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La sécheresse prend une mauvaise tournure en Saône-et-Loire…

Alors que le retour des pluies est sans cesse repoussé, la sécheresse est installée dans la plupart des secteurs de la Saône-et-Loire. Pour les exploitations qui n’ont pas vu de pluie depuis plus de deux mois, la situation a pris une tournure dramatique. Reportage.

Sur l’exploitation de Franck et Bruno Pouchelet, Matthieu Gronfier, président du CCJA et Serge Briet, président de l’USC de la FDSEA invitent le sous-préfet et les élus à venir se rendre compte de la gravité de la situation.

Alors que le temps ne semble désespérément pas vouloir tourner à la pluie, la sécheresse est désormais installée un peu partout en Saône-et-Loire. De Chassigny-sous-Dun à l’Autunois, en passant par les secteurs de Neuvy-Grandchamp, Issy-l’Evêque, Joncy…, peu de secteurs sont épargnés. Les prairies du brionnais sont tristement grillées et même en Bresse, certains sont contraints de donner eau et fourrages à leurs vaches, tandis que les panouilles de maïs manqueront de grain. Si l’hétérogénéité des situations liée aux orages masque quelque peu la gravité des choses, pour les régions frappées depuis le début de l’été, l’attente commence à être bien longue.

Pas de pluie depuis le 15 juin !

C’est le cas de Bruno et Franck Pouchelet, en Gaec à Marly-sous-Issy. Chez eux, aucune goutte de pluie n’est tombée depuis le 15 juin ! Dans un canton connu pour être très sensible aux sécheresses, les collines de Marly-sous-Issy font peine à voir. Plus qu’ailleurs, les prairies sont devenues grises tellement elles sont brûlées par le soleil et le vent. Pas un rond de verdure. Les prés de fauche qui n’ont jamais repoussé ressemblent à des paillassons. Les prairies occupées par des animaux ne sont plus que des champs de bouses sèches. Leur sol poussiéreux est un mélange de terre, de racines sèches et de fumier.

280 bottes rondes déjà distribuées

Les frères Pouchelet élèvent 170 vaches allaitantes. Cent broutards mâles et femelles viennent d’être vendus, mais les vêlages d’automne approchent. Depuis le début du mois de juillet, les deux associés ont distribué 280 bottes rondes de foin à leurs animaux au pré. A cela s’ajoutent 64 bassines de cent kilos d’aliment à 75 € l’unité, indique Bruno. Une bassine nourrit vingt vaches pendant une semaine. « Cà tient les vaches », justifie l’éleveur. Les jeunes bêtes et les femelles de trente mois gestantes sont nourries à volonté. Il faut compter une botte de foin de 320 kg pour vingt génisses et deux jours, précise l’intéressé.

Au début de l’affouragement, Bruno et Franck Pouchelet ont pu distribuer les 180 bottes rondes qui leur restaient de l’année dernière. Mais les cents bottes suivantes proviennent de la récolte 2018. Une récolte qui n’était que moyenne en quantité, précise Bruno. « A ce rythme-là, au 15 novembre, on n’aura plus du tout de foin pour l’hiver », s’inquiète l’éleveur.

Vers une pénurie de paille ?

Cette situation, tous les éleveurs du canton d’Issy-l’Evêque la vivent en ce moment. Dans toutes les fermes, on consacre les matinées à porter du fourrage aux animaux voire de l’eau quand les point d’eau sont à sec. Tous s’inquiètent du prix flambant de la paille avec carrément le spectre d’une pénurie de marchandise, alertent les éleveurs du canton d’Issy-l’Evêque. « Il faudrait pouvoir proposer aux marchands de nous garder la paille et que les pouvoirs publics prennent en charge la différence », avance Serge Briet, président de l’USC. Pour ce dernier, la pression sur le marché de la paille avec la concurrence des méthaniseurs imposent des mesures exceptionnelles. A plus long terme, Bruno et Franck Pouchelet s’inquiètent aussi sur le devenir de leurs prairies grillées. Vu leur état, il est peu probable « qu’elle se refassent », redoutent-ils.

A l’échelle du canton, il va manquer du maïs. Les cultures dérobées ne donneront rien. Dans une conjoncture difficile et alors que nombre d’exploitations ont du mal à faire face à leurs charges, la facture de cette énième sécheresse risque d’être très salée…, se désolent Serge Briet et Matthieu Gronfier, président du CCJA. Les deux responsables espèrent recevoir le sous-préfet d’arrondissement et les élus à la fin du mois de septembre. Pour leur faire enfin prendre conscience de la réalité de la sécheresse en Saône-et-Loire et de la gravité de la situation sur leur canton.

 

Joncy : « on donne 2 tonnes et demie de foin par jour ! »

A Joncy, les prairies de Philippe Givry sont « archi sèches, brûlées. On voit la terre et les racines ! », décrit-il. Sur les terrains calcaires de ce secteur, la sécheresse a commencé de frapper durement dès le début du mois de juillet. Durant tout l’été, Philippe et son fils se sont mis à affourager leurs 180 allaitantes et la suite. Avec des vêlages précoces de septembre/octobre, « il faut que les mères aient du lait donc on donne à manger », confie Philippe. L’hiver dernier, tout le stock de fourrage avait été consommé et la récolte du printemps dernier n’a pas été très abondante, signale l’éleveur. Or avec un affouragement débuté en juillet, c’est deux hivers de nourriture qu’il va falloir assumer ! Pour préserver les stocks, Philippe et son fils ont commencé à acheter un aliment sécheresse. « On a réussi à trouver du foin de deux ans en Bresse », confie l’éleveur. Chaque jour, les deux associés distribuent 6 à 7 bottes rondes à leurs animaux soit 2 tonnes et demie de foin par jour. Ils donnent également 3 à 4 kg d’aliment par bête. Depuis le 1er juillet, ils sont contraints de consacrer une demi-journée tous les deux jours à l’approvisionnement en eau. Plus de 10.000 litres pour deux jours qu’ils parviennent à prélever dans la rivière. « On n’a pas eu d’orage depuis le mois de mars ! Il est tombé seulement 3 millimètres lors de la dernière pluie. Toute la vallée de la Guye, de Salornay à Buxy, est dans la même situation », conclut Philippe Givry.

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