Economie Actualité Bovin Allaitant

Au congrès de la FNB, les éleveurs bovins ont réclamé plus de cohérence dans les décisions politiques

Si le modèle d’élevage français est l’un des plus vertueux, ses qualités sont insuffisamment reconnues au niveau national comme international. Au-delà du nécessaire travail des éleveurs pour valoriser leur métier, le secteur a besoin d’un message politique cohérent de la part du Gouvernement français. Le congrès de la FNB a été l’occasion de le rappeler…

Des éleveurs et un congrès en attente de perspectives... et déçus par l'intervention du ministre.

A taille humaine, avec un capital détenu par l’éleveur, un objectif d’autonomie fourragère, le modèle d’élevage bovin français est l’un des plus durables au monde, ont rappelé les différents intervenants au congrès de la Fédération nationale bovine (FNB), les 7 et 8 février à Evreux dans l’Eure. « C’est un modèle que l’on a envie de défendre, mais on ne va pas y arriver tous seuls », explique d’emblée Alexandre Merle, vice-président de la FNB.

De fait, au niveau international, la typologie de la FAO est peu adaptée au modèle français, qu’elle considère comme un modèle intensif, et au niveau européen, le modèle est « parfois vu comme has been », car moins productif que dans d’autres pays d’Europe, indique de son côté Jean-Louis Peyraud, directeur scientifique à l’Inra. Cependant, en France, « on peut jouer sur la compétitivité hors prix », précise-t-il, pour faire reconnaître la qualité des modes de production. A condition, aussi, d’avoir une Pac suffisamment forte pour accompagner les éleveurs. « Le développement d’autres politiques ne doit pas se faire au détriment de la PAC, qui est le socle de base de la construction européenne », a soutenu Henri Brichart, vice-président de la FNSEA, alors que la question du budget sera primordiale dans la future Pac pour rester en cohérence avec les enjeux sociétaux. Un budget conséquent est en effet nécessaire pour que cette Pac post 2020 maintienne un couplage fort, reconnaisse le système herbager français et les aménités positives rendues par l’élevage, conserve une ICHN ciblée sur les productions animales et développe des outils de gestion des risques adaptés.

« L’élevage français est un élevage de qualité, respectueux de l’environnement, avec peu de phytos, peu d’engrais, il faut le défendre dans le monde, et avoir une communication positive et non pas défensive systématiquement », renchérit Jean-Baptiste Moreau, député LREM et éleveur allaitant dans la Creuse, qui préconise en ce sens une position plus offensive à l’export, notamment via la plateforme France Viande Export, laissée de côté ces derniers temps et qui permet aux opérateurs de mutualiser pour aller vers les nouveaux marchés qui s’ouvrent, comme la Turquie ou la Chine. Reste que pour la FNB, il ne faut pas que ces ouvertures de marchés permettent de cautionner l’entrée, sur le sol européen, de contingents importants de viande bovine dans le cadre d’accords de libre-échange…

Des accords déséquilibrés

« Il y a un vrai travail de positionnement du modèle français à l’échelle de la planète et des instances internationales, c’est un enjeu fort pour nous dans ce contexte de mondialisation de l’agriculture, de libre-échange, et qui pourra permettre de protéger ce modèle dans le cadre de ces accords », a rappelé Bruno Dufayet, président de la FNB, après l’avoir réaffirmé avec force devant le ministre de l’agriculture, Stéphane Travert. Car ces accords, que ce soit le Ceta, entre l’UE et le Canada, ou celui en négociation avec les pays du Mercosur, mettent en concurrence la viande bovine française avec des viandes produites dans des conditions de durabilité bien moindre.

« La France apporte son plein soutien à la conclusion d’accords de libre-échange qui, selon l’Institut de l’Elevage, pourraient aboutir à la disparition de 30.000 éleveurs sur nos territoires ! Le CETA est déjà appliqué avant même d’avoir été ratifié par nos parlementaires et a ouvert le marché européen à 65.000 tonnes de viandes canadiennes. Des viandes issues de feedlots de 26.000 bovins en moyenne, engraissés aux OGM, aux farines animales, aux antibiotiques ! Un accord avec le Mercosur portant sur un nouveau contingent de 99.000 tonnes pourrait être signé, dans les prochains jours, alors même que ces viandes ne présentent aucune garantie sur le plan sanitaire », a dénoncé avec force Bruno Dufayet devant le ministre qui n’a pas su, de son côté, rassurer les éleveurs sur la position du Gouvernement, après les déclarations du président de la République lors de ses "vœux" au monde agricole le 25 janvier (lire notre édition du 2 février en page 3).

La présidente de la FNSEA, Christiane Lambert, et Dominique Fayel, membre du bureau, ont d’ailleurs rencontré à ce sujet le secrétaire d’Etat auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Baptiste Lemoyne, le 6 février. « Nous ne voulons pas, nous, agriculteur, être la monnaie d’échange de ces accords que ce soit en sucre, en viande ou en éthanol ! », a réaffirmé Christiane Lambert en conclusion du congrès.

