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« Les NBT sont incontournables dans la recherche »

La direction de l’Inra vient d'expliquer la position de l’institut en matière d’utilisation des nouvelles techniques d’amélioration variétale (NBT). Pour le PDG de l’Inra, Philippe Mauguin, ces techniques sont « incontournables dans la recherche en biologie végétale ». L’Institut de recherche fixe toutefois des limites à son utilisation, comme la création de variétés résistantes aux herbicides, et plaide plutôt pour des recherches sur l’amélioration de la résistance aux maladies, précise Christine Cherbut, DG déléguée aux affaires scientifiques. Ces recherches pourront nécessiter des essais en pleins champs, ajoute-t-elle. Quant à leur intérêt en agriculture – où leur utilisation est régie par la directive UE de 2001 sur les OGM depuis le récent arrêt de la CJUE –, le PDG de l’Inra estime que ces techniques « peuvent être utiles dans certaines circonstances ».

Pourquoi l’Inra précise-t-il maintenant sa stratégie en matière d’utilisation de l’édition du génome végétal ?

Philippe Mauguin : Il s’agit de répondre à la fois aux questions en interne et à celles de nos partenaires scientifiques, acteurs économiques, ONG et aux pouvoirs publics. Nous avions engagé une réflexion bien avant le récent arrêt de la CJUE (voir encadré). Nous avions mandaté en 2016, avec le Cirad et l’Ifremer, notre comité consultatif d’éthique commun, bien conscients des questions éthiques soulevées par ces techniques. Ce comité a émis un avis en 2017 sur l’édition du génome dans le domaine végétal. La stratégie que nous présentons aujourd’hui a été approuvée par le Conseil scientifique de l’Inra qui s’est réuni, il y a un peu plus d’un mois le 19 septembre.

Les NBT (nouvelles techniques d’amélioration variétale, ndlr) sont incontournables dans la recherche en biologie végétale. Elles sont indispensables pour comprendre le fonctionnement du vivant, et en particulier la fonction des gènes. Elles s’insèrent dans une palette d’outils qui peuvent contribuer à répondre à un grand enjeu : la transition écologique de l’agriculture avec le souci de la performance économique et de la préservation des ressources. Il est normal que nos chercheurs puissent être parmi les meilleurs au monde dans leur utilisation.

Reste un sujet sensible aux yeux de l’opinion publique, qui est, la façon dont ces outils vont être utilisés en amélioration variétale. Nous réaffirmons qu’en matière d’innovation, l’Inra suivra la réglementation, qui repose aujourd’hui sur la directive OGM (voir encadré) et nous allons nous doter d’un dispositif propre pour évaluer l’opportunité de lancer des essais au champ.

Quels sont les grands principes de votre stratégie ?

Christine Cherbut : Face au défi que représentent les transitions des systèmes agricoles, il faut mobiliser et combiner tous les leviers possibles, qu’ils soient de nature technique (agronomique, biologique, écologique, génétique) ou sociale. L’édition du génome est un de ces leviers. Au vu de notre mission de service public, il serait irresponsable de ne pas le considérer. L’Inra se doit d’être expert sur ce type de technologie pour éclairer, notamment vis-à-vis des risques éventuels, nos décideurs de politique publique et la sphère privée.

Par ailleurs, l’Inra n’utilisera pas l’édition du génome pour n’importe quelle finalité. Nous ne créerons pas de plantes résistantes aux herbicides. En revanche, nous serons favorables aux recherches sur l’amélioration de la résistance aux maladies (avec à la clé une réduction forte des produits phytosanitaires), ou sur l’adaptation des plantes au changement climatique. Nos recherches sont pour l’essentiel réalisées en milieu confiné. Toutefois, la compréhension de la biologie des plantes peut nécessiter des essais en plein champ. L’institut aura recours à un comité d’experts multidisciplinaires pour l’éclairer sur l’intérêt scientifique, les risques et le contexte éthique de tels essais. Évidemment, ce comité ne se substituera pas à l’autorisation réglementaire requise, pour de tels essais.

