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Au Conseil de l’Agriculture de Saône-et-Loire, les OPA appellent les agriculteurs à se faire entendre de partout

Le 4 juillet au Vinipôle Sud Bourgogne à Davayé, les sujets d’inquiétude étaient nombreux pour le Conseil de l’Agriculture de Saône-et-Loire qui regroupe les principales OPA du département. Que ce soient sur les ZNT riverains, la séparation vente/conseil de phytosanitaires, le PNR en Bresse Bourguignonne ou le photovoltaïque au sol… les élus ont appelé les agriculteurs à se mobiliser plus que jamais.

Le directeur du Vinipôle, Benjamin Alban a présenté le dispositif permettant de traiter les bouture de vigne à l'eau chaude et délivrer ainsi aux vignerons des pieds sains de maladie.

Alors que le premier vignoble expérimental de la chambre d’Agriculture date de 1962 (Lugny), et qu’en 1995 déjà, la profession faisait la promotion de la lutte raisonnée, en 2019, la pression autour des traitements phytosanitaires continue d’augmenter et de malmener les filières végétales. « On sent ici la nécessité d’accompagner la viticulture pour garder des volumes de production, avec modernité et innovations, pour derrière permettre l’installation de jeunes », débutait Bernard Lacour, président de la chambre d’Agriculture de Saône-et-Loire. La profession à beau rappeler ses efforts, les politiciens semblent indifférents à cette conjoncture d’éléments (changement climatique, nouveaux parasites…) qui mets à mal des pans entiers de l’agriculture, bouleversant nombre d’exploitations et de vies derrières.


ZNT riverain à 5 mètres !


Car la réglementation continue de se durcir. Même si tout n’est pas encore arrêté, la loi EGAlim prend une mauvaise tournure malgré les promesses initiales. Notamment au sujet des ZNT riverains. Les dernières nouvelles, datant du 2 juillet, ne sont pas rassurantes. Certaines mesures n’avaient jamais été évoquées jusqu’à présent. Par exemple, à priori, à chaque traitement, il faudra prévenir les riverains 12 heures à l’avance et choisir des dates et horaires adaptés pour les réaliser. Les agriculteurs grimacent déjà à l’idée de devoir traiter la nuit par exemple et d’être accusés en plus, d’essayer de cacher leurs pratiques.
Mais surtout, la ZNT systématiques à respecter serait d’au minimum 5 mètres pour les cultures basses et de 10 mètres pour les cultures hautes. L’élu viticole départemental et régional pour la chambre, Marc Sangoy s’inquiète que ces distances ne soient comprises par rapport aux limites de propriété. La chambre d’agriculture de Saône-et-Loire avait chiffré à 850 ha de vignes concernés mais le service Vigne & Vin retravaille les contours car « les exploitants ne vont pas changer de matériel spécialement, donc c’est toute la parcelle qui basculerait » potentiellement, expliquait Benjamin Alban, directeur du Vinipôle. Les surfaces impactées seraient donc considérables... De plus, ces ZNT seraient incompressibles pour les produits CMR1 et les produits « très toxiques » selon les derniers arbitrages du Gouvernement. Et d’anticiper déjà sur « les problèmes de reclassement des produits actuellement non-CMR en CMR » (cancérigène, mutagène, reprotoxique), met en garde Michel Duvernois, de la coopérative Bourgogne du Sud. Conventionnels, raisonnés, Bio et autres sont donc tous potentiellement concernés puisque le cuivre est notamment sur la sellette d’un tel reclassement.

Pas à l’aise sur les phytos

Alors que les fabricants de phytosanitaires sont aux abonnés absents, les agriculteurs – utilisateurs au premier rang concernés par ces risques pour la santé et l’environnement – sont « mal à l’aise sur ce sujet ». Vice-président de la FDSEA, Luc Jeannin ironisait et en plaisantait presque de devoir encore passer pour les « bourrins de la FNSEA » qui doivent défendre l’indéfendable, gagner du temps, alors que notre agriculture est déjà en pointe par rapport aux autres en matière de réduction des phytosanitaires. A moins que la fronde contre les traités internationaux (Mercosur, Ceta…) ne permettent de faire enfin prendre conscience au grand public qu’il ne faut « pas importer l’agriculture que nous ne voulons pas » : en interdisant de produire avec tel produit ici, mais en acceptant lâchement de l’importer ensuite.


