Culture

Les producteurs français et allemands unis face aux menaces sur les biocarburants Européens

La Fop - producteurs d’oléoprotéagineux - et son homologue allemande Ufop font front commun face aux menaces sur les biocarburants, réclamant entre autres une nouvelle action européenne contre les importations argentines. Elles sont aussi montées au créneau pour défendre le glyphosate.

« Nous demandons une procédure fast-track de plainte dans un cadre, cette fois-ci, non pas anti-dumping mais anti-subventions » contre le biodiesel argentin, a déclaré le président de la Fop Arnaud Rousseau, lors d’une conférence de presse commune le 14 septembre. Une action à mener « le plus rapidement possible » après les élections législatives allemandes qui se sont tenues fin septembre, a considéré Wolfgang Vogel, président de l’Ufop, signalant que les États-Unis et le Pérou ont déjà agi de façon similaire.

L’Union européenne ayant été condamnée à l’OMC en 2016, la Commission de Bruxelles a obtenu le 7 septembre le feu vert des États membres pour réduire sensiblement à compter du 28 septembre les droits antidumping sur le biodiesel en provenance d’Argentine.

« On va voir arriver du biodiesel argentin : cinq bateaux sont déjà chargés », a indiqué Arnaud Rousseau. « Son prix est inférieur à celui de la graine de colza UE. » Une telle situation met en péril l’industrie européenne, a estimé le président de la Fop qui est aussi le patron du groupe Avril. Le leader du biodiesel affiche « une perte en 2016 d’une quarantaine de millions d’euros », d’après lui, et ses voisins allemands connaissent « déjà des fermetures d’usines ».

Baisse du taux d’incorporation

La Fop et l’Ufop sont également montées au créneau contre la directive européenne sur les énergies renouvelables Red II. « Si en 2028 il n’y a plus de biocarburant de première génération, il n’y aura pas non plus de colza », a souligné Wolfgang Vogel. « Comment faire alors pour continuer à accroître la production de protéines végétales ? », a-t-il dit, rappelant l’importance de cet enjeu.

La Commission européenne a présenté le 30 novembre un vaste paquet législatif sur les énergies propres qui prévoit notamment une forte réduction de la part des biocarburants de première génération dans les transports entre 2021 et 2030 qui passerait de 7 % à 3,8 %. Cela remet en cause la pérennité des outils de transformation, a déploré la Fop. Et les industriels ont du mal à prévoir des investissements : « S’il n’y a pas de garanties, il n’y a pas d’investissements », a expliqué Arnaud Rousseau.

Le glyphosate en suspens

Autre sujet à propos duquel les deux fédérations se montrent au diapason, celui des moyens de production. La Fop avait dénoncé le 13 septembre la volonté du gouvernement de remettre en cause l’utilisation du glyphosate. Soulignant l’absence d’alternative à cet herbicide, elle fustigeait, « une approche populiste et dogmatique qui met en péril des entreprises fragilisées ». Idem pour l’Ufop le 14 septembre. « On a besoin, dans un contexte économique dégradé, de conserver des moyens de production », a insisté Arnaud Rousseau. Et son homologue Wolfgang Vogel d’enchaîner : « Il y a beaucoup de retard dans l’homologation » des phytos, « 300 substances actives attendent » un feu vert.

Le dossier des nouvelles techniques de sélection végétale est également suivi de près. « Si, comme pour les OGM, de mauvaises décisions sont prises » au sein de l’UE, « les conséquences seront désastreuses en termes de compétitivité », a mis en garde Dietmar Brauer, vice-président de l’Ufop.

Des impacts immédiats et potentiels extrêmement négatifs

La perte de la capacité de valoriser l'huile produite par les graines entraînerait une perte de revenu
réel pour les producteurs, ce qui hypothéquerait lourdement la pérennité de bon nombre
d'exploitations agricoles, notamment dans les zones intermédiaires qui connaissent déjà de graves
difficultés
En clair, la Fop estime qu'avec le projet de Directive REDII dans sa version actuelle, la production française de biodiesel de colza baisserait drastiquement à hauteur de 75 %. À terme, c’est près de 500.000 hectares, soit un tiers des surfaces d’oléagineux qui pourraient donc disparaître.
Derrière, 1,3 Mt de tourteaux de colza viendrait à manquer, ce qui entrainerait une hausse de 25% (850 Kt) des importations de tourteaux de soja majoritairement OGM. Il en résulterait un creusement du déficit commercial de plus de 5 Milliards d'euro.
Une perte d'autant plus négligeable que le colza présente des atouts agronomiques incontestables. Il favorise la rotation des cultures et la biodiversité et stimule le rendement des cultures céréalières
qui la suivent. Elle permet aussi de réduire l’usage de produits phytosanitaires et de valoriser
efficacement l'azote minéral issu des effluents organiques.
D'un point de vue économique, la fermeture de nombreux sites d’estérification français et européens auraient des conséquences dramatiques sur les campagnes et sur l’emploi. La filière biodiesel représente aujourd’hui 20.000 emplois non délocalisables en France- dont plus de 80% en milieu rural.
La situation est donc grave et urgente, estime la Fop qui se mobilise actuellement et faisant de nombreuses propositions.

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