Enfin, nous soutenons l’accès aux ressources génétiques par tous. L’Inra défend les valeurs associées au COV (certificat d’obtention végétale, ndlr) et le principe de non-brevetabilité des plantes.

PM : On ne veut ni diaboliser ces techniques ni en faire la panacée. Les NBT sont des outils qui doivent viser des objectifs d’intérêt général qu’on n’atteindrait pas autrement.

Vous dites que l’édition du génome est incontournable pour la recherche, l’est-elle également pour l’agriculture ?

PM : Ces techniques sont largement utilisées dans tous les labos en Europe, publics ou privés. Pour qu’elles progressent, sans arriver à un blocage ou à un rejet par nos concitoyens, évitons toute présentation binaire. Dire que l’édition du génome est incontournable pour l’agriculture européenne risque de crisper le débat. Essayons de dédramatiser. Oui, elles peuvent être utiles dans certaines circonstances, mais ce n’est pas le seul levier à mobiliser. Le biocontrôle, l’agronomie, le numérique sont des domaines majeurs de recherche. Il faut donc être au top dans l’exploration de ces différentes approches, et dans la combinaison des leviers si l’on veut réussir la transformation de l’agriculture européenne.

Quels sont les travaux de l’Inra en la matière ?

Carole Caranta, directrice département Biologie et Amélioration des Plantes : Tous nos travaux mobilisant l’édition du génome répondent à deux objectifs : l’acquisition de connaissances et la preuve de concept, en amont des programmes d’innovation variétale, pour montrer la plus-value de ces techniques pour certaines espèces et certains caractères d’intérêt agronomique. Cela concerne notamment la résistance aux maladies pour réduire les pesticides et l’adaptation des plantes à leur environnement. Nous conduisons par exemple un programme d’amélioration de la résistance aux virus, pour lesquels il n’existe aucun moyen de lutte chimique, alors que nous voyons une recrudescence de ces maladies liée à la prolifération des insectes vecteurs suite au changement climatique. Des chercheurs de l’Inra ont découvert, il y a une quinzaine d’années, des mutations ponctuelles dans un gène chez le piment qui confèrent une résistance à des virus. Ces mutations existent chez d’autres espèces comme le pois, mais sont absentes chez d’autres. Nos équipes ont réussi à reproduire ces mutations chez l’espèce modèle Arabidopsis thaliana et à la rendre résistante aux virus. L’édition des génomes nous permettrait par exemple de rendre des arbres fruitiers résistants à certains virus comme la sharka, sous réserve d’en maîtriser la technique. Le gain de temps serait considérable : il faudrait une centaine de milliers de générations pour retrouver une ou deux mutations naturelles.

Autre exemple concernant le mildiou, une maladie qui nécessite 15/20 traitements par an sur la vigne. Des travaux sur Arabidopsis thaliana montrent que l’inactivation d’un gène permet d’obtenir une résistance à différents agents pathogènes dont le mildiou. Ce gène est conservé au sein du règne végétal. Sur la base de ces résultats, nous avons initié des travaux mobilisant l’édition des génomes pour inactiver ce gène chez la pomme de terre et la vigne et déterminer si une résistance au mildiou pouvait être obtenue.

En 2018, l’édition du génome est entrée dans le champ de la directive OGM

L’arrêt du 25 juillet 2018 de la Cour de justice de l’Union européenne indique que tous les organismes obtenus par mutagenèse dirigée sont des OGM. Seules ceux issus de techniques traditionnelles de mutagenèse antérieures à la directive 2001/18 sur les OGM sont exclus de son champ d’application. Les organismes modifiés par édition du génome sont donc soumis aux procédures d’évaluation des risques, d’autorisation, de traçabilité et d’étiquetage des OGM, même si les modifications ne se traduisent pas par l’introduction d’un fragment d’ADN exogène.

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