Conseils à l'aveugle ?

La séparation conseil/vente de phytosanitaire pose également des problèmes. Aux dernières nouvelles, trois types de conseil seront nécessaires. Un conseil de sécurité, un conseil de préconisation pour utiliser les produits et un conseil stratégique pour « permettre à l’agriculteur de définir une stratégie » après un diagnostic plus large de son exploitation.
Mais concrètement, les coopératives d’appro sont dans le flou. « Nous ferons du conseil mais pas du conseil stratégique. Reste qu’on ne sait pas préconiser un produit sans savoir s’il sera disponible sur le marché. La règle des 3R (rabais, ristournes, remises) va aussi faire remonter les prix que nous avions mis 20 ans à négocier », craint Didier Laurency, président de Bourgogne du Sud qui emploi cinquante personnes sur ce sujet, de l’approvisionnement à la vente en passant par le stockage.
Vice-président de la FDSEA et de Bourgogne du Sud, Lionel Borey voit là les résultats d’un long processus depuis le Grenelle de l’environnement. « Il y a dix ans, on nous parlait de ceinture verte de 200-300 mètres autour des villes et habitations avec que des jachères fleuries ou des bois. Depuis, alors qu’il y a moins de crise sanitaire, une meilleure espérance de vie, une alimentation plus saine, la moindre chose est sur-médiatisée et derrière on nous impose un modèle trop vertueux » conduisant à des impasses et une rapide perte de compétitivité internationale et nationale.


Être dans le Parc pour l’orienter

Avec autant de remises en cause profonde des systèmes de production, toutes filières confondues, le Conseil de l’agriculture tire la sonnette d’alarme. « Tous les agriculteurs en ont ras le bol qu’on leur rajoute des couches encore et toujours plus compliquées ». Dans ce contexte, le projet de Parc régional naturel en Bresse Bourguignonne est mal passé auprès d’eux, comme l’a démontré la réunion à Branges le 11 juin dernier. « Il fallait faire cette réunion », estime la profession qui n’arrête pas de demander à être plus et mieux écoutée. Une consultation des élus en amont aurait été nécessaire. L’étude va se faire désormais et ne devrait vraisemblablement pas s’opposer à la volonté des commanditaires. « Mais les politiques ont retenu que le monde agricole serait là et ils nous ont promis de nous inclure dans la définition de l’étude et même après », notamment pour la Charte encadrant ses futures orientations. « On se doit d’être dans ce projet comme dans les autres. Les élus des Communautés de Communes ont compris que discuter avec nos CSEA peut servir. La vraie question derrière est pour nous de reprendre la main sur tous ces dossiers », concluait Christian Bajard, président de la FDSEA. Un appel à tous car il faudra bien se répartir ces nouveaux dossiers… ce que le Conseil de l’agriculture de Saône-et-Loire a commencé à faire.

 

Pas de photovoltaïque au sol !

La Safer a déjà commencé à réfléchir aux conséquences foncières de toutes ces réglementations. La déprise agricole pourrait avoir des conséquences rapides, notamment pour les propriétaires ou leurs fermiers. « Nous recevons des demandes pour mettre du photovoltaïque au sol dans des friches industrielles », prévenait aussi Luc Jeannin qui voit là une tentative détournée. La profession n’en veut pas sur des terrains à vocation agricole. « On ne doit laisser aucune brèche sinon des personnes sauront s’en servir. Ils vont convaincre les Communautés de communes des bienfaits d’équilibrer leurs budgets et après, lorsque ces dernières auront des projets d’aménagement (entreprises, bureaux, commerces…), elles viendront prendre sur le foncier agricole. Les terres agricoles doivent rester à vocation agricole. Donc pas de photovoltaïque au sol », prévient le président des JA de Saône-et-Loire, Joffrey Beaudot. Même en zone classée non agricole.
Tout le monde dans la salle s’accordait à dire que l’immense majorité des toitures ou parking n’ont jamais été équipés… et qu’il ne faudrait pas que ces projets sur des friches industrielles ne cachent bien souvent le besoin de les dépolluer. Le photovoltaïque doit prioritairement être installé sur des toitures des hangars industriels ou des bâtiments agricoles.

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