Viticulture Economie

Les huit appellations de crémants veulent une bannière commune à l’exportation

Les producteurs français de crémants cherchent à mieux se faire connaître, particulièrement sur les marchés nord-américains et scandinaves. Plus largement, ils réfléchissent à une stratégie de toutes les filières de vins effervescents français face aux mousseux étrangers très offensifs, tels le prosecco italien et le cava espagnol.

La Fédération nationale des producteurs et élaborateurs de crémants (FNPEC), qui regroupe huit appellations, donc celle de Bourgogne, est en train de mettre au point une communication commune pour que les crémants français soient visibles à l’étranger, a annoncé son président, Franck Fichet, le 4 septembre lors de son point presse annuel. Les huit appellations sont l’Alsace, Bordeaux, la Bourgogne, Die, le Jura, Limoux, la Loire et la Savoie. Le terme « crémant » ne peut être attribué qu’à des vins mousseux blancs ou rosés bénéficiant d’une appellation d’origine protégée (AOP), rappelle la FNPEC.

Des marchés cibles

L’objectif de la bannière commune à l’export est que, dans un salon ou une exposition de vins à l’étranger, ces appellations ne présentent pas leurs produits et leur image isolément, et captent l’intérêt d’une clientèle qui ne connaît pas forcément les régions, a expliqué Franck Fichet. Autant le marché français des crémants est stable, autant celui de l’export est en croissance. Les professionnels ne veulent pas laisser passer ces opportunités. Ils souhaitent engager des actions particulièrement sur les marchés nord-américains et scandinaves.

La fédération nationale des producteurs attend pour octobre les propositions d’une dizaine d’agences de communication. La communication sous une bannière tricolore devrait démarrer au printemps prochain. Le premier marché extérieur des crémants français est le Benelux, suivi de l’Allemagne, des États-Unis. Les pays scandinaves, le Canada et les pays d’Europe de l’Est commencent à s’intéresser aux crémants, a indiqué Olivier Sohler, directeur de la FNPEC.

Une demande en croissance

Le secteur des crémants a souffert ces dernières années du manque de matière première pour faire face à une forte demande, a indiqué Olivier Sohler, directeur de la FNPEC. La commercialisation écoule 80 à 85 millions de bouteilles par an, et ce chiffre tend à augmenter. Le crémant de Bourgogne affiche une insolente forme avec des chiffres de +14 % en volume et en valeur en 2018. La vendange 2019 semble promettre une production de 90 millions de bouteilles sur l'ensemble de la France, selon Olivier Sohler, mais les prévisions sont moins optimistes en Bourgogne et en Saône-et-Loire selon les premiers échos des vendanges.

Heureusement pour la filière, la vendange record de 2018 a permis de regarnir les stocks pour plusieurs années. « Toutes régions confondues, 2018 est une année record avec l’équivalent de 110 millions de bouteilles produites », selon la fédération le 3 septembre. « Dans un marché hyper-favorable, la part de l’export a nettement augmenté entre 2012 et 2018, avec des progressions à trois chiffres observées dans certaines régions » ! Il cite le Jura (+ 200 %) et Bordeaux (+ 185 %).

Pour alimenter les marchés d’exportation, l’augmentation du potentiel de production de crémant est à prévoir surtout dans le vignoble de Bordeaux, où le vin tranquille a du mal à s’écouler... Même bannière mais risque de concurrence quand même.

Réflexion sur une segmentation des mousseux

Pour le long terme, la FNPEC cherche à tisser les liens avec les autres familles professionnelles des vins effervescents pour contrer la concurrence du prosecco et du cava qui taillent des croupières aux effervescents français. « Le prosecco est entré dans les habitudes de consommation par l’apéritif. Nous devons répliquer. Depuis un an et demi nous rencontrons les professionnels du champagne et des AOP et IGP de vins mousseux (comme l’AOP Vouvray) pour définir une stratégie commune des effervescents français », a affirmé Franck Fichet. La réflexion tourne autour d’un projet de segmentation du marché des mousseux français. « Nous aimerions que toutes les strates des effervescents soient représentées pour répondre à la demande internationale ».

Cela signifie qu’il faut un marché pour le champagne, un autre pour les crémants, d’autres pour des mousseux AOP et IGP, et enfin d’autres pour une production de vins effervescents sans IG (indication géographique) à haut rendement (120 à 150 hectolitres par hectare). « On ne pourra pas faire face à la concurrence du prosecco sur les marchés extérieurs avec des rendements de seulement 50 hectolitres par hectare produits à la vendange manuelle », a ajouté Franck Fichet. Les professionnels devraient convenir, selon lui, de créer un créneau de production de vin mousseux à haut rendement dans des vignes sans IG, irriguées, fertilisées et vendangées mécaniquement. Toute ressemblance avec...

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