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Pour la fédération départementale des chasseurs, le temps du dialogue et de la fermeté est venu

Présidente de la fédération départementale des chasseurs depuis le mois de février, Evelyne Guillon a pris en main les dossiers avec une détermination inédite. Sa volonté de s’entendre avec le monde agricole et sa fermeté face à ses troupes devraient permettre une réponse adaptée aux dégâts liés à la faune sauvage.

Evelyne Guillon, présidente de la fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire et Vincent Augagneur, directeur. Le département compte environ 12.500 chasseurs, un effectif en baisse de 2% par rapport à la saison précédente.

L’année écoulée a été marquée par du changement à la tête de la fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire (FDC 71). Depuis le mois de février dernier, Evelyne Guillon est la nouvelle présidente de la FDC 71 et Vincent Augagneur en est devenu le directeur en octobre 2018. Ce nouvel exécutif a immédiatement du affronter les dossiers épineux que constituent les dégâts de gibier, ragondins et autres enjeux cynégétiques liés au monde agricole.

Cette prise de fonction est en effet intervenue à une saison où les dégâts dus aux populations de sangliers continuaient d’exploser dans le département. De 550.000 € de dégâts indemnisés sur la saison 2017-2018, la facture dépasse les 700.000 € sur 2018-2019 (clôture au 30 juin). Un montant parmi les plus élevés depuis 1998. Plus de 10.000 attributions de prélèvements ont été délivrées pour la saison 2018-2019 pour lesquelles 6.900 sangliers ont été prélevés soit 900 de plus que la saison précédente. Pour Evelyne Guillon, ces chiffres trahissent sans ambiguïté « une surpopulation de sangliers ».

Avec les sangliers, pas de quartier !

Un constat alarmant qui justifie « d’actionner, pour la première fois, tous les leviers en notre possession pour faire baisser ces populations ». Et la présidente d’énumérer ces leviers les uns après les autres : réunion des estimateurs pour recaler les choses ; encourager les tirs d’été à l’affût – peu pratiqués en Saône-et-Loire et pourtant efficaces contre les dégâts ; établir des conventions triparties entre agriculteurs/chasseurs/fédération afin que l’agriculteur s’engage à signaler chaque dégât au responsable de chasse de son territoire ; faire des battues sur les espaces peu ou pas chassés. « Nous allons mobiliser tous nos chasseurs afin d’accentuer la pression de chasse en cours de saison », indique Vincent Augagneur. La FDC 71 suivra les chiffres mois par mois et la présidente promet de ne pas lâcher la pression, quitte à « faire payer ceux qui ne jouent pas le jeu », affirme-t-elle.

Les nouvelles mesures de l’arrêté d’ouverture autorisent la chasse tous les jours et lèvent toute consigne de tir, fait valoir le directeur. La fédération n’exclut pas de recourir à des battues administratives à l’aide des lieutenants de louveterie, complète Evelyne Guillon.

Le fléau des dégâts de corvidés…

Le printemps passé a été marqué par une recrudescence de dégâts de corvidés sur les semis de maïs notamment. Un sujet qui a également mobilisé la fédération des chasseurs dont la présidente affiche, là aussi, sa grande détermination. Son ambition : « mobiliser dans ce grand combat que constituent les nuisibles ». Avec cet enjeu crucial de défendre le maintien de ces derniers dans « la liste des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts ou ESOD ». Car d’année en année, le plaidoyer se complique pour inscrire ou maintenir une espèce dans cette précieuse liste. D’ailleurs, le simple fait d’avoir substitué au qualificatif « nuisible » une expression beaucoup plus ambigüe « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts » trahit bien les orientations prises par la législation… En première ligne sur le sujet, la FDC 71 a réussi à ce qu’en Saône-et-Loire la liste des « ESOD » soit inchangée par rapport à la saison précédente. D’autres départements ont vu cette liste perdre des espèces, signale Evelyne Guillon qui estime que si « demain, le corbeau n’y figurait plus, alors ce serait une catastrophe pour les cultures ! ».

Les agriculteurs et les jeunes à la rescousse !

Dans ce combat, la profession agricole est appelée à la rescousse. « Le monde agricole ne s’investit pas assez dans la lutte contre les nuisibles », estime la présidente qui incite les agriculteurs à déclarer tous les dégâts à la fédération des chasseurs. Car c’est à partir de ces données recueillies que la FDC 71 étaye ses dossiers pour le maintien d’une espèce en « ESOD » (lire encadré).

Mais la présidente va plus loin avec le projet de faire passer le permis de chasser aux agriculteurs. Car pour elle, il faut que les agriculteurs eux-mêmes puissent participer à la régulation de ces nuisibles. Par tir ou par piégeage. D’ici la fin de l’année, Evelyne Guillon s’est donnée comme objectif de créer un partenariat avec les jeunes agriculteurs et les jeunes chasseurs. Il s’agirait de les encourager à prendre leur permis de chasser en commençant par la régulation des corvidés. La démarche serait proposée aussi à la FDSEA et à la Chambre d’agriculture, indique la présidente de la FDC.