Préciser la loi EGA

Car ces orientations sont pleinement contradictoires avec la volonté de soutenir le modèle français, telle qu’affichée dans le cadre des Etats généraux de l’alimentation dont les professionnels agricoles saluent la dynamique.

« Notre modèle d’élevage n’a d’avenir que si les éleveurs peuvent nourrir leur famille », a ainsi rappelé Emmanuel Bernard, de la FNB. « Nous avons besoin d’une loi beaucoup plus précise que celle qui a été présentée la semaine dernière », poursuivait -il, d’autant plus qu’en dépit de la charte signée par l’ensemble de la filière alimentaire en novembre, les négociations commerciales se passent toujours aussi mal que les années précédentes…

« Si les distributeurs et les transformateurs ne se sentent pas engagés, on va leur faire comprendre que le monde paysan mérite un peu plus de respect ! », mettait en garde Jérémy Decerle, président des Jeunes agriculteurs. La profession attend à présent que la loi découlant des Etats généraux de l’Alimentation donne rapidement les outils nécessaires à un retour de valeur dans les exploitations. « Le seul levier pour sortir de la crise agricole, c’est le prix », reconnaissait d’ailleurs Olivier Allain, coordinateur des Etats généraux de l’alimentation, qui croit en la capacité de la loi à entraîner une mécanique positive. Le député Jean-Baptiste Moreau, rapporteur de la loi, reconnaissait quant à lui qu’« un certain nombre de choses sont à améliorer », même si la loi serait une bonne base. Il invitait ainsi les éleveurs et les agriculteurs à travailler avec lui pour préciser ce qui doit l’être, avant le passage de la loi à l’Assemblée nationale, fin mars…

Le ministre avare de déclarations

Stéphane Travert est venu avec un jour d’avance, le 7 février, au congrès de la FNB, sans y faire aucune annonce tant sur les zones défavorisées simples (ZDS) de l’indemnité compensatoire de handicap naturel (ICHN), que sur l’accord de libre-échange UE-Mercosur. « Je sais qu’entre la conclusion de l’accord politique UE-Mercosur et sa mise en œuvre, en tenant compte des périodes de transitions, il s’écoulera plusieurs années et il faudra les mettre à profit pour vous préparer », a-t-il déclaré. Et de préciser : « nous ne pouvons imposer aux pays tiers les conditions d’exportation de nos produits. Je ne le peux pas, le président de la République ne le peut pas. Mais nous pouvons négocier ». Il a encore précisé qu’« il faut que, dans le cadre de ces négociations, les pratiques agricoles s’alignent, pour leurs exportations vers l’UE, sur les nôtres, pour préserver les préférences collectives européennes et réduire les distorsions de concurrence ». En clair, notre ministre emboite les pas d’Emmanuel Macron, renonçant à s’opposer au projet d’accord avec le Mercosur et préparant l’opinion publique en cherchant à calmer les craintes des consommateurs… Désolant.

Le ministre a également incité à « l’organisation et à la structuration » de la filière, la félicitant pour son plan affichant une montée en gamme des productions.

Incohérence et manque d’ambition

Dans son allocution, Bruno Dufayet a vivement insisté sur les problématiques des ZDS ainsi que sur l’accord de libre-échange avec les pays d’Amérique du Sud. Il a dénoncé un projet de loi issu des États généraux de l’alimentation qui « n’apporte pas les garanties suffisantes ». « Les nouvelles obligations contractuelles sont trop floues, la référence aux indicateurs de coûts de production imprécise, les contrôles et les sanctions insuffisants », a-t-il déploré. « Nous ne comprenons plus quel avenir la France souhaite construire pour son élevage ! », s’est-il exclamé. « Incohérence et manque d’ambition » ont été ses deux qualificatifs au sujet des politiques publiques menées par le gouvernement. Bruno Dufayet a également insisté sur la Pac actuelle, avec des questions qui restent toujours en suspens, comme l’aide au veau sous la mère ou l’aide aux « surfaces couvertes de mélanges légumineuses et graminées propres à l’élevage ». « Ce n’est nullement de compassion dont nous avons besoin ! Nous ne sommes ni fatigués, ni résignés […] Nous sommes au contraire, sûrs de nos forces, sûrs de la qualité de nos produits ».

L’urgence

Zones défavorisées simples, ICHN… et les laissés pour compte !

Etats généraux de l’Alimentation, charte de bonne conduite… et la réalité des comportements.

CETA, Mercosur… et les promesses non tenues.

L’intervention des éleveurs de Bourgogne Franche-Comté s’est axée autour de ces trois thèmes d’actualité. Avec, en leitmotiv, « nous voulons vivre de notre métier ». Et pour cela, les éleveurs de notre région attendent des signaux clairs et sans ambiguïté des pouvoirs publics et des élus. Il y a urgence.

Services

Recevoir la newsletter