles dont une de 5 ha réservées dans un premier temps à la fauche. Les 13 femelles en finition effectuent une première rotation sur ces parcelles. Elles sont suivies par un lot de 24 vaches suitées. Après cette seconde rotation, l’éleveur broie toute la surface pour éliminer les refus. Un moyen de garantir une herbe plus régulière et de qualité, fait-il valoir.

Guillaume Mateuil souligne l’importance de l’entretien des prairies pour la qualité de l’herbe. Outre le broyage annuel des refus, il apporte du fumier de ferme à raison de 10 tonnes par hectare surtout sur les surfaces fauchées. Un bon moyen de favoriser la part des légumineuses. Il apporte également de l’engrais.

De bonnes croissances

Avec son conseiller d’Alsoni Arnaud Godard, Guillaume Mateuil a pu mesurer les croissances réalisées par ses animaux à l’herbe. Vaches, génisses, mâles et femelles ont été pesés tous les mois durant la période de pâturage. Des prélèvements d’herbe mensuels ont également été effectués.

Mis à l’herbe mi-mars avec du foin au râtelier pour la transition, les animaux ont été pesés fin avril, fin mai et fin juin. Sur cette période, les vaches ont pris près de 1.200 grammes par jour et les génisses 1.360 g avec une herbe relativement riche en matière azotée (jusqu’à 24%). « C’est en avril mai que les croissances sont les meilleures », constate Arnaud Godard qui note que les veaux de l’élevage réalisent de bons niveaux de croissance depuis leur naissance.

Des viandes plus riches en oméga 3, vitamine E et sélénium

Les viandes issues de bovins engraissés à l’herbe ont l’avantage d’être plus riches en acides gras oméga 3, pointait le responsable de la ferme de Jalogny, Julien Renon. Un argument santé qui s’ajoute au fait d’être naturellement plus riche en vitamine E et en sélénium, d’où une meilleure tenue à l’étale, faisait valoir le technicien. Le carotène, naturellement présent dans l’herbe de printemps, a tendance à colorer le gras des viandes en jaune. Une coloration pas forcément bien perçue par le consommateur alors qu’elle est pourtant un indice du passé herbager de l’animal, faisait remarquer Julien Renon.

Finition à l’herbe : ce qu’il faut retenir

Pour une finition à l’herbe, « il faut lâcher des vaches vides et sans veau. Et des vaches reposées pour qu’elles puissent prendre du poids rapidement. Elles ne doivent souffrir ni de boiterie ni de parasitisme », recommande Sarah Besombes, conseillère à la Chambre d’agriculture de Saône-et-Loire. Les vaches en question ne doivent pas être trop maigres. Une note d’état inférieure à 2 entrainera une finition plus longue, souligne la technicienne. La mise à l’herbe doit être précoce (environ 300 degrés) et le pâturage tournant maîtrisé. La parcelle doit contenir des légumineuses dans son couvert. 5 à 7 paddocks sont nécessaires pour assurer les rotations. Les conseillers recommandent de « se fixer un objectif de vache tuable atteignable avec un état corporel supérieur ou égal à 3 ».

Des concentrés pour corriger malgré tout

Si l’herbe doit être la base de la finition, les experts reconnaissent « qu’un apport de 100 à 200 kg de concentrés reste souvent nécessaire pour corriger un déficit ou un déséquilibre ». D’avril à mai, l’excès de protéines et la pauvreté en fibre de l’herbe riche peut induire une distribution de céréales et de foins fibreux afin de freiner le transit. En juin, avec une herbe plus équilibrée, il convient de veiller à ce que la quantité d’herbe disponible ne soit pas pénalisante. Fin juin, la baisse de la quantité et de la qualité de l’herbe oblige à augmenter la quantité de céréales et à l’introduction d’une source de protéines, recommande Sarah Besombes.

Dans tous les cas, la question préalable à tout engraissement à l’herbe est de savoir si les stocks hivernaux sont assurés et que les parcelles de pâturage consacrées au troupeau d’élevage ne soient pas mises en péril. C’est cette couverture des besoins de stocks fourragers hivernaux qui permet de décider si l’on peut engraisser des animaux à l’herbe ou pas, met en garde Julien Renon.

Services

Recevoir la newsletter