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Des pieds de vignes aux pas des chevaux

Caroline et Thibaut Pariset proposent depuis six ans désormais des prestations de service dans les vignes en travail du sol effectué grâce à leurs chevaux comtois. Le planning des Traits du Mâconnais affiche complet car la méthode a plusieurs avantages qui ont su séduire de nombreux viticulteurs.

Un temps au beau fixe, un vent frais, voire froid, certes, mais tout est calme et le cheval avance rang par rang. Il faudra quasiment la journée à Quiqui pour décavaillonner la parcelle d’un peu moins de 2 ha, mais le travail sera bien fait, précis et apportera encore d’autres avantages aux ceps plus tard dans la saison.
« Nous ne sommes pas beaucoup plus lent qu’un tracteur, commente Caroline Pariset. Avec nos chevaux, nous avançons certes moins vite qu’une machine, mais nous gagnons beaucoup de temps en bout de rang au moment de tourner. Au final, les deux techniques se valent ». Et Quiqui en effet effectue son demi-tour en quelques secondes pour repartir aussi sec dans le rang voisin, toujours calmement mais sûrement.

Constance et précision

Caroline et Thibaut Pariset se sont lancés dans ces prestations dans les vignes il y a six ans maintenant. À l’origine, la jeune femme était branchée pur sang arabe et avait suivi une formation équine avec comme objectif de travailler dans le tourisme équestre. Thibaut, lui, a suivi une formation en exploitation forestière. Et puis le hasard et les rencontres les ont conduit à s’orienter vers le travail dans les vignes et à changer de gabarit d’équidés.
Après une dernière session de formation, soit un certificat de spécialisation utilisateur de chevaux de trait, Caroline débute avec une première jument, Sara, récupérée du côté de Roanne. Après une expérience non concluante avec une jument auxoise, le couple achète une deuxième jument comtoise, Quiqui. « Aujourd’hui, ces deux juments sont parfaitement polyvalentes, même si Quiqui est la meilleure pour le décavaillonnage », commente Caroline.
Pour effectuer un travail de qualité, le cheval doit avoir deux compétences principales : « tirer avec la même force tout au long du rang et sortir bien droit à la fin du rang avant de tourner quasiment sur lui-même pour se remettre dans l’axe du rang suivant ». Autant de savoir-faire qui nécessite de la pratique : « il faut un an environ à un cheval pour bien comprendre le travail et pour développer la bonne musculature ». Ainsi, les premières fois, Thibaut et Caroline travaillent à deux avec les chevaux, un qui le conduit, le second qui manipule l’outil.

Des vignes plus résistantes

Aujourd’hui, l'activité prestation des Traits du Mâconnais affiche complet avec plus d’une dizaine de clients et autant d’hectares à travailler. « Les parcelles sur lesquelles on intervient vont de 50 ares à 3 hectares ». Du côté du profil, la largeur des rangs idéale est de 100 à 135 cm. Les limites du recours aux chevaux ? « Un terrain trop pentu, un sol trop tassé, des interangs trop enherbés ». Et les prestations concernent le décavaillonnage, le griffage, le buttage.
« Mais nous sommes obligés de nous restreindre en nombre de clients, car nous sommes dépendants de la météo ». Un sol beaucoup trop sec, une pluie qui rend la terre trop collante, etc. et les comtois restent au pré.
Dommage car la qualité de ce travail effectué avec les chevaux fait ses preuves : « on s’est aperçu l’été dernier que les parcelles travaillées avec le cheval avaient beaucoup moins souffert que les autres ». Et l’intervention des charrues n’y est pas étrangère : « avec nos outils, nous allons cherché plus profond et plus près des pieds, explique Caroline Pariset. Du coup, en sarclant régulièrement toutes les petites racines qui se forment dans les premiers centimètres de terre, les racines principales sont contraintes à aller chercher l’eau plus profondément ».
Le pas lent et régulier du cheval et la présence humaine juste derrière l’outil font que le travail est précis et que tout soucis est immédiatement repéré et réparé.

Bientôt un nouveau prestataire

La demande est là et elle est telle que le couple est en train de former un jeune dans l’objectif de l’aider à s’installer dans ce type de prestations de service : « nous préférons former quelqu’un de façon bénévole car c’est très frustrant de devoir refuser des clients ». Et puis aussi par rapport au sol, « un sol demande trois ans avant de pouvoir être bien travaillé », autant alors ne pas perdre tous les bénéfices des passages déjà effectués avec les chevaux pour une question d’emploi du temps. L’installation de ce jeune homme devrait être effective à l’automne prochain.

Reprise de vignes

Pour diversifier leurs activités et mettre en application leur démarche, le jeune couple vient de reprendre deux parcelles de vignes du côté de Saint-Gengoux-de-Scissé pour une surface totale de moins de 3 ha. Les parcelles sont actuellement en conversion bio. Le travail du sol s’y fait avec les chevaux, mais rien de ce qui touche aux traitements : « puisqu’il n’existe aucun système de protection pour les chevaux, nous nous sommes donc équipés d’un enjambeur », explique Caroline Pariset. « Pour l’instant, nous allons vendre notre raisin sur pied, complète la jeune femme, mais l’objectif est de produire notre propre vin d’ici cinq ou six ans ». Une production entièrement en appellation mâcon village.

Un développement à l’étude

Anne-Lucie Bassil va contacter les viticulteurs du département pour connaître leurs attentes en termes de traction animale.

De façon générale, la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire s’intéresse de près à la question du recours aux animaux dans les vignes. Pour cela, une stagiaire de VétAgro Sup de Clermont-Ferrand vient de rejoindre l’équipe de la filière équine et Valérie Bizouerne dans le cadre de son cursus de fin d’étude. Pour six mois, soit jusqu’en septembre, Anne-Lucie Bassil a comme mission de se pencher sur l’étude de marché du potentiel de développement de la traction animale dans les vignes.
Après un état des lieux de l’offre et de la demande actuelles, entre les viticulteurs qui utilisent pour eux-mêmes leur propre cheval et le recours à des prestataires extérieurs, la jeune femme devra déterminer l’impact d’une telle pratique, au-delà de l’aspect agronomique, en termes d’image et de soutien de communication. Loin de l’emblême désuet que certains lui accolent encore souvent, la traction animale représente aussi une pratique intéressante en termes de qualité du travail effectué et de création d’emplois. Viticulteurs attendez-vous donc à être contacté par Anne-Lucie Bassil.

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