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La filière laitière peine à trouver des indicateurs communs

À moins de deux mois du début des négociations commerciales, la filière laitière travaille à la définition d’indicateurs de coût de production et de prix, comme le demande le gouvernement. Mais les travaux coincent sur la valorisation des produits en France. Faute de compromis, l’interprofession cherche à contourner l’impasse.

« Les transformateurs ne veulent pas en discuter au sein de l’interprofession »

C’était une des mesures marquantes issues des Etats généraux de l’alimentation : intégrer des indicateurs de prix et de coûts de production dans les contrats signés tout au long de la filière alimentaire, afin de mieux prendre en compte le maillon agricole.

À moins de deux mois du début des négociations commerciales annuelles en novembre, ça coince dans la filière laitière, a fait remarquer hier la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL).

La future loi Agriculture et alimentation, dont la seconde lecture débutera le 12 septembre, ne formalise pas de définitions précises de ces indicateurs. Chaque interprofession doit elle-même les déterminer. Et Marie-Thérèse Bonneau, présidente du collège des producteurs du Cniel l’assure : « La façon de pouvoir utiliser ces indicateurs compte autant que leur définition ».

Des difficultés pour définir une valeur de base

Dans le lait, le principal sujet de discorde porte sur la valorisation des produits laitiers sur marché français. Il n’existe pas d’indicateurs, en valeur, des prix obtenus par les laiteries en France, comme cela existe sur le marché mondial pour la poudre de lait par exemple.

« Aujourd’hui, des indicateurs qui donnent des évolutions à la hausse ou à la baisse, cela existe, explique André Bonnard, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs laitiers (FNPL). Mais nous avons un problème pour définir la valeur socle. Celle qui servira de base de calcul et qui sera modifiée par les variations que nous donnent ces indicateurs ». Un enjeu « archi-stratégique » pour le syndicat qui souhaite changer la répartition de la valeur au sein de la filière laitière.

Contourner par un guide de bonnes pratiques

« Les pouvoirs publics souhaitent établir une mécanique contractuelle, qui fasse référence à des indicateurs interprofessionnels, pour éviter la loi du plus fort », rappelle André Bonnard. Mais « les transformateurs ne veulent pas en discuter au sein de l’interprofession », déplore Marie-Thérèse Bonneau. « Chacun veut définir sa propre base de calcul ».

Les discussions au sein de l’interprofession laitière ne sont pas pour autant à l’arrêt. Elle est d’ailleurs en bonne voie concernant les indicateurs de coûts de production des agriculteurs : « La filière est d’accord, certifie André Bonnard. Ils prendront en compte les spécificités des élevages de plaine, de montage et bio ».

Et pour éviter un échec des négociations au sein de la filière et de la mise en œuvre du plan de filière, l’interprofession cherche à contourner le problème. À défaut d’indicateurs de valorisation des produits laitiers sur le marché français, Thierry Roquefeuil, président de la FNPL et du Cniel, propose un guide des bonnes pratiques. : « Nous ne serons pas ceux qui enterreront le plan de filière. Ceux-là devront prendre leurs responsabilités ». Ce guide pourrait être plus facilement accepté par les industriels. Mais reste à savoir si cela sera compatible dans le cadre de la loi à venir.

Sécheresse : inquiétude pour les mois à venir

Le 4 septembre, les éleveurs laitiers de la FNPL ont exprimé leurs vives inquiétudes pour les mois à venir. Le syndicat a décidé de recontacter les signataires du Pacte laitier de 2014 (banques et assurances, pouvoirs publics, conseil…) en y ajoutant les industriels, afin de s’assurer du soutien des partenaires de la filière laitière. « La sécheresse estivale a empiré la situation des éleveurs de bovins laitiers », témoigne Thierry Roquefeuil, président du syndicat. « Nous avons déjà entamé les stocks de nourriture de cet automne ». Ainsi, les volumes de lait produits n’ont jusque-là pas été affectés par le manque d’herbe. Mais la hausse des tarifs des fourrages et des céréales interroge quant à une nouvelle hausse des coûts de production.

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