Elevage

La section bovine de Saône et Loire à Mende pour le congrès de la FNB

Une nouvelle fois cette année la section bovine de la FDSEA de Saône-et-Loire s’est déplacée pour participer à Mende en Lozère au congrès de la Fédération nationale bovine (FNB) qui posait la délicate question : « l’élevage allaitant au carrefour de la décapitalisation ou de la rémunération ». Pour les représentants des éleveurs, il ne fait nul doute qu'ils se battront pour la seconde option, seule voie d'avenir.

Les éleveurs présents ont pu participer à ces échanges et profiter des témoignages des fédérations d’autres départements.

Cette rencontre est l’occasion pour les éleveurs de « recharger les batteries vis-à-vis du contexte actuel » exprimait Michel Joly, secrétaire général de la section bovine et membre du conseil d’administration et du bureau de la FNB. C’est aussi l’occasion d’écouter les pistes de la FNB sur les différents sujets, et en particulier la rémunération des éleveurs.
Nombreux furent les sujets abordés et débattus lors de ce congrès, organisés autour de plusieurs groupes de travail sur les sujets de l’agribashing, de la dynamique de l’élevage allaitant et de la montée en gamme. Une table ronde traitait en particulier de la « résilience du modèle de l’élevage de ruminants français ». Christian Bajard, président de la section bovine, a pu demander aux membres de la table ronde comment combattre les fakes news et comment diffuser les « vrais » informations. Cédric Mandin, secrétaire générale à la FNB, a insisté sur le fait qu’il est nécessaire de « faire de la communication offensive et surtout positive en se concentrant sur les 98% des français qui mange de la viande ». De plus, il est important de devenir acteur de la communication et de faire réaliser la profession sur la consommation de viande de bœuf, qui a augmentée de 2% en 2018 !

Des caméras dans les box de négociation ?

Ce congrès a été aussi l’occasion pour Bruno Dufayet, président de la FNB, d’interpeler le ministre de l’agriculture Didier Guillaume sur les solutions de la FNB pour sortir la filière allaitante de la crise (lire à ce sujet notre édition du 8 février). D'ailleurs, l’intervention de clôture de la première journée par Jérémy Decerle, président de Jeunes Agriculteurs et éleveurs de charollaises en Saône-et-Loire pointait du doigt « les mauvaises habitudes de certains distributeurs réticents à rémunérer les agriculteurs » et sa « proposition » de mettre des caméras dans les bureaux de négociations pour répondre à la volonté de Carrefour de mettre des caméras dans les abattoirs. Une idée pas si saugrenue qui n’est pas passée inaperçu. Jean-Philippe Nivost, secrétaire général adjoint de la section bovine départementale, pour rebondir sur ces propos, a alors suggéré directement de mettre des éleveurs dans ces bureaux de négociations, ce qui a fait vivement réagir la salle.

Inquiétudes autour des transmissions

D’autre part, la transmission a également été abordée. Sébastien Ray, membre de la section bovine, est intervenu au moment de la table ronde pour rappeler que la filière n’est plus assez attractive et les exploitations non rémunératrices se transmettent donc de plus en plus difficilement. Dominique Fayel, membre du bureau de la FNB a même caricaturé cet enjeu majeur pour la filière en citant ces chiffres : « 50 % de la population d’éleveurs a plus de 50 ans et détient 50 % du cheptel ». Guillaume Gauthier, responsable viande bovine chez Jeunes agriculteurs Bourgogne Franche-Comté, a ajouté que pour cela il faut des exploitations « vivables et transmissibles, nous ne voulons pas continuer à travailler toujours plus à toujours moins cher, cette logique ne peut plus durer, elle est une des causes de la décapitalisation ».
En conclusion de ce congrès, Bruno Dufayet a rappelé que la filière est « toujours à la croisée des deux chemins entre décapitalisation et rémunération, mais qu’aujourd’hui tout est prêt en terme de marché organisé sur l’origine France, de réponses aux attentes sociétales, il ne reste plus qu’à augmenter les prix ». L’aval doit prendre conscience que le schéma catastrophe est déjà en route avec une diminution de 10% du nombre d’exploitations, mais qu’il n’est pas trop tard pour arrêter le déclin et continuer de profiter de l’élevage français et son modèle unique. Pour se faire les éleveurs auront besoin d’accompagnement pour dialoguer avec l’aval, afin que la filière nationale soit basée sur une transparence dans la répartition de la valeur ajoutée.

Interview de Michel Joly, président de la Fédération régionale bovine

Le congrès de la FNB s’est tenu les 5 et 6 février derniers à Mende en Lozère, sur quels points avez-vous insisté ?
M.J. : Le revenu est au cœur de nos préoccupations, le revenu pour nous et pour nos successeurs. En Bourgogne Franche-Comté, 70 % des terres et 70 % du cheptel laitier et allaitant sont aujourd’hui détenus par des exploitants âgés de plus de 52 ans, la plupart sont sans successeur! Avec les lourds investissements financiers nécessaires, les reprises se font difficilement. Faits aggravants, la décapitalisation en bovins viande, le découragement des engraisseurs... Il nous semble que c’est l’affaire de toute la filière et des partenaires publics et privés. Et c’est maintenant qu’il faut agir, apporter des solutions.
Évidemment, la première piste, c’est de gagner sa vie. Si on réussit cette étape, nos gamins seront comme nous, des chefs d’entreprise et sauront reprendre nos outils. Ensuite, pour être force de proposition, il est nécessaire de conduire une réflexion propre à la région sur notre vision de notre agriculture et de nos produits. Quel modèle d’élevage pour la région ? Quelle dimension faut-il envisager pour nos ateliers ? …
Deuxième axe, c’est contrer l’agri bashing. Les paysans en ont marre de se faire traîner dans la boue. Mais le but n’est pas « de se faire L214 ». Au contraire, nous devons faire un vrai travail de lobbying, auprès d’un certain nombre de prescripteurs d’opinion d’une part, avec un vrai argumentaire scientifique et auprès des consommateurs citoyens d’autre part, en ouvrant nos fermes.

 

L’interprofession a validé une méthode de calcul d’un indicateur de prix de revient en viande bovine, qu’en pensez-vous ?
M.J. : Nous militons pour un changement d’état d’esprit dans les pratiques commerciales. Pour retrouver de la valeur, il faut une construction du prix en marche avant.
Les états généraux de l’alimentation ont abouti, à partir du modèle Éleveurs et Engagés, à une loi qui va dans le bon sens. La validation de la méthode de calcul d’un indicateur de prix de revient en viande bovine par les représentants de l’interprofession est une première étape Cet indicateur servira dans l’établissement de contrats qui devront être proposés par chaque maillon de la filière au maillon suivant, jusqu’au distributeur. Aujourd’hui, la plupart des flux de viande peuvent être assimilés à des contrats et donc doivent être renégociés pour intégrer cet indicateur.
Cependant, l’amélioration du revenu des éleveurs, grâce à la formation des prix, est encore loin d’être assurée.
La mesure prendra tout son sens lorsqu’avec les acteurs de la filière, nous arriverons à construire une contractualisation avec une formation du prix en marche avant et au-delà à augmenter le volume de bêtes contractualisées.
Maintenant c’est aux Organisations de Producteurs (OP), commerciales et non commerciales, de proposer un prix aux acheteurs. Mais c’est à nous de mettre la pression sur les GMS pour qu’elles acceptent ce schéma, à nous de mettre la pression sur la restauration hors domicile, pour qu’elle propose de la viande française. Nous éleveurs, nous devons y croire. Continuons de nous mobiliser.

 

 

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