« Prestataire de service pour les ragondins »

Autre sujet très lié au monde agricole : le ragondin. Sur cette question, Evelyne Guillon revendique là encore une position ferme. Le monde de la chasse peut en effet réguler les populations de ragondins. Mais pour cette espèce qui n’a pas d’impact cynégétique à proprement parler, les chasseurs interviennent à leurs frais, fait remarquer la présidente. Aussi, la fédération envisage-t-elle de « mettre en place des conventions avec les intercommunalités ou d’autres collectivités, de sorte que tout le monde mette la main à la poche », argumente la présidente. L’objectif est de simplifier le système et que la FDC 71 devienne « prestataire de service » en se voyant indemniser pour ce travail d’utilité publique, explique Vincent Augagneur.

Faisant montre de beaucoup de fermeté mais sans rechigner à affronter les réalités du terrain, la nouvelle présidente de la FDC 71 affiche une volonté constructive avec les agriculteurs. « Nous avons tout pour nous entendre », résume-t-elle. Son projet avec les jeunes chasseurs et les JA va dans ce sens de recréer des liens entre les deux. « Un pari sur l’avenir », conclut-elle.

Evelyne Guillon, première femme à la présidence d’une fédération

Présidente de la fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire depuis le mois de février dernier, Evelyne Guillon est la première femme en France élue à la tête d’une fédération. Devenue administratrice en 1994 sous la présidence de Pierre Daillant, elle était déjà la première femme en France à être nommée administratrice d’une fédération de chasseurs. Elle en fut vice-présidente jusqu’en février dernier, date à laquelle a succédé à Jacques Pelus. Passionnée de chasse depuis son plus jeune âge, la nouvelle représentante des chasseurs de Saône-et-Loire est originaire de Verzé dans le Mâconnais. Demeurant aujourd’hui à Ouroux-sur-Saône, Evelyne Guillon revendique un attachement au monde agricole de par ses origines familiales et une connaissance fine des problématiques rurales. Femme de caractère, la nouvelle présidente entame son mandat avec beaucoup de détermination et une volonté remarquable de faire des choses. Cette force de conviction se retrouve dans tous les dossiers chauds que doit affronter la fédération (dégâts de gibier, prédation, etc…). Animée d’une autorité naturelle et d’une énergie convaincante, Evelyne Guillon n’hésite pas à aller au front. C’est ainsi qu’elle multiplie ses sorties sur le terrain, allant au contact des territoires à problèmes, explique-t-elle. Une manière à la fois de rétablir le dialogue avec la base et de recadrer les choses quand il le faut, confie sans langue de bois la nouvelle présidente.

Vincent Augagneur, directeur depuis octobre 2018

Originaire du pays clayettois dans le Brionnais, Vincent Augagneur a intégré la fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire en 2001 comme agent de fédération. Au fil des évolutions, sa carrière l’a conduit à devenir technicien, puis responsable du pôle technique à partir de 2017. Il a pris la direction de la fédération en octobre 2018. Vincent Augagneur dirige une équipe de 13 personnes.

La fédération départementale des chasseurs de Saône-et-Loire (FDC 71) compte environ 12.552 adhérents chasseurs (saison 2018-2019). Un effectif en baisse de 2% par rapport à la saison précédente. La Saône-et-Loire disposait encore de 16.000 chasseurs en 2001, rappelle le directeur de la FDC 71.

Sangliers : cinq territoires en alerte rouge !

La répartition géographique des dégâts liés aux sangliers est assez contrastée en Saône-et-Loire. Sur les 29 unités de gestion qui composent le département, cinq posent plus particulièrement problème en ce moment. Il s’agit des unités 2 (sud-ouest Autunois-Morvan), 4 (nord côte chalonnaise), 10 (Sologne bourbonnaise), 12 (sud-ouest Charolais), 15 (sud côte chalonnaise/Val de Saône). Dans le même temps, le nord de la Bresse est relativement épargné par les dégâts, signale-t-on à la FDC 71. Les secteurs touchés révèlent une augmentation significative des dégâts occasionnées aux prairies qui ont doublé par rapport à la saison précédente.

Déclarez tous vos dégâts sur www.chasse-nature-71.fr

Pour améliorer la connaissance sur les « espèces susceptibles d’occasionner des dégâts », la FDC 71 a développé des outils pour le recueil d’informations. Sur le site internet de la fédération www.chasse-nature-71.fr, existe un formulaire intitulé « dommages dus à la prédation ou déprédation ». C’est là qu’il est vivement recommandé de déclarer tous dégâts constatés dans un élevage, une culture, un bâtiment…

« La préservation des haies doit nous rassembler »

Parmi les sujets que la nouvelle présidente de la FDC tient à aborder avec les agriculteurs figure la préservation des haies. Depuis quelques temps en effet, la fédération départementale des chasseurs se dit de plus en plus interpellée sur cette question. Chasseurs, associations, citoyens… : tout le monde déplore une certaine dégradation des haies, au détriment de la faune sauvage et du paysage, rapporte Evelyne Guillon. Le sujet est régulièrement évoqué en commission départementale de la chasse et de la faune sauvage, complète la présidente qui tient à rappeler l’importance des haies, composantes indispensables au maintien de la biodiversité et connues pour ses nombreux rôles écologiques (protection climatique contre le vent, le soleil ; régulation hydraulique ; rôle de refuge et d’alimentation des espèces…). Sans oublier son aptitude à produire du bois. Pour Evelyne Guillon, les haies ne doivent pas être un sujet qui fâche, mais au contraire qui rassemble. Un appel à se pencher davantage sur le sort des haies. D’autant que tout milite aujourd’hui en leur faveur : cela va des attentes sociétales au bien-être des animaux.

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